Qui repose sur la croyance à la Fatalité toute pure
porter l'épouvante dans tous les cœurs . L'Ombre de Ninus remplit toute la scène d'horreur et d'effroi. Sémiramis est coupable d'un crime volontaire, à la vérité ; mais , quel est le caprice des Dieux ! ils la laissent jouir pendant quinze ans du fruit de son crime, ils la comblent de gloire et de prospérité, et, au bout de ce temps, ils arment contre elle le bras d'un fils tendre et respectueux : Ninias devient parricide involontaire, jour punir sa mère d'un parricide médité i. Si le crime de Sémiramis ne pouvait rester sans expiation , les Dieux ne pouvaient-ils la punir sans infliger à Ninias l'horreur d'un crime? Rien n'est plus théâtral . — Le rôle de Sémiramis et celui de Ninias ont été remplis parfaitement par mademoiselle Dumesnil et par Le Kain. »
Il s'agit, comme dans Mahomet, d'un inceste imminent, qu'un parricide seul , ici, prévient.
Sémiramis est moins une belle tragédie qu'un grand spectacle • L'emploi de tels moyens est dangereux : il ne peut se justifier que par un grand succès : lorsque l'effet du merveilleux n'est point terrible, il risque d'être ridicule.
1. Parricide, amené par Pantillièse dans le second membre de phrase, ne peut s'entendre que d'une manière générique, en ce sens que Sémiramis. en tuant ou aidant à tuer le Roi son époux, a été complice d'un assassinat commis sur le père île tout le royaume. Au reste le Dictionnaire de l'Académie française, au mot Parricide, s'exprime ainsi: «... On étend cette dénomination à ceux qui ôtent la vie à leurs très proche:, parents , comme frères, sœurs, enfants, petits -enfants , etc.; et enfin tous ceux qui se rendent coupables d'un crime énorme et dénaturé...»
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C'est, au fond, le même sujet que celui d'Hamlel, et que celui de l'Orestie, transposé à l'époque babylonienne. Le roi Ninus a été assassiné par sa femme Sémiramis et par Assur, l'amant adultère, comme Agamemnon par Clytemnestreetpar Égisthe, comme le roi Hamlet par la reine Gertrude et par Qaudius. Quinze ans se sont écoulés depuis le crime. Assur avait espéré monter sur le trône en épousant la reine sa complice; il n'a pu ni !a séduire ni l'intimider. Elle se dispose à prendre pour époux un jeune héros, Arzace , déjà illustre dans les guerres, vers qui elle se seul entraînée par une sympathie secrète, sans se douter que cet Arzace est Ninias, son propre fils. Au moment où elle assemble les États de son royaume pour leur déclarer sa résolution, le tonnerre groml el le tombeau royal paraîl s'élminler : le Spectre du roi assassiné sort du sépulcre pour empêcher un inceste et pour demander vengeance de son meurtrier.
La catastrophe finale étonne, et l'on n'y comprend rien d'abord : Sémiramis , dans le ténébreux labyrinthe du tombeau, est tuée par la main" de son fils qui croit frapper Assur. Lorsqu'il en sort, les mains ensanglantées , il entend avec effroi derrière lui le cri de sa mère mourante qui, dans l'obscurité, se croit frappée par Assur, tandis qu'elle l'a été par le fils qu'elle appelle à son secours . Dénouement un peu mélodramatique, qui ressemble à un jeu de cache -cache. L'auteur lui-même, dans une de ses lettres, l'appelle « un colin-maillard vif et terrible.»
A tout prendre, quoique Sémiramis soit loin de mériterl esœssif s de Grimm , qui d'ailleurs
que l'écho de l'admiration des contemporain-, on doit tenir compte à Voltaire de ses tentatives de rénovation théâtrale. Il essaye de metlre dans la ti - jilus de mouvement h i acle.
Mais, s'il a les velléités d'un réformateur, il n'en apas toujours le tempérament. Ensuite, lui qui jusqu'alors avait obstinément défendu contre Houdard de la Motte la vieille règle classique trois unités, ici il ose, comme dans Mahomet, abandonner l'unité de lieu; — assez timidement, il est vrai: mais c'était alors une grande hardiesse. Le décor change plusieurs t'ois : pour le premier acte et pour le second, il f>t indiqué en ers termes: «Le théâtre représente un va style,
au fond duquel est le palais de Sémiramis. Les jardins en terrasses sont élevés au -dessin du palais. Le temple des Mages est à droite ; et un mausolée a gauche, orné d'obélisques. » — Au commencement du troisième acte, nouveau décor, ainsi indiqué: « Le théâtre représente un cabinet du palais. •> Puis, à la scène vi du même acte, nouveauté inouïe jusqu'alors en France dans une tragédie, ii y a un changement à vue complet , indiqué en « Le cabinet où était Sémiramis fait place à un grand salon magnifiquement orné. Plusieurs olliciers 1, avec les marques de leurs dignités , sont