Scène T
Les mêmes^ La Fée Rouge {La terre s'ouvre^ la fée parait)
La Fée
Garde-les Pour Isabelle ! [surprise des amants)
Eh ! bien, est-ce que ma figure Vous fait peur ? Cependant toute ma cour assure Que je suis fort jolie. On vante ma beauté. Et j'ai cru que ma cour disait la vérité.
Lindor et Isabelle Oh ! Madame...
La Fée (souriant)
J'entends. Pour ma coquetterie Votre surprise, ici c'est de la flatterie,
Parlons de vous ; car ma frivolité Aux dépens de mon cœur n'a jamais éclaté. Je mets des diamants, mais je sèche des larmes. J'ai soin des malheureux autant que de mes charmes. Et lorsque sur mon front on attache des fleurs J'en laisse adroitement tomber sur vos douleurs.
lÀndor Et TOUS avez daigné m'entend re I Quelle grâce !
La fée
Point de remerctments, ils seraient superflus. Je ne vous ai point entendus, Je vous ai vus.
Isabelle
Mais où donc?
La fée
Dans ma glace.
Se peut-il ?
Isabelle
La fée
Ecoutez ! j'ai mis dan? mon boudoir, Tendu de haut en bas de soieries écarlates Avec des franges d'or et des glands encravales Un gigantesque et magique miroir.
Comme fée... et comme coquette Mon but se trouve ainsi rempli :
Car mon miroir bien-aimè me reflète Limage des humains gémissant en oubli.
Et bien souvent, en posant une mouche, J*ai brisé la prison d'un vieillard malheureux,
Et j'ai tari des pleurs dans bien des yeux En caressant les roses de ma bouche.
Vous savez mon secret.
Isabelle
Et vous savez le mien.
Madame ?...
La fée
j Vraiment oui ; celui des jeunes filles Lorsqu'elles sont un peu gentilles.
Amour contrarié.
Isabelle Mais est-il un moyen ?
lÀndoT Prenez pitié de mon impatience.
La fée
Un moyen 7. . . Attendez ! hélas I Notre puissance Est bien bornée au gré de nos désirs Cela nous ôte des plaisirs.
Mais je puis cependant vous donner l'espérance.
De voir un jour combler vos vœux.
Vous savez tous que de Christophe,
Seigneur d*une assez mince étoffe,
Le pouvoir est dans ses cheveux.
Or, il faudrait lui faire entendre
De se coiffer, bon gré, mal gré, De certain grand chapeau que je vous fournirai
Si chez moi vous venez le prendre ;
Une fois coiffé du chapeau
Votre rival deviendrait chauve,
Et votre Isabeau saine et sauve Appartiendrait bientôt à son amant nouveau. Le tout est de coiffer Christophe.
Isabelle
Je m'en charge.
La fée
Avec un peu d'adresse, on y peut réussir.
Mais le cortège va venir.
En termes de marine... au large
Je vais conduire mon esquif.
Surtout que prudemment le cœur seul soit rétif.
Pour ne pas fâcher votre père
Signez le contrat du notaire.
Dès que votre mari sera par vous coiffé Votre contrat doit être anéanti, biffé.
Isabelle Quoi ?. . vous me répondez. . .
La fée
Quelle crainte ! Chérie !
Le véritable amour est défiant ; Mais rassurez-vous, mon enfant.
Adieu, venez ce soir à ma chapellerie.
D'un moderne Sam son soyez la Dalila.
Coiffez-le I Vous aurez ce qu'il faut pour cela.
{Elle sort).