‹ Le théatre des grecsChapitre 113 sur 126 · MÊDÉE, LES DEUX FILS DE MÉDÉE, LE CHOEUR · texte numérisé non relu

MÊDÉE, LES DEUX FILS DE MÉDÉE, LE CHOEUR

IIÉDÉE.

O mes enfans! voilà donc la ville, voilà la maison qui vous servira d'asile , lorsque privés d'une tendre mère , vous l'abandonnerez à son triste sort. Et moi, malheureuse fugitive , je ne jouirai point du bonheur de vous voir , de vous sentir heureux ; je ne préparerai point votre couche nuptiale; vous ne recevrez point une épouse de ma main ; je n'allumerai point là torche sacrée. Ah ! malheureuse ! j expie ma fierté. En vain je vous ai nourris ; en vain j'ai supporté pour vous tant de peines et tant de tendres inquiétudes; c'est en vain que mon sem a été déchiré par la douleur. Hélas ! c'est sur Vou^ qu'étaient fondées mes plus douces espérances j je vous envisageais comme les soutiens de ma Vieillesse, comme ceux qui devaient fçrmer mes

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paupières, être ma couronne et ma gloire. Douces illusions ! comme vous vous êtes évanouies ! Sans vous, je passerai une vie triste et misérable. Vous ne verrez plus votre mère; bientôt, dans votre cœur, son souvenir fera place à d'autres sentimens. Ah î mes enfans , pourquoi tournez-vous sur votre mère vos doux regards? pourquoi me souriez-vous si tendrement? est-ce votre dernier sourire ?..• Dieux • que ferai-je?... ô mes amies! je sens mon cœur se dissoudre , en voyant se fixer sur moi ces yeux où

brille l'innocence ^ Non, je ne puis! loiij dç

moi mes horribles projets;,... j*emmènerai mes fils avec moi ; ils me suivront dans mon exil : pourquoi fautf-il que , pour punir leur père, je fasse à mon propre coeur une plus sanglante blessure ? Non , je renonce à mes projets.

Mais quoi! je souffrirai .qu'on m'outrage impu« nëment, et que mçs ennemis insultent à ma faiblesse! Je signalerai ma vengeance je me

reproche des sentimens pusillanimes.— Vous, mes enfans, rentrez dans le palaisé-— Que les divinités qu'offensent mes sanglans sacrifices se retirent. RicA ne peut plus amollir mon courage Ar-

' C'en est fait... Innoeeas ,.you9 me tendes les bras , Ces regards caresfians , ce souris plein d'appas , Béveillant la nature , augmentant ma faiblesse, Jusqu'au fond de mon coeur vont chercher la tendresse. . Médèe de LoiroBPiBftR« , acte IV, «c. VÏI.

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rite, barbare! que vas^;u faire? Oh! malheureuse! redeviens mère ; épargne , épargne tes enfans : en vivant avec toi loin de ces lieux , ils soulageront tes ennuis. • • Non , j*en jure par les furies infernales , je ne livrerai point mes fils à vos ennemis , pour être Tobjet'de leurs outrages et de leurs mépris» Ils ne peuvent éviter la mort qui les menace de toutes parts : puisqu*ii faut qu'ils deviennent sa proie , c'est moi qui les ferai partir , moi qui les ai , fait naître ^ L'arrêt est irrévocable; je ne puis m'en défendre. La tête ceinte du bandeau fatal ; et revêtue de la robe empoisonnée, déjà la princesse expire. Marchons dans le chemin de larmort, précipitons-y ses victimes. — Je veux voir encore mes enfans. Approchez, mes fils, donnez-moi votre main droite ; que votre mère baise ces mains chéries; que mes lèvres s'appliquent sur vos lèvres ingénues. traits que je chéris ! ô figure où se peint la candeur et l'innocence"! vous semblez fiiits pour le bonheur.... hélas! puissiez-vous en jouir! non plus comme autrefois , votre père vous l'a ravi. délicieux embrassemens! oh! quel plaisir de sentir palpiter leur tendre cœur , de respirer leur douce haleine! ••.. Allez. ••• sortez. Je ne puis plu^ soutenir votre vue Je succombe à tant d'horreurs. Je sais quels sont mes forfaits, j'en connais

' Ces moU soat répétés acte VI, te. II, et tout probablemsat interpolés à l'un de ces deu« endroits.

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toute l'atrocité ; mais une aveugle fureur hi'enJ traîne^ j'y cède malgré moi-même ; déplorable victime d'une passion funeste , qui dé^a de tout temps l'univers ^4

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