Acte I. scène n
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surprendre le poète en Qagranl délil d'anecdotes un peu arrangées, sinon controuvées.
Voici ce qu'il raconte, dans un écrit intitulé Commentaire historique, publié par son secrétaire Wagnière : Le parterre a demandé à grands cris :i me voir. On m'esl venu prendre dans nue cache où je m'étais tapi; on m'a mené de force dans la loge de madame la maréchale de Villars, où était sa belle-fille. Le parterre riait fou : il a crié à la duchesse de Villars de me baiser ; et il a tant fait de bruit, qu'elle a été obligée d'en passer par la. par l'ordre d< sa belle-mère. J'ai été baisé publiquement, comme Alain Chartier par la princesse Marguerite d'Ecosse. M;ii> il dormait, et j'élai> fort éveillé. >>
Eh bien, ce récit est gentil et agréablement tourné : « la chute en est jolie » ; mais regardons un peu les choses de près. Cela se trouve, ai-je dit, dans le Commentai)'!' soi-disant historique, publication qui est censée n'être pas de Voltaire; mais ce passage, où il a la parole . est donné comme une citation d'une lettre de Voltaire lui-même, adressée à un de ses amis M. d'Aigueberre, en 1743, le 4 avril, Mérope ayant été jouée le 20 février précédent. Or, la lettre existe en effet ; mais, quand on s'y reporte, voici ce qu'on y trouve : « La séduction (du public) a été au point que je n'ai pu paraître à la Comédie qu'on ne m'ait battu des mains. » Et c'est tout. — Fiez -vous donc à la prétendue citation !
D'autre part , Wagnière nous dit : « Ce petit Com-
mentaire historique sur les œuvres de l'auteur de la Henriade (car tel est le titre complet) fut composé au commencement de 1776(trenle-troisansaprè Mérope) tant sur ce que j'avais entendu dire à M. de Voltaire que sur les papiers qu'il m'avait donnés en propre, en 1772. Je le priai de me permettre d'en l'aire usage, et il eut cette bonté. Je le communiquai à mon maître, qui eut la complaisance de le revoir et de me fournir encore quelques instructions. »
Vous entrevoyez ici que le secrétaire , lui aussi , est un assez malin singe. Nous voilà édifiés cl éclairer les différences de la lettre véritable ri de la soi-disant citation.
Mais il y a un autre témoignage par lequel nous pouvons contrôler le premier . C'est le Jour nul >l,' Police du temps. « Le parterre, dil ce document, a non seulement applaudi à tout ; nais même a demandé mille fois que M. de Voltaire paru! sur le théâtre . pour lui marquer sa joie et son contentement. Mesdames de Boufflers et de Luxembourg ont fait tout ce qu'elles ont pu pour engager le poète ': satisfaire l'empressement du public. Mais il s'est relire de leur loge , avec un air soumis , après avoir I a é la main de madame de Luxembourg. » — Celte fois encore , voilà tout. Un baiser donné par le poète sur la main de madame de Luxembourg, au lieu d'un baiser donné au poèti une duchesse de Villars : il va quelque, différence . t
Et maintenant comment nommer ce petit tricot
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d'inexactitudes? Ce lait, quelque nom qu'on lui donii' un phénomène observable ch< /.
les i" uteurs dramatiques et romanci rs. I!
bitués qu'il- sont à imaginer et à façonner toutes choses, à les transformer pour les idéaliser ou les mettre en scène, involontairement il- continuent dans la vie réelle cette habitude de fiction poétique. Pour les simples mortels comm entorses donrv s ,:i la réalité seraient des mensonges; pour eux, non : c'est une opération instinctive de l'imagination ou de la plume, c'est une mise au point, pour produire tel effet. Je pourrais citer d'illustres exemples de cette habitude, devenue on instinct et une seconde nature. C'est comme un phénomène de rétraction . non plus dans les choses de la matière, mais dan- celles d< rit. De même qu'un bâton, à demi plongé dans l'eau, parait brisé, les faits de même dans la mémoire et dans l'imagination des poètes , s'infléchissent et s'altèrent , et se teignent de couleurs nouvelles. Il en va de même, nous l'avons vu. dans l'imagination des peuples, qui sont des poètes aussi. De là naissent et se développent les épopées, les légendes, les mythes, par une éclosion spontanée.
Quoi qu'il en soit de cette explication . -au-
rait malheureusement suffire à un autre fait plus grave. Lorsque Voltaire fit imprimer sa pièce . i! eut soin , sachant ce qu'il devait a Maffei , de lui rendre
hommage dans une longue Lettre préliminaire en forme de dissertation , et mêla seulement à ses éloges quelques restrictions modérées, dans les quelles il attribuait les dissemblances de la pièce italienne et de la pièce française uniquement à la différence de goût des deux nations . Cet hommage d'un imitateur qui semblait se poser pour le moins en égal ne contenta peut - être pas Maiïei , qui , s'il remercia Voltaire, ne le fit pas sans doute au gré de celui-ci ; ce n'est qu'une conjecture ; toujours est -il que , peu d'années après , notre poète lança une autre Lettre, signée De la Lindelle, où, cette fois, il critiquait sans ménagement la tragédie de Maffei, citant exprès les passages qui devaient le plus étonner le goût français, dans l'intention évidente de ridiculiser le poète italien et de le couler à fond . Ensuite, voici qui devient pire encore, le même Voltaire fit et signa de son propre nom une Réponse à M. de la Lindelle, dans laquelle, tout en se déclarant forcé de convenir que cette critique était juste en bien des points , il recommençait à louer un peu , par maiixère d'acquit , la pièce de Maffei , jouant hypocritement le rôle d'un rival impartial et généreux. Voilà les côtés mesquins de cet homme si grand par tant d'autres parties . Je ne les dissimule point , si attrislaiks qu'ils soient. Mais il est inutile d'y insister.
Le succès de Mérope allait ouvrir au poète les portes de l'Académie ; Louis XV consentait à le voir
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succéder au cardinal de Fleury , lorsque l'évêque de Mi repoix , Rover, s'opposa bruyamment h ce qu'un mécréant fût chargé de louer un prince de l'Église. Le ministre M. de Maurepas, soutint l'évêque : un autre prélat hérita du fauteuil du cardinal.
Dès 1732, Voltaire s'était présenté , et n'avait eu que quelques voix. Après ce second échec en 1743, il lui fallut attendre encore trois années : ce fut seulement à l'âge de cinquante-deux ans qu'il fut nommé (1716).
Dans son Discours de réception , se trouvant en présence du vieux Crébillon , il fit semblant d'oublier sa censure de Mahomet, et le loua convenablement sur ses tragédies : « Le théâtre, je l'avoue, est menacé d'une chute prochaine ; mais au moins je vois ici ce génie véritablement tragique qui m'a servi de maître quand j'ai fait quelques pas dans la même carrière. Je le regarde avec une satisfaction mêlée de douleur, comme on voit sur les débris de sa patrie un héros qui l'a défendue. » — A la vérité, si l'on y prend garde, un héros « sur les débris de sa patrie » n'est toujours qu'un héros vaincu. — L'illustre récipiendaire loua aussi Shakspeare, et Corneille, sans oublier le cardinal de Richelieu : « C'est Shakspeare qui , tout barbare qu'il était, mit dans l'anglais cette force et cette énergie qu'on n'a jamais pu augmenter depuis sans l'outrer , et par conséquent sans l'affaiblir . . . Le vrai mérite et la réputation de notre langue
ont commencé à l'auteur du Cid et de Cinna.... C'est le plus grand de vos premiers académiciens,
c'est Corneille, seul, qui commença à taire respecter notre langue des étrangers, précisément dans le temps que le cardinal de Richelieu commença à (aire res pecter la Couronne . L'un et l'autre portèrent noire gloire dans l'Europe...
Après Mérope , tragédie pseudo-* classique avonsnous dit, Voltaire donna Sémiramis, tragédie pseodoroman tique, — qui est un grand pas très marqué dans la voie nouvelle ouverte aux poètes fiançais sur de Sfaakspearc. Nous verrons Victor
Hugo, se souvenant de l'une et de l'antre pie les combiner ensemble dans un de ses drames.