LB PROGRÈS
Effeolivettent, la Presse, Jusqu'à présent, ne vous a pas souvent rendu visite, excepté au temps bien heureux de notre grande illustration. Mais, aussi, vous ètes-vous montré digne d'attirer ses regards ?.. de fixer son attention ?
Air : du Piège.
La Presse f dans son équité.
Cherchant partout l'esprit, l'intelligence, Au vrai talent fait la célébrité.
Frappe les sots d'indifférence
Frondant les travers, les abus, Encourageant le bien, dès sa naissance, Sa devise est, pour faire des élus.
Toujours justice, indépendance,
Oui, c*est justice, indépendance.
Ce, à quoi, Funambule répondait :
LES FUNAMBULES tàf^
» Eh ! bien, à Tavenir, Je veux obtenir son appui, mériter ses suffrages, et, de ce Jour, je prie la Presse de in*honorer de sa présence et de m*aider de ses iumières.
Un peu plus loin, Rococo, qui ne voit que par la danse de corde, se met à railler la Pantomime.
Mais, Progrès s'empresse de défendre la joyeuse muette :
PBooaàs
Oh ! ne méprisez pas la Pantomime I... Née avec le monde, elle doit grandir avec iui.
« Air : Rose et Marguerite.
De tous les temps, cet art que Ton estime. Sût amuser, parler au cœur, aux yeux.
Et l'on a vu plus d'un excellent mime Laisser un nom illustre, glorieux.
Dans la splendeur de notre Rome antique Un beau talent, Roseius, eût le don De pousser Fart, presque jusqu'au magique, En traduisant, par gestes, Cicéron.
Plus tard aussi, la nombreuse famille De ces acteurs chers, au peuple romain, - Vit prospérer et Pylade et fiathylle ; L'Empir' mourut et Tart mourut soudadn.
Après un temps dé terreur artistique La pantomime eût de nouveaux succès, Et par son jeu gracieux ou comique.
Sous Charles six, divertit les Français. Se confondant dans nos mœurs, nos usages, Elle resta... Mais un homme nouveau Devait un jour tracer de belles pages Dans son histoire, et c'était Deburau, Mil huit cent trente, alors, vit ses préludes ; Sans rappeler chaque création, Je citerai quelques belles études De ce talent, plein d'observation.
Lutin femelle est Tune des réformes Qu'il apporta, car ce franc savetier, Le Diable à quatre, en restant dans les formes. Fut applaudi de Paris tout entier.
Tout diffèrent, il parut dans le rôle Du paysan d'Amour et désespoir.
Son jeu naïf, son désespoir si drôle.
Si naturel, nous charma chaque soir.
Se transformant alors. Ma mère iOie Fut un succès des plus beaux, des plus grandi. Petits enfants. Pierrot fit votre joie.
En amusant aussi les grands enfants.
N'oublions pas Noire et BlanCj genre étrange. Né de l'Egypte, il rembrunit les traits. Puis aussitôt, Le Songe dor nous change Notre Pierrot en un vxai.type anglais.
486 LES FUNAKBULES
Où le public put à son gré 8*ébattre, C'est dans Perrette ou les deux braconniers^ Voyant Pierrot, brave, avant de combattre, S'enfuir devant les ombres des gibiers.
Ensuite, vint la pièce Us Epreuves, Genre espagnol, rappelant Beaumarchais.
De ton talent, en nous donnant les preuves, Pierrot-Bazile, & ton but tu marchais.
Enfin, j'arrive au Marchand de salades.
Puis au Jean-Jean dans les Jolis soldais. L'un, vrai conscrit de nos franches parades, L'autre, un finot qui fit rire aux éclats. Si chaque rôr pour Tart est un modèle Qu'avec talent sut tracer à longs traits Le grand artiste, un héritier fidèle.
Avec respect, a gardé ses portraits.
Digne héritier de cet artiste illustre.
Ràmène-nous ce temps heureux et beau.
Avec' succès tu soutiendras le lustre De ce grand nom. N'est-ce pas Deburau ?
Ce prologue se terminait par une apothéose, dans laquelle on voyait le buste de Deburau père, couronné de lauriers.
Un des premiers actes administratifs de M. Dechaume, avait été le rengagement ^e Charles Deburau.
Et, Deburau rentrait ce même soir, dans la seconde pièce, Le Rameau d*or^ féerie-arlequinade mêlée de chants et de danses, par Alex. Guy on et Th. Duché.
PERSONNAGBS DU PROUOOUX
L'Enchanteur MM. Amable.
La Sorcière M"«» Lefebvre.
La Fée Céleste Raymonde.
n*^lf" ï gardes d* { î'
Doudou > c„„^A.: \ X.
Chouchou S C<M*«idre. ^ ^
Le Roi Trasiméne Desmars.
PXRBOimAGBS DX LA PIÉCB
Pierrot MM. Deburau.
Cassandre Antoine Négrié.
Torticolis son fils Arlequin Pissarello.
La princesse Trognon-Colombine . W^^ Thérèse.
La Fée Céleste M»* Raymonde.
Le Roi Trasiméne M. Desmars.
La Sorcière M">** Lefebvre.
Loulou \ {X.
Doudou > gardes de Cassandre < X.
Chouchou ) (X.
Un lion MM. X.
Un singe. X.
L'enchanteur. • Amable*
TABLBAUX
1er
tableau
: Le Talisman»
id.
Le rameau d*or.
id.
Farceur de chapeau.
id.
Le refus de TorticoU.
id.
Oh! le vilain cachot !
Le Cerisier.
id.
Transformation de TorticoU
id-
Elle devient Bergère,
id.
Polisson de Pierrot.
id.
Sauve-gui-peut,
id.
Un drôle de monstre.
id.
Pierrot tailleur.
id.
Le serpent de feu.
id.
Cest trop chaud.
id.
A moi la victoire.
id.
Le puits du Diable»
id.
La tour infernale.
id.
Sous terre.
id.
L'Olivier d'or. Apothéose.
M. Dechaume s'était adressé, pour la confection de cette pièce très importante, étant donné la rentrée de Deburau, à deux hommes connaissant leur artiste, dans toutes les phases de son talent.
Or, qui pouvait le mieux connaître, ce Deburau, que son ami d'enfance, son inséparable, Alexandre Guyon. Celui-ci s'était adjoint M. Théodore Duché, neveu par alliance de Geoffroy, le grand comique du Gymnase et du Palais-Royal,
Tous deux, Guyon et Duché, s'étaient hardiment mis à la tâche et avaient fait pousser le Rameau d'or.
Cette pantomime diffère des autres, en ce que l'on y parle presque tout le temps ; Ton y chante même beaucoup.
Le roi Trasimène, qui probablement a tiré son nom de la victoire remportée par Annibal sur le consul Flaminius, est amoureux de la fée Céleste.
Un Enchanteur et une Sorcière, associés pour leur illicite et abominable commerce de philtres, métamorphoses, évocations et divinations, ont jeté, dans le Ravin noir, le talisman de la Fée Céleste, un Rameau d'or.
Le Roi Trasimène est descendu dans le ravin noir, a combattu et vaincu le crocodile monstrueux, dont les redoutables mandibules avaient la garde, s'est emparé du Rameau d'or et le rapporte à la fée Céleste, qui lui chante sur l'air de Fanchon la vielleuse :
488 LES KUIVAHBULES
Dans Tombre et le mystère,
Bien des femmes sur terre Coiffent leurs maris sans pudeur.
C'est toi qui m*as coiffée.
Ton rôle me paraît meilleur ;
Car quoi que Ton soit fée On a tout d'mème un cœur.
Là-dessus, rEnchantear paraît et dit :
« — Malheur à ce mortel I '»
Mais, sur un coup de baguette de la jolie fée, on se trouve transporté au milieu des nuages^ dans la buée des quels on aperçoit un autel portant le Rameau d'or.
L'Enchanteur se précipite vers le talisman pour s'en emparer ; aussitôt le Roi Trasimène lui barre le passage :
TilASlHÈNB^
Arriére, enchanteur maudit, arrière!.. J'ai donné mon cœur à Céleste. Je serai son époux ; ainsi donc, arriére !
L*BNCNANTEUR
A moi, mes fidèles serviteurs !..
De$ monstres paraissent.
Emparez-Tous de cet homme.
Trasimène se fraye un passage à travers les monstres et parvient à C autel. Il s*empare du rameau (Tor, Sur un nouveau signe de l'enchanteur^ les monstres se précipitent sur Trasimène. Céleste^ le voyant en danger, le fait disparaître par une trappe^ avec le rameau.
L*BNCHANTBUR, fuHeUX»
Si tu as secouru Trasimène, le rameau n'est plus en ton pouvoir. Rien ne peut te protéger contre mes enchantements.
// fait signe aux monstres d'entourer Céleste.
Je te livre à un sommeil éternel.
H étend le hras sur Céleste^ qui soudain se trouve dans un asssoupiittement qu'elle combat ; Vaulel se change en nuage, dans lequel Céleste, à bout de force, s'affaisse et finit par s'endormir. Puis, on voit paraître au-dessus, une inscription en lettres d'or : va rbjoindrb trasihbitb / Le nuage s'élève peu à peu. L'enchanteur et la Sorcière voyant leur échapper Céleste sont en proie au désespoir.
Je me permettrai de faire remarquer que, sur la scène des Funambules, les ordres du Destin ne s'exécutaient pas positivement à la lettre, bien que les lettres fussent d'or, d'après l'indication.
Car, pour rejoindre Trasimëne, qui est parti daos les dessous^ Céleste s*élevait dans les dessus. On m^objectera que tout chemin mène à Rome. Mais, rien ne me prouve que fiomulus et Rémus eussent déjà fondé la grande cité bénie des Papes, à cette époque rétrospective de Fées, d'Enchanteurs, de Sorcières et autres cavaliers du fagot;
Les deux premiers tableaux qui forment le prologue de cette pantomime, furent accueillis assez froidement.
Il y avait de la gène dans le public. C'est que Ton attendait Deburau I... Et Deburau ne paraissait qu'au troisième tableau du Rameau d'or.
Aussi, cette entrée souhaitée si impatiemment, si vivement désirée, fut-elle le signal d'une véritable tempête de bravos.
Je me reporte au manuscrit, et je lis : « Entrée de Pierrot, « suivie de celle de Ca^sandre. »
Et... c'est tout.
Eh I bien, non. Cette entrée ne se faisait pas aussi simplement que l'indiquent les deux auteurs.
Elle était beaucoup plus préparée.
Je laisse à M. Théodore Lefaucheur, témoin oculaire et auriculaire de cette représentation, le soin de vous en narrer le détail :
Une porte tournant sur eUe-mème présenta Deburau au public. Décrire la pluie de bouquets, de couronnes, qui, de toutes parts, envahirent la scène ; les bravos, les cris, les trépignements enthousiastes qui retentirent de tous cètés, est chose impossible. Deburau, en proie a une vive et bien douce émotion, ne pouvait contenir ses larmes. Ce fut un beau triomphe que cette rentrée.
La pièce, à partir de cet instant fut un gros succès d'un bout à Tautre de la soirée, jusqu'à ce que la fée Céleste, arrive à dire à ses ennemis :.
— Vil enchanteur, maudite sorcière, je vous ai vaincus. Vos domaines sont détruits. Vous vivrez désormais comme de simples mortels. Vos sujets sont mes esclaves.
Elle étend sa baguette sur eux. Ils s'agenouillent devant elle.
— Je veux réparer le mal que vous avez fait. Pierrot et Cassaodre, reprenez votre forme primitive.
Après quelques cascades. Pierrot et Cassandre, qui étaient en monstres, finissent par s'embrasser.
— Cassandre, retourne dans tes domaines, avec ton fidèle Pierrot et tes gardes. Quant à vous, Arlequin et Colombine, à TOlivier !.. L*hymen et la fortune vous attendent.
Changement
APOTHÉOSB
L'Olivier d'or!
Deburau, dans cette pantomime, fut épique. Il y apporta une Gnesse, une adresse, une souplesse, une composition, qui faisaient la pièce toute entière.
On n'alla pas voir le Rameau cTor^ plutôt qu'une autre arlequinade ; on alla voir Deburau, jeune, alerte, fringant^ pétillant, élégant, étincelant de verve, d'entrain, de souplesse et de fine fantaisie.
Deburau était ambidextre. Sa main gauche était aussi adroite que sa droite. Je pourrais même dire que ses jambes et ses pieds répondaient à l'agilité de ses bras et de ses mains. Tout en lui parlait à la fois. G^était un bavardage de membres.
Deburau revenait alors du Caire, où l'avait appelé le Vice-Roi d'Egypte, qui lui avait confié le soin de le faire rire à perdre Thaleine, ce dont rexçelient Pierrot s'étaitacquitté en échange des merveilleux appointements à lui servis, par la caisse Kédivale.
Le 14 mars, on joua : L'Auberge des roucoulades ^ vaudeville en i acte.
Le 28 avril : As-iu vu les Japonais ? vaudeville en i acte.
Le i'^ mai : Un jeune homme loqué^ vaudeville en 2 actes, par Charles Blondelet, joué par Mortreuil, 'Créange, Saint-Omer, Négrier, Mesdames Valentine, Henriette et Leroy.
Enfin, le 17 mai : Les Mémoires de Pierrot^ en 2 actes et 22 tableaux, par MM. Théodore Lefaucheur et Alphonse Lemonnier. Ce fut la dernière pantomime, donnée aux Funambules du boulevard du Temple ; le décret de démolition ayant enfin paru, et les travaux devant commencer le 14 juillet de la présente année.
Le 14 juillet 1789, le peuple s'emparait de la Bastille et la démolissait, donnant son premier et gigantesque coup de pioche dans le u rempart de la tyrannie ». Le 14 juillet 1862, la tyrannie prenait sa revanche sur le peuple, en s'emparant de son boulevard du Temple, et en démolissant ce rempart de joie et déplaisirs,
11 y eut moins de tués dans cette dernière prise, que dans la première.
De blessés, c'est toute autre affaire. Demandez aux pauvres artistes restés sans engagements, aux victimes des faillites qui se succédèrent dans les nouveaux théâtres, appelés à remplacer les disparus, aux nombreux établissements de féteries et d'esbats, que faisait vivre cette foire perpétuelle.
On n alla plus diner chez Passoir : on ne put plus souper aux Mousquetaires. Le Cadran bleu se fit désert. Ce fut la mort du chausson aux pommes, et les prodromes de la maladie, dont
disparurent peu à. peu les marchands de coco^ avec leurs gobelets argentés^ leur fontaine portative, surmontée d*une Renommée en zinc, et le tintinnabulement monotone de leur clochette en métal doré. En reste-t-il un aujourd'hui?... A peine!... Revenons aux Mémoires de Pierrot.
La pièce fut conçue et écrite par Alphonse Lemonnier, seul.
Le défaut d'Alphonse Lemonnier, aux yeux de M. Dechaume, pour la complète réception de sa pantomime, avait été son extrême jeunesse.
Lemonnier avait à cette époque dix-huit ans^ qu'il ne se donnait même pas la peine de paraître.
Malgré cet âge tendre, il avait déjà fait jouer aux Délassements trois pièces en un acte : La Fête de ma Femme^ Les Etrennes au Village et On nen meurt pas.
Ces petites pièces portaient toutes en elles, un cachet d'originalité, une valeur personnelle, qui donnait à croire que Corneille avait écrit pour elles son fameux vers :
La valeur n'attend pas le nombre des années
Cependant, M. Dechaume s'était trouvé empoigné, charmé, séduit par cette idée, fort originale, de faire faire à Deburau une récapitulation de tous les rôles, que son père et lui avaient jottés sur le théâtre des Funambules.
Il proposa « au trop jeune écrivain », de lui adjoindre un collaborateur, ce que s'empressa d'accepter l'auteur imberbe, assoiffé de gloire et de lauriers, bien plus que de menue monnaie.
Ce collaborateur fut Théodore Lefaucheur, lequel apporta à la mise en scène delà pièce, son expérience de vieux praticien dramatique.
Théodore Lefaucheur était un brave homme, qui n'avait jamais pu être joué qu au Lazari et aux Funambules ; mais, dont le nom avait cependant une certaine notoriété, sur les affiches de ces deux petits théâtres.
Le lever du rideau de la nouvelle pantomime réunissait en scène, tout le personnel des Funambules, depuis les directeurs jusqu'au garçon d'accessoires, passant par les machinistes coiffeurs, luminaristes, habilleurs, habilleuses, etc.
Au milieu d'eux. Pierrot!... mais, Pierrot en deuil, Pierrot vêtu de noir, Pierrot pleurant sur les ruines, en perspective, de son cher théâtre.
Chacun prenait part à sa mimique plaintive, partageait: sa
492 LES PUIYAMBULES
douleur, lorsqu*apparaissail le Progrès rayonnant d'or et de pierreries, de gaze lamée et de paillettes ; lequel s'empressait de consoler l'infortuné Pierrot et ses compagnons de larmes, leur promettant un avenir brillant, dans un magnifique local tout battant neuf, construit exprès, pour la propagation et la glorification de la pantomime.
Hélas !... Cette promesse du Progrès ne se réalisa jamais. Le Temple promis se résuma en une petite salle enfumée, triste et sombre, prise sur les aménagements d'une maison de rapport, sise boulevard de Strasbourg. Là, les malheureux mimes désorientés végétèrent sans parvenir à vivre ; serrant chaque année d'un cran de plus, la ceinture qui leur opprimait le ventre, jusqu'à ce que les ardillons ne trouvant plus d'œillets, ces pauvres ventres vides, fissent crever de dessèchement leurs propriétaires épuisés.
Au mois de décembre de Tannée 1882, Dimier dit Kalpestri, n'ayant pas mangé depuis deux jours, prit à crédit^ un boisseau de charbon, s'enferma avec son chien Fidèle, dans le réduit, dont la propriétaire devait le chasser quelques jours après, se coucha paisiblemnnt sur son grabat, la tète de son unique ami appuyée sur sa poitrine, et s'endormit de l'éternel sommeil, faute d'un théâtre des Funambules^ qui donnât aux deux humbles la pâtée quotidienne.
Puis, ce fut le tour de Yautier. Le pauvre bonhomme avait eu la précaution, lui, de se mettre de la Société de secours mutuels des artistes dramatiques ^ cette merveilleuse institution, fondée par le philantrope baron Taylor.
Les 500 francs annuels de la pension que touchait Vautier, de celte société, retardaient la mort du pauvre artiste, à bout de ressources. Mais, une nuit, ayant épuisé tous les moyens pour ne pas crever, il s'éteignit doucement, anéanti^ vaincu, dans un bouge, au fond de Belleville, au milieu de la pourriture et de la vermine, que peuvent engendrer Textréme misère et Técroulement complet de l'individu.
Un peu plus tard, Antonio Rovero, presqu'aveugle, acceptait timidement l'aumône, que quelques charitables voulaient bien lui faire, sans qu'il l'appelât.
Pauvre Kalpestri I... Pauvre Fidèle ! Pauvre Vautier !... Pauvre Antonio !
Dans les Mémoires de Pierrot^ Deburau se travestissait vingtquatre fois, passant en revue, je l'ai dit, toutes les créations de son illustre père et les siennes*
Je passe la plume à Alphonse Lemonnier, qui me communique les notes suiyantes :
Au Prologue, qui se passait devant la façade des Funambules, Pierrot était assis sur une chaise de fer, v^tu en habit Doir, et lisant un journal qui cachait sa figure. Au milieu du tableau, il laissait tomber le journal et sa soudaine apparition produisait un effet énorme. Alors, il s'avançait vers le public, et mimait un rondeau que chantait Mademoiselle Juliette, placée dans le trou du souffleur, rondeau dans lequel Pierrot rappelait les vieux souvenirs des Funambules.
Deburau, dans cette longue pièce, jouait les rôles suivants :