LE TITI DES BOULEVARDS
Imitation burlesque du Gamin de Paris, bamboche en S actes,
par M, Lepeintre jeune,
Lepeintre jeune, Tacteur amusant du Vaudeville, le Bulbus Pinguis Pictor moderne, car de même que le comédien de Néron, Lepeintre jeune était agrémenté d'une obésité fort réjouissante, pour tous^ excepté pour lui, Lepeintre jeune était l'auteur dé cette imitation burlesque ainsi que l'indiquait laffiche.
Les personnages de cette pièce étaient :
Le caporal Bonio.
Déstréf son fils,
M<n« Booin, belle-sœur du Caporal,
M»« Ecaillée, grand!* mère de Catherine et François.
François, lili des boulevards,
Catherine, sa sœur,
Bizet.
Un portier.
Cette pièce marchait, scène par scène, dans les empreintes de celle qu'elle avait prise pour type.
Les FCNAMBuims 16?
Mêmes personnages, dont les noms et professions seuls étaient changés.
Ce n'était pas une parodie, c'était une imitation positive, un décalque absolu, une contrefaçon Youlue.
Môme intrigue, mêmes situations dramatiques poussées au comique.
Le Titi du Boulevard se trouvait avoir sauvé, comme le Gamin de Paris, le neveu du caporal Bonin, lequel au Gymnase s'appelait le Général Morin.
Seulement, Tenfant sauvé, le petit Jules des Funambules, au lieu de se noyer dans la Seine, comme le petit Octave du Gym- 'nase, se contentait de se noyer dans un égout.
Le théâttre, étant de moindre importance, devait ramener les moyens à de moindres proportions.
It voici comment François, le Titi, racontait le sauvetage :
Air : Vaudeville de la haine d'une femme.
11 D* s*eD 8>ait pas tiré du tout Si je n' l'avais sui par derrière ; Car daDs ce malheureux égout Il entrait la tète la première.
Mais je sais nager par bonheur.
Je n' craindrais pas une tempête ; Et c'est en piquant un' bonn' tète, Que j'ai prouvé qu' j'avais bon cœur.
,A quelques jours de là, Vanderburk rencontrant Lepeintre jeune lui dit :
— Eh I bien, comment ça va-t-il, mon petit Molière ?
— Mais pas mal du tout^ mon gros Pain et Bouilli, riposta rénorme comédien-auteur.
Pour que le lecteur comprenne la portée de cet innocent sarcasme, il est nécessaire qu'il sache que MM. Pain et Bouilli avaient fait jouer, en 18(X)^ une comédie vaudeville intitulée : Le petit sauveteur, pièce dans laquelle se trouvait la principale situation du Gamin de Paris,
Tout se recommence, surtout les choses finies.
— Le 9 mai on joua : Marie ou la laitière suisse, comédie-vaudeville en i acte.
— Le 4 juillet : La vieillesse de Frontin, comédie-vaudeville en 1 acte.
Les manuscrits, présentés à la censure, doivent être revêtus de cette formule : Pièce reçue au théâtre des Funambules (ou de toute
autre théâtre) pour être représentée, après Tapprobalion de M. le Ministre.
Suit la signature du Directeur.
Or les pièces qui précèdent la Vieillesse de Frontin^ n*avaienl porté jusque-là que la signature de M. Bertrand. A partir de celle-ci, la formule consacrée se termine par : Pour le di^ recteur du théâtre : Cot d'Ordan I
M. Bertrand, aux yeux du Ministère de Tlntérieur et des Beaux- Arts, était seul reconnu Directeur.
Le 9 juillet, on donna : Le portrait ou V enlèvement ^ comédievaudeville en i acte et 2 tableaux, par M. Neuville.
L'auteur de cette pièce, Neuville, était Tactedr bien connu de Y Ambigu-Comique, qui se fit remarquer plus tard aux Variétés par ses imitations d'acteurs.
De son véritable nom, il s'appelait Dubourg. Il avait fait son droit, puis avait été employé au Ministère de la Guerre. Mais le théâtre le passionnant^ il avait jeté robe et plume aux orties pour endosser la casaque de Scaramouche.
— Le 13 juillet : Les jumeaux ou On se tromperait à moins , vaudeville en 1 acte.
— Le 26 juillet, notre petit théâtre obtint un gros, très gros succès avec : Jack, V orang-outang, pantomime à grand spectacle mêlée de paroles et de couplets.
Dislrihution
Bertiolet, vieux rentier, bossu Laplace.
M™« Bertiolet, sa femme M""« Hinaux.
Aspasie, leur fille Clara.
Pezombonneau, /)^ar7nacte7i Pliilippe.
Blanchotin, son élève Deburau.
FrémoDtf contre-maître de vaisseau Adolphe.
Deux bonnes ^n^
Un commissionnaire *
Un garçon d'estaminet *
Matelots.
Blanchotin — son nom l'indique — est le Pierrot de cette pantomime dialoguée.
Cette distribution n'est que pour le 1^' acte. Dans le second se trouvent de nouveaux personnages :
Lisikar, grand-prêtre de la tribu des Bramines. . S^-Eugène.
Yanka, sa fille Justine.
Ziglore, chef des guerriers indiens Alphonse.
Blanchotin {le même en matelot) Deburau.
Jack, l'orang-outang. ,., Laurent afné.
Indiens et matelots.
lES FUNAMBULES 169
Le second acte, entièrement de pantomime, se passe à Sumatra^ dans rintérîeur des terres. C*est le manuscrit qui Tindique.
Le troisième ramène les voyageurs à Paris, leur point de départ. La scène se passe au jardin des plantes.
Bertiolet chante le couplet au public :
Âir des Frères de lait
Je viens vous dire un secret ; mais prudence ! C/est entre nous. Vous apprendrez, ma foi,
{Montrant Blanchotin et Jack)
Que, par gageure, ils gardent le silence, Car ils ne sont pas plus muets que moi. S'ils se sont tus, Messieurs, voici pourquoi : Par modestie, ils craignent vos attaques Vous devriez monter un fameux coup...
Puisqu'ils ont peur de recevoir des claques,
Pour les vexer, donnez-leur en beaucoup [bis).
Cette pièce est fort amusante et ferait encore les délices des amateurs de ce genre de spectacle.
— Le 8 août : Elle est mariée /.. comédie-vaudeville en 1 acte.
— Le 16 août : Marthe, souvenir de jeunesse, mêlé de chant, en 3 parties.
La pièce de Victorine ou la nuit porte conseil, que le théâtre de la Porte-Saint-Martin avait jouée quelque temps avant, avait mis les rêves à la mode.
Comme dans Victorine, Marthe se passait dans un rêve.
La première partie appartenait au domaine de la réalité. Le titre de ce premier tableau :
La bonne vieille.
Cette bonne vieille était la mère Marthe, Âgée de 51 ans. Elle parlait de ce qui s'était passé jadis, avec son vieil ami Jacques Hubert, ex-soldat de la Garde impériale.
La seconde partie, qui s*appelait : Le rêve , ramenait les personnages en arrière. Nous sommes dans Tirréel en plein.
Ils avaient, Marthe vingt ans et Jacques Hubert vingt-quatre. On se trouvait être en 1805, en pleine épopée impériale.
La troisième partie, Le réveil, faisait retourner le spectateur à son point de départ. La fin du premier tableau représentait Marthe s'endormant ; le lever du rideau du troisième tableau la montrait s'éveillant.
Tout ce qui s'était passé dans le second n'était qu'un rêve rétrospectif.
170 LES PUiVAMBULËS
— Le 22 août, on donna : Le mort mariée vaudeville en 1 acte. Dans la série de couplets, chantés au public, à la fîn de la pièce
je relève celui-ci :
Air : de VHomme vert
Messieurs, n'ayez jamais renvie De vouloir faire lit à part ; Car la moindre tracasserie S*accroit quand on boude à Técart.
Je tiens ceci de feu ma mère, Qui fit lit à deux vingt-cinq ans.
On n*e8t jamais bien en colère Tout' fois qu'on dort avec les gens .
Le manuscrit porte :
Tout' fois qu'on couche avec les gens.
La censure avait remplacé couche par dort. Le 2 septembre : Le retour de Sibérie^ drame-vaudeville en deux époques, par. C. Foliquet.
— Le 3 septembre : L'homme noir, ou Amour et Probité, tableau villageois en i acte, par M. £. Arthaud.
— Le 7 septembre : Un vol, anecdote en 1, acte, mêlée de couplets.
Voici celui que chantait un des personagesj Anasthase, jeune confiseur, remerciant le ciel de l'avoir physiquement avantagé, comme il Ta fait
Air : de la famille de Vapothicaire
Ah I pour être aussi bien traité Qu'ai-je donc fait à la nature ?
Vrai, je suis son enfant gâté.
On peut le voir à ma figure.
Teint de rose, œil malicieux, Taille svelte et joli sourire ; Sur moi je dois fermer les yeux, Je finirais par me séduire.
Allons, mon cher, ferme tes yeux, Tu finirais par te séduire.
Le 30 septembre, L Audience du commissaire, vaudeville populaire en 1 acte.
Dans cette pièce, Malinot, greffier d'un commissaire de police chantait en parlant des conscrits :
Air : Connaissez mieux le grand Eugène
Ces jeun's soldats quand l' pays les contemple Sont des héros, sous le drapeau.
On en a vu plus d'un exemple
A Montmirail, à Montereau, A Cbampaubert, à Waterloo.
Là, nos conscrits, luttant un contre quatre, Quand le destin vint les trahir.
En vieux troupiers surent se battre, En vieux troupiers surent mourir.
Eh ! Oui, c'est vieux, c'est chauvin, c*est démodé, mais ce couplet, tout caduque qu'il est, se ferait encore applaudir de nos jours, dans quelque revue populaire, si un auteur Tosait produire.
— Le 22 septembre : Un mariage rue SainUDenU^ vaudeville en 3 actes.
— Le 13 octobre : Un homme pour une /îîmme .' Comédie-vaudeville en 1 acte par Hippolyte Chol.
— Le 28 octobre : Les troupiers en bonne fortune^ actualité en 3 actes, mêlée de couplets, par MM. Auguste Lecerf et Eugène Renaud.
Ce vaudeville dut s'appeler d'abord : Encore un Jean-Jean ou les inconvénients du casque en cuir.
Puis, sur le manuscrit que j'ai sous les yeux, ce titre est biffé et remplacé par celui-ci : Le casque en cuir.
Enfin, rayé à nouveau, ce dernier titre est abandonné pour l'adoption définitive de celui que j'ai donné en premier.
Ce casque en cuir était une nouvelle coiffure que l'on essayait à nos troupiers, coiffupe fort critiquée. Aussi, un des personnages le soldat Roupioux, se faisait-il applaudir en chantant au public le couplet suivant :
Air : cfe V Anonyme
Partout on rit. Messieurs de la coiffure
Qui, maintenant, décore nos soldats,
On en a fait mainte caricature.
Peu nous import' nous u* nous en fâcherons pas.
Que Tennemi nous déclare la guerre,
Nous le battrons ; car nos braves troupiers
Ne voudraient pas repasser la frontière
Sans couronner leurs casques de lauriers.
— Le 31 octobre : L'amie de pension, comédie-vaudeville en 1 acte.
— A cette date également : Un et trois font un, vaudeville en 1 acte par Coppet, dit Saint-Brice.
— Le 12 novembre : Le cœur d'une m^re^ comédie-vaudeville en 1 acte.
A citer, dans cette pièce, un couplet que chante le comte de
Survillers, en but aux tracasseries de sa nièce et de la gouvernante de sa petite fille :
Air : de Marianne
J*ai fait assex longtemps la guerre, Je veux avoir la paix chez moi.
Quand j'ai dompté toute la terre.
Ici, me fera-t-on la loi ?
Russes, Cosaques,
Tournaient casaques,
Tremblant de peur.
Redoutant ma fureur.
Fiers, intrépides,
Aux Pyramides,
J'ai fait pâlir Les nègres d'Aboukir.
Enfin devant nos oriflammes J*ai vu trembler de vieux soldats Et je ne peux pas mettre au pas Deux coquines de femmes^... [bis)
— Le i4 novembre : Père et fils, vaudeville en i acte, par Emile Cheaalet.
— Même date : Les étrennes de mon neveu, vaudeville en i acte.
— Le 25 novembre : L'homme noir, tableau villageois, mêlé de couplets. (Voir à la date du 3 novembre de cette même année).
Cette pièce avait été faite en forme d^Opéra-Comique. Les couplets ayant été remaniés complètement, car, au dernier moment, le ministère n'avait pas accordé le visa.
Les Directeurs^ après audition de la musique nowelle, imposée par leur chef d'orchestre, avaient refusés cette musique, préférant les vieux airs de la clef du Caveau. L*auteur avait donc été forcé de remanier ses couplets, en les faisant aller sur des ponts-neufs aux timbres connus.
De là ce retard.
— Le 5 décembre : Pierrot et ses créanciers, pantomime en 7 tableaux.
— Le 24 décembre : Le diable boiteux, pantomime dialoguée en 7 tableaux.
Asmodée chante :
Air : Paillasse
La banque {bis) Est au fait D'un effet parfait La banque Ne manque Jamais l'effet.
Voyes là-bas cet empirique Qui d*uDe étiacelle électrique Vous lance la commotion Et TOUS fait pendant l'action Une soustraction.
La banque... etc.
Si cette prude à l'œil sévère Qu'épouse un vieux millionnaire Qui bientôt, et c*est pain bénit, De Fœuf dont il se croit muui Ne trouve que le nid.
La banque.,, etc.
Et tous ces billets de spectacle Avec lesquels sans nul obstacle Vous entrez gratis... seulement Vous payez pour remerclment Un double supplément.
La banque... etc.
La censure avait fait enlever le couplet suivant que chantaient Cléophas et Asmodée :
Air : t^eatez troupe Jolie,
Cléophas La chose me parait hardie.
Asmodée
Oui ! oui I mais de lui j'obtiendrai Qu'aussitôt il l'a répudie.
Cléophas
Pourtant, la trouvant à son gré, S'il disait : je la garderai.
N*est-il pas naturel, pour cause, Que vous me voyez m'effrayer?
Une fois maître de la rose, ) Il est si doux de l'effeuiller. ] ^"•
Voici comment se terminait cette pantomime à grand spectacle. Je cite le manuscrit :
• Le tonnerre se fait entendre. Cléophas redevient homme. Asmodée lève sa béquille. Inézia ressuscite. Le bûcher se change en un autel qu'entourent des génies. L'amour, qui est descendu dans un nuage de gloire, unit Cléophas à Inézia et Pierrot à Ninette, qui s'était tenue cachée sous les traits d'une amazone. »
Enfin le 30 décembre, pour terminer Tannée, les Funambules donnaient Gédéon de Pontoise, comédie-vaudeville en 2 actes, par Charles Foliquet.
Poarquoi Gédéon ?.. Pourquoi de Ponloise !...
Simplement parceque le théâtre du Vaudeville venait de remporter un énorme succès avec Renaudin de Caen,
Or, Gédéon de Pantoise était fort proche parent Renaudin de Caen,
Mais la distance qui existait entre la valeur des deux pièces était beaucoup plus grande que celle entre Caen et Pontoise.