Pierrot marquis
Et, 24. Pierrot, revenant à son point de départ, c'est-à-dire an eoslame traditionnel.
Voici les noms des interprètes de cette pantomime :
MM. Deburau, Amable, Charles Charton, Rubei, Bunel,
S*-Omer, Dubois, etc., etc. M"" Thérèse, Raymonde, Leroy,
Juliette, Désirée, Lefebvre, etc Je lis, dans la Revue et Gazette des Théâtres^ à la date du 19 Juin,
un compte rendu des Mémoires de Pierrot^ signé Albert Glatigny.
Mes lecteurs éprouveront, j'en suis certain, un véritable plaisir,
à la lecture de cet article du poète des Vignes folles ; d'autant,
qu'il émet sur l'art de la pantomime, une généralité d'idées,
qu'il est, je crois, utile de faire connaître :
Comme ses voisins, le Théâtre des Funambules fait aussi ses adieux au boulevard du Temple. Où vont-ils aller ces mimes joyeux et charmants, aux beaux costumes, à la verte allure ?.. Qu'importe !.. Partout où la joie aura le droit de jeter quatre planches sur deux tréteaux, la fortune des Funam^
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bules sera faite. Sur ces planches, les belles filles cfoat le nom est Colombine, Angélique et Isabelle, les aventureuses créatures qui^n^ont pas lu la récente Histoire de ma mort, publiée par le jeune Antonin MÛlé, les acteurs* de génie qui jouent Polichinelle et le grand comédien Deburau, nous raconteront '•ocore le conte des Amours de la jeunesse affolée.
Aujourd'hui, il s'agit des Mémoires de Pierrot, que le théâtre des Funambules vient de représenter avec un grand succès. Certainement, ce drame est très bien ; Biais on y parle beaucoup trop. On y chante un trop grand nombre de couplets^ dont les rimes ont Tair d'avoir été à l'école, chez les poètes raisonnables. 11 y a beaucoup de boivae volonté dans les Mérnoires de Pierrot mais cela ne suffît pas.
L*art de la Pantomime» né dans le ruisseau, où il fut rencontré par les poètes bannis des théâtres graves, n'a pas té droit de pactiser avec le vaudeville. Qu*on nous rende les pièces féeriques où Léandre et Arlequin vivent dans une ignorance absolue de la poétique bourgeoise. La barque toute prête à bondir sur les flots chanteurs, qui baigne les rives de la Cythère amoureuse, aurait tort de se transformer en bateau à hélice. Restons fous, restons amoureux, restons vivants. Ces restrictions faites une fois, j'applaudis de toutes mes forces.
Nulle part on ne rencontre un artiste pareil à D«bur^u. 11 n'y a pas à dire. Deburau incarne en lui la sereine gaieté, Téléganee inéprisée, tout ce qui constitue le grand art. Son fier sourire a d'inexprîmabfea mélancolies ; c'est le sourire du Gilles de Wateau, un sourire tendre et doux, ironique et capricieux. Les attitudes de ce mime excellent n'ont rien de trivial» même quand il revêt les guenilles du chiffonnier. Il a réformé le Pierrot créé par rUlustre Gaspard et il a bien fait. Je tiens beaucoup moins à voir jouer un rôle selon la tradition, que de voir comment l'acteur nouveau le comprendra.
Fechter, à Londres, et Rouvière, à Paris, ont joué Hamlet et chacun d'une manière différente. Tous deux ont cependant très bien rendu Bamiel. Le Pierrot de Paul Legrand n'est pas le Pierrot de Kdpestri, qui n'est pias le Pierrot de Charles Deburau, lequel, ainsi que je le disais plus haut, n'est pas le Pierrot de Gaspard Deburau, et c'est toujours Pierrot et le public ne s'y trompe pas.
A côté de Deburau, Je citerai le bon Vautier, le dernier Polichinelle du siècle, peut-être, et Mademoiselle Haymonde, sans compter d'autres demoiselles aux noms harmonieux également.
Mais pourquoi, à ce théâtre des Funambules, auquel Deburaii est revenu, n'a-t-on pas rendu le vénérable M. Laplace ?...
Glatigny se trompait en écrivant que Charles Deburau avait réformé le Pierrot de son père. Glatigny, qui venait à cette époque de débarquer à Paris, n*avaît jamais vu jouer le père Deburau ; sans cela il n*eut pas émis cette opinion ; le fils, à part quelques grandes qualités, que seul a possédées le premier des Deburau, fut la copie exacte de son père.
Glatigny avait un culte enthousiaste pour Charles Deburau. Dans ses vertigineuses pérégrinations de cabotinage, il traînait, au fond de sa malle, un vieux costume de Pierrot, qui lui avait été donné par le mime.
Un vilain jour, cette malle fut retenue par un misérable logeur de Marseille, auquel le pauvre barde devait quelques deniers. Ce "Qu'elle contenait fut vendu. Quel prix I ! 1
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Plus tsrd, Glatigny' me disait ; Ce que je regrette de cette malle te n*esi pas Thabit noir et la chemise qu'elle contenait. On peut se passer d'habit et de chemise. Ce n*est pas le drame que nous avons fait ensemble, et que tu as eu le tort de me laisser trop longtemps ; un drame^ cela se refait. C'est le costume de Pierrot que m avait donné Deburau.
Le drame, dont il parlait, que J'avais écrit en prose et qu'il devait récrire en vers, n'a jamais été retrouvé, ni refait.
Pour honorer glorieusement les obsèques de son théâtre, M. Dechaume fît imprimer et vendre dans la salle, une chanson que Clairville, l'auteur charmant et trop oublié, de tant de petits chefs-d'œuvre, avait composée à la mort de Deburau.
Ce sera ma dernière exhumation, pour que tout, comme Ta dit Beaumarchais, finisse par des chansons :