SCÈNE Itf
LE CHŒUR y seul'.
Souvent dans des questions profondes et subli* mes j'ai exercé mon intelligence à des objets plui grands que ceux qui doivent occuper mon sexe Une muse préside à nos chants et nous inspire la sagesse. La science et les dons des muses sont rares parmi les femmes^ mais elleà ne leur sont point interdites. Heureux le mortel qui ignore les douceurs de l'hymen et de la paternité! il eh ignore aussi les peines et les cruelles angoisses. Mais ceux qui ont vu croître dans leurs maisons de tendres rejetons, sont en proie à des tourment qui renaissent sans cesse; leur inquiétude se tourne d'abord sur les soins qu'exige une bonne éducation ; il faut pourvoir ensuite à la fortune de ses enfans. Un • doute cruel se mêle à ce travail ^ et déchire le cœur
* Video meliora proboque , Détériora sequoi*. Ovid.
^ Il semble que l'expression de Médée, au commencement de la scène suivante , indique qu'elle s*ëcarte pour observer si personne ne vient à elle. — Elle vient de dire que « déjà la princesse expire. » On né peut donc supposer que lé temps de l*cntr'actl ost employé à venir lui apporter cette nouvelle.
TRAGÉDIE D*BlJRiPIl>B. 43^3
l\eatre dans le palais , ensevelis ta jeune épouse.
JASOK.
Oui , je vais lui rendre les derniers honneurs , béias ! privé de mes deux enfans.
MÉDÉE
C'est peu de ces larmes; tu en répandras de plus àmères dans ta vieillesse.
JASON
Mes chers enfansi
MÉDÉE
Chers à leur mère et non pas à toi.
jAsoir.
Et tu les as fait mourir ?
MÉDÉB.
Pour te percer le cœur.