‹ Le théâtre des FunambulesChapitre 105 sur 160 · DIXIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

DIXIÈME TABLEAU

LB CHBMIN QUI MÈNE AU CRUIB.

Le théâtre représente un paysage. Pont au fond.

Un brigand est en sentinelle sur le pont. Il descend vivement et vient frapper à la porte d'une petite grotte. Pierrot en sort, puis à sa fuite, le capitaine inconnu, (celui que Pierrot a volé au 1«^ tableau) qui n'est autre qu'un chef de brigands et d'une bande de voleurs.

Le capitaine fait ranger ses hommes en bataille; il leur fait faire Texercice et des mauœuvres.

Cérémonie pour recevoir Pierrot de la bande. On le fait mettre à genoux et chaque soldat lui donne sur le dos deux coups de plat de sabre; à la suite de quoi, on lui attache au côté un sabre et on lui fait don d*un fusil. Pierrot embrasse le capitaine. On lui apprend Texercice du sabre et du fusil, qu'il exécute maladroitement.

En ce moment passent, sur le pont, Arlequin et Colombine. La troupe se cache et Pierrot reçoit l'ordre de les attaquer, seul, pour faire son apprentissage militaire.

Pierrot laisse descendre de la montagne Arlequin et Colombine, qui arrivent en dansant, sans se douter du sort qui les attend. Pierrot fond sur eux. Grand combat à la suite duquel Arlequin s'empare du sabre de Pierrot et le bat; mai^ le capitaine et sa troupe viennent au secours de Pierrot et l'on capture Arlequin qu'on attache à un arbre. Colombine tombe aux mains des vainqueurs. Pierrot croit qu'il va posséder Colombine, mais le capitaine aussi

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LES KUNAHBULES 307

tagne vainqueur, et n*a pa^ eu son Pùtrrot de Méranie!... Sa gloire est sortie pure de ce creuset terrible, auquel peut seul résister Tor du plus pur alliage.

La toission que s'est imposée Champfleury, est vraiemeot belle et digne d*un poète. Il veut renouveler la pantomime ou plutôt lui rendre son ancien attrait; car, il faut avouer cette triste vérité, la pantomime s*en va, comme toutes les grandes choses.

La foule a perdu le sens de ces hauts symboles, de ces mystères profonds qui rendent rêveurs le poète et le philosophe. Elle n*a plus l'esprit assez subtil pour suivre et comprendre ce rêve éveillé, ce voyage à travers les événements et les choses, cette agitation perpétuelle, cette turbulence sans but qui peint si bien la vie.

Et le Mattre contiDue, glanant dans le parc d^Académus, les plus merveilleuses fleurs :

Paul, qui joue Pierrot, est admirable de mimique dans les dernières scènes. Cossard nous a paru un peu lourd dans TArlequin, mais Vauthier est un polichinelle inimitable : on le croirait vraiemeot de bois et pris dans une baraque des Champs-Elysées. Nodier en eût été content; Guignolet s'avouerait vaincu.

Mil* Béatrix, qui représente Golombine, est une jeune paysanne charmante dont la grAce et la décence ne seraient déplacées sur aucun thé&tre de Paris.

Espérons que le grand succès de Pierrot pendu, à la première représentation duquel assistaient toutes les notabilités de Tart et de la critique, fera rentrer les Funambules dans la voie de la pantomime, spectacle traditionnel, instructif et philosophique, digne de tout l'intérêt des gens sérieux.

Et dans sa barbe saturnienne, le grand Théo ne riait pas en écrivant ces lignes.

Le 30 octobre : Le Chien de Terre-Neuve^ comédie-vaudeville en â actes, de MM. Ch. Folliquet et Ch. Desportes.

Le 9 novembre : La Femme du pendu, pièce en 2 actes, jouée par Alexis, Victor, Cordîer, M*"*" Joséphine et Rosalie.

Le 7 décembre : Pierrot et les Bohémiens^ ou le Revenant^ pièce mim^e^ diaiogu^e^ mêlée de chant y de danses ^ de combats et d'évolutions^ comico-burlesque^ en 14 changements à vue, orn^e de costumes analogues^ soutenue par un Pierrot à gros-bec^ enjolivée d'une nowrice sans caractère, farcie de plusieurs traîtres, bourrée d'un én/SdiU mal élevé ^ lardée de bohémiens bons vivants, égayée par un fantôme maladroit et réchaufff'e par un torrent.

Cette pantomime n*est qu*un grossier et mélancolique mélodrame, dans lequel le second comique traditionnel, le niais, la queue rouge inévitable de tous les mélos de l'ancien répertoire du vieux boulevard du Temple, est remplacé par Pierrot ; lequel, du reste, se trouve être le seul muet de la pièce.

C*est par cette mauvaise action que finit Tannée 1846, si fertile en gros événements.

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La décadence de la pantomime commençait. Sa foudre était mouchetée. Elle se décortiquait de sa virginale enveloppe. La puantise y pénétrait.

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