CHAPITRE XIX
1886 (suite)
Citations, Similitudes
Le courriériste du Courrier des théâtres , numéro du 23 mai, dit en terminant son article sur la séance de la Cour d'assises :
Debureau a été acquitté. 11 reste impassible en écoutant Tarrét. Ce n*est que lorsqu'un de ses amis s'approche de lui et lui serre la main, qu'une vive expression de plaisir anime et colore son visage.
Quelques jours après la rentrée de Deburau, M. Bertrand offrit au public une pièce sur laquelle je vais m étendre plus que sur d*autres^ pour bien démontrer que les hommes d'esprit peuvent parfois se rencontrer, sans que l'un ait, pour cela, le droit d accuser l'autre de plagiat. L'un est arrivé bon, premier, voilà tout.
Le 30 mai on donna :
CHRISTINE LA COQUETTE Episode de la vie d'une femmey mêlé de chanta en 3 actes ^ précédés de :
ADIEU, BONNE MÈRE I Prologue en un acte.
Personnages
Le baron de Guillerette, puis Grimonneau. Antonin, bod homme de confiance.
La mère Geneviève, fermière.
Christine, sa fille.
Gustave d'Aubigny, sous le nom de Gustave. François, au service de Geneviève.
Un brigadier de gendarmerie.
Gendarmes, paysans.
Le décor du prologue représente Viniérieur d'une ferme, à Bondy,
Christine aime un jeune homme, qui ne ressemble en rien aux paysans de son pays. Elle ne connaît ce jeune homme que sous le nom de Gustave.
Or, ce Gustave s'appelle eh réalité Gustave d'Aubigny, héritier d'une grande famille.
U part pour Paris, promettant à la jeune Christine de la revoir bientôt.
Sar ces entrefaites, le vieux baron de Guillerette, fort épris des charmes de Christine, survient, accompagné de son intendant Antonin.
Christine repousse les offres que lui fait le noble gentilhomme. Elle aime Gustave.
Ce que voyant, Tintendant Antonin persuade à Christine que ce Gustave, qui lui a volé son cœur, n'est qu'uji libertin, un coureur de coulisses, de bals masqués et de soupers fins. Bref il monte la tête à la pauvre jeune fille et la décide à partir pour Paris et à y accepter la toute amicale hospitalité, du cynique baron de Guillerette.
La trop naïve Christine abandonne son village, embrassant sa vieille mère endormie et lui chaulant :
— Adieu, bonne mère /... Adieu !
i" ACTE.
Nous nous trouvons dans un salon-boudoir à Paris. Christine, toujours naïve, habite l'hôtel du baron de Guillerette,
Les domestiques rappellent Madame la Baronne^ bien qu'aucun pétale ne se soit encore détaché de la corolle qu'elle conserve intacte pour Gustave. -
Le baron a employé tous les subterfuges pour triompher de cette vertu récalcitrante. Il est allé jusqu'à lui promettre le mariage. Mais Christine ne donne dans aucun des pièges tendus, et se contente d avoir carosse, loge à Topéra-boufiTe, toilettes merveilleuses et diamants de la plus belle eau, sans rien accorder en échange.
Marie, de La grâce de Dieu et Christine la coquette^ sont bien sœurs par la naïveté.
Elle pense toujours à son Gustave qu*elle croit inâdèle, et qu'elle voudrait revoir et narguer du plein de ses falbalas. Aussi, en compagnie du marquis de Guillerette, court-elle les endroits à la mode, dans Tespoir de le rencontrer. Mais ses recherches restent infructueuses.
Dans une de ses pérégrinations, elle a perdu un bracelet sur lequel (6 étrange précaution !) son nom et son adresse sont écrits.
Qui lui rapporte ce bracelet?
Gustave I oui ! Gustave ! lequel trompé par l'apparence, en la reconnaissant dans des lambris dorés, Taccable de reproches.
Christine ne se fait pas faute de répliquer, en lui jetant à la face les perfidies, qui lui ont été suggérées, par la coupable imagination de rintendant Antonin.
Après s'être dit mutuellement ce qu'ils ont sur le cœur, les pauvres amoureux se séparent violemment, jurant leurs grands Dieux qu'ils ne se reverront jamais.