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CHAPITRE XXX

Mort de Deburau.

Cependant, Deburau était de plus en plus souffrant. Cet asthme terrible qui devait l'emporter, le forçait à interrompre^ de temps en temps, son service.

Qui en profitait? Paul Legrand. Lequel se glissait ainsi petit-àpetit dans le répertoire du grand Pierrot.

Paul Legrand acquérait beaucoup de talent, en cet emploi.

Ce n'étail plus le Pierrot étonné, osé, dégingandé de Deburaii. C*était un Pierrot à lui, très personnel, bon enfant, ayant la larme près du rire. On n'avait jamais vu pleurer Pierrot à la scène. Le succès de Paul fut immense le soir où Ton vit deux vraies larmes rouler sur son masque neigeux.

Aussi, Deburau combatiait-il la maladie avec rage, avec acharnement. Il sentait Tempire que prenait Paul, et cela augmentait ses souffrances.

Paul Legrand, qui aimait beaucoup Deburau, se montrait fort chagrin de cette jalousie du maître.

Un soir, très ému, il alla trouver son directeur et lui dit : — Monsieur Billion, je sens que les effets, que je produis sur le public, navrent notre pauvre grand Deburau ; je viens vous demander de me laisser n'en pas faire. Quand il apprendra que je ne fais plus rire, je suis certain que cela le soulagera et h&tera sa guérisou.

M. Billion, qui était directeur avant tout, répondit à Paul : Je vous défends d'avoir de semblables idées. Je vous ordonne de faire rire. Tant pis pour Tautre !... Il a fait son temps.

Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de comédiens capables de faire ce que fit là Paul Legrand.

C'était à la fois d'un grand artiste, d'un noble cœur et d'un brave homme.

Le 9 janvier on jouait : Un Naturel des tles Marquises^ folie-vaudeville en i acte, interprétée par*: Pelletier, Victor, Lafontaine, Antoine, M"** Louise, Céline et Rosalie. Le 12 janvier : Amélie^ vaudeville en 2 actes. Le 15 janvier, Marengo, épisode militaire à spectacle, joué par Victor, Pelletier, Orphée, Paul, Lafontaine, Philippe, M°" Carolina, Lefebvre, Marie, Louise, Alexandrine.

Orphée, qui débuta dans cette pièce, s'appelait de son nom de famille Augeraud.

Il avait fait ses premières armes au théâtre Comte ; puis était allé au théâtre du Panthéon, pour débuter ensuite au Luxembourg ou Uobxno,

C'est de Bobino qu'il arrivait directement au théâtre de M. Billion, où il était' engagé pour jouer les comiques de vaudeville et les Léandre dans la pantomime.

Quand je dis directement, ce n'est point exact : Orphée était passé par un comptoir de marchand de vin, qu*il avait ouvert dans le faubourg du Temple, et dont il restait le propriétaire ;

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partageant son temps entre Tart et Tempoisonnement de ses concitoyens.

11 était fort amusant, sans cependant avoir beaucoup de talent.

Il n'arrivait hiérarchiquement qu'après Pelletier ; mais on pouvait, sans déshonneur, arriver après Pelletier, aux Funambules où Pelletier dans le Vaudeville était roi.

Orphée se fit plutôt remarquer dans la pantomime. Le Léandre de Polichinelle vampire, joué un peu plus tard, le s&cra à tout jamais dans cet emploi difficile.

Le 19 janvier : Mon Oncle et ma Femme ^ vaudeville en 1 acte.

Le 31 janvier : M, et Jf"* Pipelet, folie-vaudeville en 2 actes.

Le 18 févrieiN: Le Siège de la Rochelle, pièce en 2 actes, dans laquelle le comique Durillon chante, sur M. de la Palisse, la chanson suivante:

La Palisse eut peu de bien Pour soutenir sa naissanse ; Mais il ne manqua de rien Dès qull fut dans l'abondance.

Il voulait dans ses repas Des mets exquis et fort tendres, Et faisait son Mardi-gras Toujours la veille des Cendres.

La singulière histoire !

Oh ! Taimable chanson

Gardons-en ta mémoire,

L'esprit en est fort bon.

11 était affable et doux, De rhumeur de feu son père, Et n'entrait guère en courroux Si ce n'est dans la colère.

Il consultait rarement Hippocrate et sa doctrine, Et se purgeait seulement Quand il prenait médecine.

Refrain

Il se plaisait en bateau, Et, soit en paix, soit en guerre.

Il allait toujours par eau, Quand il n'allait pas par terre.

On raconte que jamais Il ne pouvait se résoudre A charger ses pistolets Quand il n'avait pas de poudre.

Refrain

L'auteur, sans gène, n avait eu qu'à choisir quelques couplets dans la vieille chanson rajeunie, dès le xviii' siècle, par Fauteur des Noëls bourguignons, Bernard de la Monooye, et à y ajouter un refrain de quatre vers.

Le 3 mars : Mon bon Ange^ comédie-vaudeville en 2 actes.

Le 13 mars : Picard ou les deux Coquins^ vaudeville en i acte.

Le i9 mars : L'Enfance d'un grand Homme ^ pièce en 2 actes.

Un jardinier, très fin observateur, Fritz, chante les couplets suivants :

Air : Petit Papa

C'est du coton, souvent, dans ce bas monde, Qui nous fait suivre un tout jeune tendron. Qui fait l'attrait de la brune et la blonde ?... Et qui nous met dans une erreur profonde ?... C*est du^ coton, (bis)

Partout, messieurs, bien grande est Tim posture. Depuis longtemps le vrai nous fait faux bon. Quand vous voyez d'un dandy la carrure. D'un tendre objet Tagaçante tournure.

C'est du coton, {bis)

Ce même 19 mars : La Roche du Diable ou le Rêve de Pierrot^ pantomime-féérie en 7 tableaux.

Don Juan — que, diable, vient faire là-dedans El Uurlador de Sevilla ? — enlève Lucette, la fiancée de Jacot. Celui-ci, protégé parla fée Rose, tue Don Juan. Mais Lucifer rend la vie au terrible séducteur, en rendant son corps inaccessible aux atteintes des armes terrestres, à la seule condition qu'il lui donnera son àme. Don Juan accepte et signe, de son sang, le pacte infernal.

Alors, c'est un combat homérique entre le ressuscité et Jacot, soutenu par Cassandre et Pierrot; combat dans lequel la vertu finit par triompher; car le Diable, lassé des crimes de Don Juan, termine Faction en lui disant : lu es vaincu, tu appartiens à t enfer :

Il entraîne sa victime — continue le manuscrit — dans une cage de fer, qui s'enQamme aussitôt et disparaît dans les profondeurs d'un abîme en feu. Union des amants. Les démons sont terrassés.

Vers cette époque, Alexandre Guyon, qui s*ennuyait à manier des fils^ des guindés et des commandes, demanda à M. Billion de

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rengager, pour jouer des petits rôles. Le directeur accepta l'offre du jeune homme et lui accorda six francs par semaine.

Le 10 juin : Les Maris ressuscites, comédie vaudeville en 1 acte.

Le 16 juin, jour de deuil!... La nuit jette des ombres sur la casaque blanche de Pierrot. Le boulevard du Temple semble porter un crêpe à chacun de ses arbres. La mort a fait son œuvre. La pantomime a du plomb dans les ailes. La face pâle est devenue verte. La folie a perdu sa marotte. La batte d*Arlequin est fendue. La farine a du noir dans le corps. Jean-Baptiste- Gaspard Deburau est mort!

Et les ouvriers du faubourg du Temple, les tourlourous, les bonnes d*enfants, les gamins du boulevard, enfin, tous les oiseaux de la rue ne s*abordent qu'en se disant :

— Vous savez la grande nouvelle, Deburau est mort !

— Un brave homme de moins !

— Un grand artiste disparu !

— Quel inimitable Pierrot!

— Un brave camarade qui s'en va î

— Un rigolo dans le pétrin!

Le théâtre des Funambules ne fit pas relâche !

M. Billion, qui avait gagné deux cent mille francs avec le pauvre Paillasse, ne consentit pas à perdre une recette, et contraignit Paul Legrand à jouer le soir même, malgré les récriminations du brave artiste.

De quoi était mort le grand Pierrot?

On a prétendu que c'était des suites d'une chute, faite dans une trappe mal assujettie, quelque temps avant.

C'est une erreur. Deburau mourait étouffé par son athsme.

On peut vivre cent ans, dit-on, avec Tathsme. Certainement; mais, à la condition de ne pas exciter ce fauve qui vit et se creuse en vous un antre, dont il ne déguerpira qu'avec votre dernier souffle. Le repos, le calme seuls, peuvent apaiser le monstre qui siffle, rugit et crache par votre bouche, baille et braille par votre gorge, guette avec lâcheté, avidité, l'instant où il pourra vous étreindre et vous enlacer de ses terribles tentacules.

Deburau ne pouvait se reposer. Au théâtre, Tathsme, c'est la mort.

Dans un accès d'une toux déchirante, le Pierrot clôtura sa vie, définitivement et sans aucune remise.

Au rideau, pantin ! Va faire tordre de rire le bon Dieu, si le bon Dieu a une tête pour rire et un corps pour se tordre.

II avait lutté jusqu'à la fîn.

Quinze jours avant l'issue fatale^ il avait envoyé, sans en rien dire, son fils Chartes prendre l'air des coulisses, pendant une représentation. Celui-ci était monté au cintre, et, suivant Tordre de son père, avait noté tous les effets que produisait Paul Legrand.

En entrant, Tenfanl avait tout raconté au malade.

C'avait été un coup terrible, el le lendemain Deburau faisait prévenir au théâtre qu'il jouerait le soir même.

Il s'était levé, tratné dans sa loge et, à force d'énergie, de volonté suprême, avait pu jouer trois soirs de suite.

Le troisième soir, dans les Jolis soldats^ le pauvre moribond devait danser un pas excentrique. Ne se tenant plus debout, exténué, brisé, il avait envoyé prévenir le chef d'orchestre d*aToir à passer le motif de danse.

Mais le public qui avait l'habitude de l'applaudir très fort, après ce hors-d'œuvre, pimenté d'un cancan accentué, par lequel se terminait le pas, se mit à réclamer :

— Et la dause?... Chahut! Chahut!

Deburau avança jusqu'au trou du souffleur, et, se courbant devant le public se mit à le regarder, avec tant de supplications dans la physionomie, tant d'éloquence dans le regard, tant de souffrance dans sa muette façon de demander grâce, que la salle entière, comme si ces cinq cents cœurs n'eussent eu qu'une seule â.me, fut retournée du même coup.

Il avait compris, ce public de gamins, d'ouvriers et de pauvres grisettes, que son cher Pierrot tomberait suffoqué, haletant, mort peut-être à la fin de ce chahut réclamé, et par un revirement sublimo, d'une seule voix rauque, enrouée, perçante, glapissante, grave et pointue tout à la fois, il s'était mis à crier :

— NonI non! pas de chahut!

Alors Deburau avait baissé la tète devant son juge, et quand il l'avait relevée, on avait pu voir les yeux en pleurs du pauvre paillasse.

Le rideau fut baissé un instant, pour lui donner le temps de se remettre. Lorsqu'il se releva, ce fut une ovation prolongée, mais respectueuse, qui accueillit le moribond ; oui, respectueuse^ autant que l'instant d'avant elle avait été bruyante, désordonnée, furibonde.

C'est Alexandre Guyon, présent à cette scène, qui m'en a raconté les moindres péripéties.

Il semblait avoir deviné, ce public déchaîné, engueuleur et

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grossier, que son acteur favori lui adressait un éternel adieu.

Ce peuple, des plus sombres bas-fonds, a de ces exquises délicatesses, de ces étranges sensibilités. Il courra, cynique, obscène, gouailleur, se ruer autour d'une guillotine, voir trancher une tète ; il ira hurler de monstrueuses chansons, en voyant dresser Téchafaud; il se repaîtrera d'ordure, se saoulera de sang, et pleurera en voyant un paillasse pleurer.

En 1878, on avait repris à TAmbigu Les deux Orphelines. Honorine, qui jouait le rôle de la Frochard, vit un soir dans la coulisse un petit figurant blond, rose, propret, gentil, écouter la pièce, la figure inondée de larmes.

— Qu*as-tu, mon ami, demanda-t-elle à Tenfant?

— Je ne peux pas voir M'sieur Taillade enlever sa pelure par la neige, et en couvrir Mamzelle Angèle Moreau, sans que ça me fasse chialer comme un veau, répondit le petit bonhomme.

C'était Gilles!... Le cynique assassin qui, quelques mois après, avec Taide d'Abadie, un monstrueux auxiliaire de son âge, égorgeait impitoyablement une pauvre vieille femme sans défense, pour s'emparer des quelques sous qu'elle possédait!...

Ce fut la dernière fois que Deburau parut sur la scène des Funambules.

Champfleury, dans « La petite Rose, décrit l'enterrement du célèbre mime :

Déjà la foule se pressait aux alentours de sa modeste habitation (Faubourg du Temple, 28). Il était Torgueil du Faubourg, tous ses camarades des théâtres voisins avaient tenu à honneur de raccompagner une dernière fois. Ce n'étaient pas los assistants banals, qui se rendent à Tenterrement d'un confrère. Une tristesse réelle se faisait jour sur la physionomie des acteurs des Funambules. Ayant perdu le grand chef d orchestre de ces drames muets, ils se regardaient comme des naufragés sur un vaisseau dont la tempête vient d'enlever le pilote.

L'homme, à qui une jeunesse accidentée avait communiqué des trésors artistiques, que les études classiques fournissent rarement si féconds, était doué de facultés créatrices qui se répandaient comme une rosée sur la tête de ses camarades. H était bon quoique railleur, obligeant quoique sarcastique. Les difficultés de la vie n'avaient pas amoindri ses qualités de cœur. Il savait démêler chez un être à peine dégrossi ce qui pouvait être tiré d'une nature rebelle ; par de bonnes paroles, il encourageait les timides.

Cet homme du peuple, sans éducation, témoignait aux femmes qui l'entouraient des délicatesses particulières. Doucement il savait enseigner son art, relevant quelquefois l'élève par des railleries, jamais par des duretés.

Le convoi prit la route de Téglise. Le cercueil n'était pas porté par les employés habituels des pompes funèbres : les machinistes du théAtre avaient tenu à honneur de rendre un dernier hommage à celui que, pendant de longues années, ils avaient eu l'honneur d'approcher.

Du bas de la montée de fielleville jusqu'à l'église, les fenêtres étaient garnies, comme les trottoirs éLaient encombrés, de gens qui saluaient - encore

une fois le passage du comédien, dans cette rue qu'il avait traversée si souvent. Les gens murmuraient : Dcburau !... Et tous suivaient d'un regard pensif le convoi du mime qu'ils ne devaient plus revoir.

C'est au Père-Lachaise que fut transporté ce pauvre corps désarticulé.

Un discours fut prononcé sur la tombe par lacleur Albert, au nom de la société des artistes dramatiques dont Deburau, en compagnie du baron Taylor, de Samson, Régnier, Bocage, Raucourt, avait été membre fondateur.

Jean-Baptiste-Gaspard Deburau avait 51 ans.

Quelques journaux publièrent des articles nécrologiques, dans lesquels l'artiste fut passé au crible. On le commenta, on le discuta^ on le critiqua, on le mit sur la claie et sur le'pavoi, on le nia, on l'apothéosa.

Tous ces articles furent respectueux pour Thomme.

J*ai dit qu'un soir, Deburau était tombé dans le dessous par une trappe, que les machinistes avaient oublié de consolider ; George Sand^ la grande George Sand, qui écrivait alors dans le Constitutionnel, avait daigné s*en émouvoir et lui avait consacré un de ses feuilletons tout entier.

A cet article Deburau avait répondu par la lettre suivante :

Madame,

Permettez que je vous adresse mes doubles remerciements, pour l'intérêt que vous voulez bien prendre à un petit accident, qui n'a eu aucune suite f&cheuse pour moi, et pour le bienveillant article inséré dans /eCons/tYt^/ionne/, dans lequel vous préoccupant de mon avenir avec bonté, vous faites ressortir mon faible talent, avec une verve et une chaleur véritablement entraînantes.

Je ne sais en quels termes vous exprimer ma reconnaissance. Ma plume est comme ma voix sur la scène ; mftis mon cœur est comme mon visage, et je vous prie d'en accepter l'expression sincère. J'ai l'honneur d'être votre serviteur,

Debcrau.

P.-S, — J'avais l'intention d'aller moi-même vous remercier, mais les répétitions m'en ont empêché. Veuillez, je vous prie, m'excuser. Paris, 9 février 1846.

Le grand talent de Deburau n'a jamais été contesté. A peine a-t-il été discuté. Ce que certains journalistes ont seulement critiqué, c'est le nuage d*or, sur lequel ont voulu Télever quelques enthousiastes.

Ces enthousiastes étaient simplement les premiers écrivains de cette époque. Ils se nommaient : Théophile Gautier, George

George Sand, Charles Nodier, Jules Janin et autres de la même farine.

Je vais donner quelques articles, parus après la mort du célèbre artiste, articles dans lesquels ses qualités et ses défauts sont mis au jour. Le lecteur fera la part de L'exagération, qui ne peut manquer de surgir, alors que la discussion se produit, s'anime et s'envenime ; mais, en même temps, il se fera une idée juste du talent véritablement puissant et original, qu'apporta Deburau dans la création de ses rôles.

Malheur à celui sur le dos duquel les discussions littéraires ont lieu. Il en reçoit toujours des éclats. Eclats d'autant plus cinglants, d autant plus écrasants, d'autant plus terribles, que la plume armée qui les lance^ est guidée par la colère, une mégère aveugle.

Le corps du malheureux devient un champ de bataille, sur lequel piétinent à Tenvi, assiégés et assiégeants.

Deburau mort, devint ce champ de bataille.

Jules Janin avait écrit :

Il a été toute une révolution; il a véritablement créé un nouveau genre de PaiUaitse, quand on en croyait toutes les variétés épuisées; il a remplacé la pétulance par le sangfroid, l^nlhousiasme par le bon sens. C'est un s»toîcien renforcé qui se laisse aller machinalement à toutes les impressions du moment. Acteur sans pa^pion, sans parole et presque san.) visage, il dit tout, exprime tout, se moque de tout; il jouerait sans mot dire toutes les comédies de Molière. Il est au niveau de touts les bêtises de Tépoque, il leur donne une vie ioimitable. Génie à Tusu^e de toutes les passions qu^uu visage enfariné peut contenir, il va, il vient, il regarde, il ouvre la bouche, il ferme les yeux, il fait rire, il attendrit, il est charmant.

C'est un homme qui a beaucoup pensé, beaucoup étudié, beaucoup espéré, beaucoup souffert. C*est l'acteur du peuple, Tami du peuple, bavard, gourmand, flâneur, faquin, impassible, révolutionnaire comme est le peuple.

Et Charles Maurice répondait à cela :

Molus sur Deburau, chez lequel je n'ai jamais saisi les motifs de la grosse envie de rire qu'il excitait.

Le 18 juin, le même Charles Maurice annonçait ainsi, dans son journal : Le Coureur des Spectacles^ la fîn du pensionnaire de M. Billion :

M. Deburau, le Pierrot des Funambules, est mort dans Tavant-derniére nuit, apr^s avdir été peu ne temps inaihde La nouvelle de son dérès prémaluiément répandue, l'avait beaucoup a. fligé. On ledit regrettable.

On le dit regrettable \,,, C'était une des formes employées par ce maître chan'eur. pour contester Topiniou contraire à la sienne, sans la combattre ouvertement.

J*ai dit maître chanteur, je prouve.

Lors de ses débuts à Paris, Duprez^ le grand ténor, après force éreintements d*iceluî, était allé trouver Ch. Maurice, avait déposé un billet de cinq cents francs sur son bureau, et lui avait dit : Soyez-moi favorable et vous verrez que plus tard, vous n'aurez pas à vous en repentir.

Le lendemain, Ch. Maurice écrivait : Nous avons revu M. Duprez. G est un ténor qui promet^ nous verrons s'il tiendra.

Duprez, au faite de la gloire, ne tint pas. Et Charles Maurice continua de l'éreinter.

Pour revenir à notre mime, quelques jours avant sa mort, un journal avait annoncé son décès. Ce journal était malheureusement tombé sous ses yeux, ce qui lavait véritablement et péniblement affecté.

Le 20 juin, Charles Maurice ajoute dans ce même Coureur des Spectacles :

Il ne paraît pas douteux que l'annonce prématurée de la mort de Deburau* le Pierrot des Funambules, n'ait été pour quelque chose dans Tévènement qui Ta suivi. Affaibli par lé mal, ce brave homme se sera frappé l'imagination et aura hâté ainsi sa fin, qui toutefois ne pouvait manquer d'avoir lieu bientôt. 11 avait fait une chute grave dans le second dessous de son théâtre, et il n'y avait pas donné les soins nécessaires ; un dépôt dans le corps en a été le résultat. Deburau est mort avec toute la connaissance de sa situation. Son service a eu lieu à Téglise Sainte-Elisabeth, en présence d'un grand nombre de personnes.

J'ai dit que cette chute n'était pour rien dans la mort du mime.

Le journal la Silhouette^ celle de 1845 à 1850, qu'il ne faut pas confondre avec la première, fondée par Philippon en 1829, publiait aussi, à la date du 6 juillet l'article suivant :

Il s'est dit, autour du cercueil de cet honnèle Deburau, beaucoup de choses fort ridicules et fort absurdes, telles, par exemple, que : L'époque a perdu son plus grand comédien. Ceux qui Vont vu peuvent se consoler de n'avoir pas vu Talma.

La vérité est que Deburau avait, et le caractère de l'emploi, et qu il portait la fariue en homme quili connaît dt'puis quarante ans, voilà tout. L'idolâtrie de commande de son panégyriste Janin, l'absence de toute concurrence et l'avantage d'une position qui ne Tairait envie, ni ombrage à personne, ont, pour le moins, autaut que son mérite, servi sa réputation.

A la date du 12 juillet, c'est-à-dire vingt jours à peine après la mort de Deburau, la même Silhouelt*i publiait :

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