L'ORPHELIN DE LA CHINE
L'ORPHELIX DE TCHAO
Vous vous rappelez comment Voltaire, préoccupé de la renommée de Crébillon qu'on affectait parfois démettre au-dessus de lui, semblait avoir résolu de refaire successivement la plupart des œuvres de son vieux rival. Après Sémiramis, ce fut Oresle ; a] Oreste, Catilina : après Catilina, le Triumvirat. Il ne a sans concurrence que Rhadamiste. 11 fil encore, en 1771, (es Pélopides ou Atrée et Thyeste, tragédie en cinq actes, non représentée, trouvée dans ses papiers posthumes . C'était la cinquième fois qu'il luttait contre Crébillon , sans compter que celui-ci
23i LE ROMANTISME DES CLASSIQUES
avait débuté par la Mort des Enfants de Brutus ( non représentée toutefois ) et que la première ■ demi-romantique de Voltaire fut sur le même sujet. — Crébillon n'était pas seulement poète, il était censeur, chargé d'accorder ou de refuser l'approbation aux pièces nouvelles. Vous n'avez pas oublié l'incident de Mahomet arrêté à la troisième représentation par son veto, et Voltaire ripostant à ce veto par l'approbation du Pape . Sémiramis avait passé, mais moyennant des corrections et des coupures . Le censeur pouvait en exiger aussi dans Oreste; en tout cas, son visa était indispensable. Notre poète essaya d'éluder, d'obtenir un autre censeur ; d'autant plus que, chez Crébillon, il y avait une vieille gouvernante qui aimait beaucoup les chiens et les chats, ce qui exposait les manuscrits à toutes sortes d'avanies et d'avaries 1.
N'ayant pas réussi dans ses détours, Voltaire dut s'exécuter : il envoya son manuscrit , puis fit visite à l'auteur d'Electre . Celui-ci se montra bon prince et lui donna le visa pour Oreste, en disant : « Je souhaite, monsieur, que le frère vous fasse autant d'honneur que la sœur m'en a fait. »
Or il arriva que ce frère réussit médiocrement. Voltaire, selon son habitude, avait écrit sa pièce beaucoup trop vite ; et , pendant qu'on la répétait
1. Elle n'avait pas moins de dix chais et vingt-deux chiens, s'il faut en croire Favart. Mémoires et Correspondance, t. II, p. 9. Paris, 1808.