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2. Grimm nous dit , cependant, que madame Du Châtelet ne l'aimait pas beaucoup.
HÉROPE 193
trice qui jouait le principal rôle, stylée au surplus par Voltaire lui-même. C'était mademoiselle Dûmes nil . Elle avait l<-s dons naturels : il lui apprit à s'en servir el à les développer. 1H jour qu'en la faisanl répéter, il lui indiquait le ton un peu vivement : — « Mais, monsieur, lui dit-elle, pour crier comme cela il faudrail avoir le diable au corps. — Eli! uni. mademoiselle, c'est le diable au corps qu'il faut avoir . pour bien jouer la tragédie ' ! »
1. Quant à l'acteur qui jouait Polyphonte, il élait extrêmement faible. C'était un nommé Paulin, a II jouait dans la tragédie les tyrans, et dans la comédie les paysans . Ces deux emplois, dit Grimai , sont réunis à la Comédie : c'est joindre les deux extrêmes : l'oppresseur et les opprimés. Il était paysan passable, et mauvais tyran ; son jeu était lourd et sans intelligence. Il avait la voix forte, et c'est ce qui séduisit M. de Voltaire , qui espérait en faire quelque chose , et qui disait : « Laissez-m] i faire, je tous élève un tyran à la brochette. » dont vous serez contents. » Mais le tyran ne répondit pas à son attente, et Paulin resta mauvais, fendant qu'on répétait Mérope, M . de Voltaire accablait les acteurs de corrections , suivant son u-age. Un jour, ayant passé la nuit à revoir sa pièce, il réveille s«n laquais à trois heures du matin . et lui donne une correction à porter à Paulin . Le domestique représente que c'est heure indue, que M. Paulin dort, et qu'il ne pourra pas entrer chez lui. — Va. cours, lui répond gravement M. de Voltaire , les tyrans ne dorment jamais . » — Correspondance littéraire, 15 janvier 1770 .
La même Correspondance donne précédemment , — 15 novembre 1768, — les détails suivants sur une autre Mérope : « Clément, ue Genève, que M. de Voltaire appelait Clément Maraud pour le distinguer de Clément Marot, a fait, fl y a uik* vingtaine d'années par conséquent vers 1746 et trois ansenvirc-après la pièce de Voltaire), une tragédie de Mérope, qui t. a jamais été jouée. Il a publié un cahier de vers et de pièces fugitives , où l'on remarque le penchant du maraud pour la satire. . . »
Ce qui étonne le plus aujourd'hui quand on lit la pièce, c'est que les contemporains n'en admirérenl pas seulement les situations . mais aussi le style , qui nous parait si pauvre, si lâche, si négligé, — à l'exception de quelques passages où, au travers des périphrases à la mode du temps, on trouve plus de soin, d'accent et de force : par exemple , lorsque Polyphonte propose à Mérope , si elle veut conserver son trône , de l'épouser, lui qui est sur le point de s'en emparer :
Je me connais ; je sais que, blanchi sous les an s .
Ce front triste et révère a pour vous peu de charm
Je sais que vos appas, encor dans leur printemps,
Pourraient svll'aroucher de l'hiver de mes ras ;
.Mais la raison d'État connaît peu ces caprices ;
Et de ce front guerrier les nobles cicatrices
Ne peuvent se couvrir que du bandeau des rois :
Je veux le sceptre, et vous, pour prix de mes exploits.
N'en croyez pas, madame, un orgueil téméraire1. ■
Vous êtes de nos rois et la lille et la mère ;
Mais l'État veut un maitre , et vous devez songer
Que, pour garder vos droits, il les faut partager.
MÉROPE
Le Ciel, qui m'accabla du poids de sa disgrâce,
Ne m'a point préparée à ce comble d'audace'.
Sujet de mon époux, vous m'osez proposer
De trahir sa mémoire et de vous épouser?
Moi, j irais de mon fils, du seul bien qui me reste,
Déchirer avec vous l'héritage funeste?
Je .mettrais en vos mains sa mère et son État ,
Et le bandeau des rois sur le front d'un soldat ?