‹ Le theatre de VoltaireChapitre 67 sur 161 · NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

NEUVIÈME LEÇON

Lr~ SPECTRE D'HAXLET

Après l'influence gréco - italienne , qous allons retrouver l'influence anglaise , mêlée aussi de souvenirs grecs : les réminiscences de l'Orestie d'Eschyle, traversant les imitations du Spectre d'Hamlet. Depuis le double séjour du poète en Angleterre , ce Spectre le hantait . 11 essaya , une première fois , en 1732 , de le transporter sur la scène française ; ce fut dans Êriphyle , — qui ne réussit pas.

Déjà dans OEdipe, il y avait « l'Ombre du grand Laïus » ; mais c'était seulement dans le récit du grand prêtre qu'elle s'était fait ouïr :

Une effrayante voix s est f;iit alors entendre ' ;

Acîe I, scène ni.

Cette voix criait vengeance contre le meurtrier. Puis l'Ombre s'était fait voir à Jocaste , mais toujours hors du théâtre , pour lui reprocher de n'être pas restée fidèle à la mémoire de son époux et de s'être remariée. Voltaire, à cette époque, ne connaissait peut - être pas encore le Spectre aVHamlet : mais il connaissait bien l'Ombre de la reine Jézabel , apparaissant à sa fille Athalie, d'abord en grande parure avec son fard , ensuite déchirée , sanglante et mangée aux chiens, dans la rue, sous les fenêtres de son palais. L'Ombre d'Amphiaraûs n'ayant pas eu de 'succès dans Èriphyle, l'auteur fit cet autre essai, l'Ombre d< Nini'.s dans Sémiramis, et transporta des tirades entières de la première pièce dans la seconde , comme il avait composé sa Maria m ne avec les débris de son Artémire, et connue Molière utilisa dans le Misanthrope les grands développements oratoires de Don Garde de Xava>re ou le Prince jaloux 1.

1. Ces transplantations étaient fréquentes dans le théâtre d'autre luis. Molière a de longs dialogues-types entre un père et un Lis, ou une fllle, qui servent dans deux ou trois pièces, mot pour mot. — Boursault avait mis sur la scène le roman de la Princesse de Clèves en sa nouveauté ( 1678) : la pièce, en cinq actes, en vers, ne fut jouée que deux fois; l'auteur changea seulement les noms et en lit... un Germanicus. — Il y eut, sous le premier Empire, une tragédie d'Abraham qui avait été d'abord le Divorce de Napoléon. Par prudence, on changea Jes noms: l'Empereur devint Abraham ; l'impératrice Joséphine, Sarah (la femme stérile) ; Marie-Louise, Agar; et le jeune Ismaël, son iils, devint le petit roi de de Rome. — L'go Foicolo , en 1811 , donnait une tragédie d' Ajax,' destinée à peindre les malheurs de l'héroïsme non favorisé par la Destinée , et qui laissait reconnaître dans Ajax le général Moreau ; dans Agamemnon, Napoléon; et, dans Calchas, le pape Pie VII,

Crébillon avait t'ait représenter une Sémiramis en 1717. Voltaire , à dater d'un certain moment, se mit à reprendre presque tons les sujets traités par lui. La Sémiramis de O.'liillon a plus d'énergie que la sienne, sans que l'auteur ait cru nécessaire recourir au prestige du merveilleux. — Le poète Charles Roy, en 1718, avait aussi donné une Sémiramis, dont notre auteur profita .

Le succès de la pièce de Voltaire fut d'abord incertain, s'il en faut croire Grimm , mais devint très grand par la suite. « Lorsque M. de Voltaire, dit la Correspondance, au l.'i septembre 1756, donna, il y a sept ou huit ans, sa tragédie de Sémiramis1. [es sots se récrièrent sur la machine de cette pièce . et son succès fut. pendant quelque temps, douteux. Aujourd'hui qu'elle vient d'être remise sur le théâtre de la Cou: mçaise, elle a réussi et enlevé

les suffrages. On la compte avec raison parmi les plus beaux ouvrai génie supérieur . En effet.

si l'exécution théâtrale, la décoration de la scène, la majesté, l'appareil et la pompe du spectacle, secondaient le uénie du poète, cette pièce renouvellerait de nos jours tous les terribles effets de la tragédie grecque. Son système, quoique moins effrayant que celui de Sophocle et d'Euripide - , ne laisse point de

prisonnier à Savone. — Le Don Sanclte de Brifaut , en 181 i . est interdit : l'auteur change ses Espagnols en Assyriens, et Don Sanche en >'inus II.

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