ACTE IL
Polynîce paraît Tépée à la main ^ parce que .
TRA6ÉDIE D'EUtllPlBE. 9
malgtë la trêve , il craint quelque surprise de la part d'un frère capable de tout oser. Cependant , dès qu'il aperçoit des autels ( c'étaient des asiles) , il remet son ëpëe dans le fourreau pour ne pas effrayer les Phéniciennes. £l]es se font connaître à lui ) et se prosternent à ses pieds , suivant la loi y conoime captives soumises à toute la maison d'Agénor. Elles appellent aussitôt la reine y qui vient promptement recevoir son fils.
Après les premiers embrassemens , pleins de la plus vive tendresse , telle que devait être celle d'une mère qui revoyait un fils malheureux qu'elle avait si long-temps pleuré , jusqu'à se couper le^ cheveux , et se revêtir de vétémens noirs en signe de deuil ; elle lui remet devant les yeux la douleur d'un père emprisonné et livré à son désespoir. Elle lui reproche tendrement l'alliance qu'il a contractée en épousant une femme étrangère , à savoir une des filles d'Adraste. « Je n'ai point , dit^ » elle y allumé le flambeau de l'hymen pour vous^ » suivant l'usage des heurjeuses mères. Le fleuve i) Isménus ne vous a point donné le ba^n nuptial y » et Thèbes n'a point retenti desj cris de joie en » faveur de votre. épouse. Puissent s'évanouir les ^) présages dont nous menacent ces maux ! quelle >» qu'en soit la cause , ou le fer ou la discorde , ou )) votre père , ou le destin y ces malheurs retom-^ )) bent tous sur moi* »
i^ LES PHémCIENNES,
Pàlymcc répond qu*il e^t v$nn avec dëfiane^f à^iU» Thèb@s; mab q^e l'amour de la patrie l'a çmporlé dans son coeur. Il se justifie par -là d'à-? vpir traversé la ville , l'épëe à la main* Ses craintes étaient trop fondées pour ne pas les écouter. Mais enfin , la trêve et Ja foi de Jocaste l'ont rassuré.' La vue du palais et des lieux où il a passé des jours si chers à son souvenir, lui arrache des larmes de tendresse. Mais ce qui le dés«^ère, c'est de voir une mère en deuil ^ et do^t il cause malgré lui les disgrâces. Toute çeM^ entrevue est extrêmeanent louchante.
Mais Jocaste» pour tomber insenjâblement sur l'article de la rcconciliaAinn des deux frèresqu'elle veut négocier , met Polynice en voie de raconter ses aventures. Ceci est un dialogue serré vers à vers» é Polynicey décrit d'une manière très-pathé-i' tique l'accablement où se trouve un malheureux prince exilé de sa patrie et sans appui. Il a épit)uvé la misère jusqu'à se voir dans la dernière indi*gence. Il dit précisément : « Que la noblesse ne » nourrit point, et que la patrie est le plus doux >) de tous les biens, puisqu'un exilé ne trouve plus » de ressource , ni d'amis. » Il raconte ensuite comment le hasard lui gagna l'amitié d'Adraste, roi d'Argos.
* C'est une expression grecque qu'emploie ici le P . BruiBoy , cTX9fi.j9ùv y parler vers à yers.
Ce rei ayait reçu un oracle d'Al^olloii'c|iii )ui ordonnait de donner ses filles çn mariage à ^uir sanglier et à un lion qui se présenteraient les pre-c miers à sa yue. Pblynice, et Tyd^e autre exilé ,: viennen^^imploter son secours. Il interpréta Tora-* cle eu leur faveur^ leur fit épouser sçs deux fiUea, et leur jura de les rétablir dans leur patrie par la; force des arme^. Ici Polynice fait réflexion qu'il conduit des troupes contre aa patrie. Il en aou^^ pire. « Oui ^ dit-il , j'atteste tes dieux que c'esi' )} malgré mçi que je combats contre ce que j ai de' nplus cher au monde* Mais c'est à vous, ô ma ^^mére^ qu'est réservée la gloire de terminer nos )) maux , de réconcilier deux frères ennemis , et de » rappeler la paiiL si désirable pour¥ou$i pourm^i » et pour l'Etat. »
C'est un roi détrôné qui parle avec beaucoup de modération et de grandeur. Mais il finit par un sentiment singulier y et qui marque bii» l'exoàs de misère auquel son exil l'avait réduit dans des temps bien différens du nôtre , où toutefois l'on a vu des têtes couronnées éprouver, malgré l'humanité de leurs bienfaiteurs , les tristes effists d'une affreuse disette. « L'opulence, dit ce prince, » est ce qu'il y a de plus i^vére parmi les hommes. » Un roi indigent n'est plus rien. Voilà ce qui » m'attire à Thèbes à la tête d'une armée. » Le chœur avertit Joca^te qu'Étéocle va paraître. ^
dbyGopgle
12 LES PHÉNifelENNE* , '
• Ce prince, dont le caractère bouillant et impétueux contraste merveilleusement bien avec la noble et* douce fierté de Polynice, parle en ces termes, en arrivant. « Me voici , madànie; c'est en * » votre faveur que je viens. Que veîit-on de moi ?» j Il fait valoir Teffort où il s'est réduit de consentir j à cette entrevue avec son frère. I
» Attendez, répond la reine. Trop de précipi- ' » tatiofi nuit dans des conjonctures si délicates. La » prudence veut plus de lenteur et de sang-froid » pour réussir. Etéocle, adoucissez ces regards fé- )>roces; étouffez ce courroux près d'éclater. Ce » n'est point une Méduse que vous voyez. C'est vo- » tre frère, hélas! qui vient vers vous. Polynice, J) tournez les yeux à votre tour sur votre frère. D Cette vue vous disposera à lui parler et à l'en- )> tendre avec plus de tranquillité. Je n'ai plus » qu'un conseil à vous donner* Songez que dans » une entrevue, deux amis irrités ne doivent pen- )yser qu'au sujet qui les rassemble, et oublier tout n le passé. Polynice, c'est à vous de parler , puis- » que vous venez vous plaindre à la tête d'une yy armée, et demander, dites-vous, justice d'une *»Jnjure. Puisse enfin quelque dieu se faire l'ar- » bitre , le juge et le pacificateur de cette que-
)x relie î ».
roiTNic».
La. vérité parie simplement et sains art; elle
TRACÉOIB D^EURIPIDE. )3
&'use point de détours artificieux. C'est dans ellemême qu'elle trouve sa force. L'injustice^ au èoa«traire y qui sent sa foiblesse, cherche à s'appuyer d'un art sophistique. J'ai voulu , je l'avoue , pourvoir aux intérêts communs de l'Etat, de mon frère et de moi. Il &llait prévenir TeSet des imprécations de mon père. Fugitif volontaire, j'ai cédé le sceptre à Etéocle pour .une année ; mais.à condition de rçgner à mon tour. Je n'ai .prétendu ni souffrir le traitement que je souffre , ni revenir en ennemi porter le fer dans le sein de ma patrie. ^Etéocle a souscrit à ce partage. Ilen^a pris les dieux à témoin ; et toutefois y au mépris de ses sermens , il règne encore , et il occupe la place que je devrais occuper. Qu'il me rende le sceptre, et me voici prêt à congédier l'armée, et à céder à mon tour ce même trône qu'on m'aura rendu. A.ce prix, je vous délivre de toute crainte, je respecte les murs de Thèbes, et je ne tente plus un coupable assaut. Mais si une demande si juste m!est refusée , je suis déterminée à me faire justice , et à tenter le sort des armes. J'atteste les dieux , témoins de la droiture de mon cœur et de l'équité de ma cause , qu'on m'a privé injustement de ma patrie.
Le choeur approuve un discours si .mesuré et si raisonnable.
ÉTÉOCLE
Si ce qui semble honnête. aux uns le paraissait
d4 tËS »âAi^cTÊ^NB$ y
aux âUtreé , il n'y âui*ait pluis de disftètiti^ii^ |lâiiiM 4)68 humains* Mais rien id-bûs né fi^appe nos esprits de la môme manière* On cohviènt des noms en fait d'honneur, et de toul, nutiement de la réa- ; dite. Je ne d^uiserai point ici mes séniimens; -madame ; j'escaladerais le ciel y et je descendrais aux entrailles de la terre ; si , à ce prit 9 je pouvais jconquërirla plus brillante descouronnes. Le trône est un bien si cher à mes yeux ^ que je ne puis le j céder à autrui. Quelle lâcheté serai^^ de deve- | nir sujets quand ^a s'est vu roi ! mais quelle honte I de céder ce trène à un perfide , qui ose tenir , les | ^rmes à la main , désoler sa patrie ! quel opprobre ; pour Thèbes et pour moi ^ si la crsjinte des lances tirgiennes me forçait de desoendre du trôûe pour y placer un vainqueur î Non , madame , ce n é- •tait point à main am»ëe qu'il devait <^esrcher à | •entrer en négociation avec moi. La i^ison , aussi | |)uissante qu'une armée, eût suiË« Qu'il habite dans i •bettsterre, j'y consens. Mais qu'aptiès avmr donné ia loi , je m'abaisse à la recevoir d« Ité , qu'il ne l'espéré pas. ( ji Poljrnwe.) Emplc^es donc le j 1er et la flamme : couvrez c<% plaines de chars ; je ne céderai point ma couronne. Equité tant qu'on .Voudra , je la respecte en toutes chos^ ; mais si l'on peut jamais être injuste , il est beau de l'être pour régner".
• *■ ' « $i Tioleir k justice «l le droit |
Les maux seuls ne sont pas Tapanagede la vieillisse, mon fils. L'expérience qui Taccompagne, Fen dédommage , et la conduit plus sûrement que Timpétuôsité de la jeunesse. Par quelle fatalité , Tambition, cette divinité dangereuse , a-t-elle emjporté tous V05 vœux ? en Combien de maisons et ffétats n'est-^lle pas entrée î hélas ! elle n*en est sortie qu*en emportant toute leur félicité. Cest elle qui vous transporte , mon fils. Eh î ne serait-il pas plus honorable pour vous d*aimer cette égalité précieuse qui lie entr'eux les amis, les guerriers et Itjs états ? C*est une loi sacrée parmi les mortels.
Jocaàte s'étend ici un peu trop sur le prix de l'égalité , à qui elle attribue les poidà , les mesures. Tordre du jour qui succède à la nuit: d'où elle conclut qu'Etéocle doit céder le sceptre à son frère. Xle sont six ou sept vers qu'on a marqués , ainsi que bien d'autres , comme dignes d'être retenus. Mais ce raisonnement ne saurait entrer dans nos idées, et. n'était bon que pour les Grecs,
» n est licite à Fliomtne en quelqd'endroit , » C^est pour rëgner qu'il qe l£ doit permettre. » tta^. A^kriïftA édni Plut. Tmitéde la nianière de Kre les poeteM. £t ailleurs :
ni Si violff M rieii aé petfi U l<5y » (olttiHf€mefit , e'èst pour se faîte rôy , I» Dk la Thébeiîû Étéocle et dit md. »
Plut. Les BègUs et Préceptes de santé, t. XVII , p. 65.
l6 LES PHÉNICIENNES , '
gens amateurs de sentences et d'exemples palpables.
Ce qui suit a plus de dignité. Jocaste appelle le trône uïie injustice heureuse' . « Qu*y trouve-t-on ? •)) plus de travail et de prospérité qu'ailleurs. Mais » qu'est-ce que cette opulence ? La médiocrité suf- )) fit à qui sait borner ses désirs. Les richesses n'ap- » partiennent véritablement qu'aux dieux* Les » hommes n'en sont que les dépositaires et les éco- » nomes. Aussi les dieux savent-ils les reprendre^ » quand il leur plaît. Jugez-en par l'instabilité de )) la fortune. Si je vous demande^ mon fils, lequel )) est plus estimable à vos yeux, ou, le trône, ou )) le salut de l'Etat, oserez-vous répondre que c'est )) le trône? Mais si Polynice est vainqueur, si Ar- » gos l'emporte sur Thèbes , vous verrez cette » même Thèbes désolée ; vous verrez les Thébai- )) nés captives , arrachées des bras de leurs mères » par un ennemi farouche. Ah ! qu'alors les Thé- » bains paieront chèrement ce suprême pouvoir )) qui a tant de charmes pour vous ! Voilà, Etéo- )) cle, ce que j'avais à vous dire.
» Pour vous , Polynice , je vous dirai avec la )) même franchise, qu'Adraste a été imprudent de
' Euripide parle ici en républicain démocratique* Cependant il semble épouser d'autres sentimens ailleurs ; et Platon , son contemporain, le blâme d'ayoir trop loué les monarques et la monarchie.
» TOUS offrir son funeste secours , ût cpi^impru-* » demment vous l'avez accepté pour détruire volr^ )) patrie. Car^ hélas! si vous prenez Thèbes , » (dieiix, écartez ce présagé ! ) comment érigerez* » vous des trophées? Gomment offrirez-vQUS des sa** }> criiices ? De quelle inscription marquerez^vous H les dépouilles sur le bord du fleuve qui vous vit )i naître ? Poljrnice , direz-vous , consacre aux ^)dieua: ces armes enles^ées à sa patrie qu'il a )i réduite en cendres^. Âh ! mon fils, puissiez-vous » n^étre jamais souillé d'une pareille gloire ! Si , JUu contraire^ vous êtes vaincu , de quel front re- Hournerez-vous à Ârgos, en laissant nos champs » couverts de ses citoyens morts pour votre défense? » Adraste n'entendra-t-il pas ces murmures du peu- ^ple: quelle fatale alliance a-t-on contractée aveo » Polynice ? Son hymen ^ous coûte nos vies.
» Croyez-moi , mon fils , vous courez à un dou- » Me éeueiL Vous perdez l'appui des Argiens , et »voas ne gagnez pas le sceptre thébain. Mettez, ^ mes fils , mettez l'un et* l'autre un frein à votre * ambition. Eh ! quels maux ne doit-on pas atten- » dre de deux rivaux furieux qui tendent au même « but; î »
Le chœur redouble ses vœux pour la paix en
' Virgile a imite ces aaeiennes inscriptions :
. n ^ueas haec de Danaïs yictoribus arma. »
I ^fteiV^l. I«II,y. i8S.
l8 LES PHÉmciËNNES^
deux mots. Ce n'est donc pas Etëocle qui inter« rompt Jocaste ^ comme Ta prétendu Barnes. Ce commentateur , à qui on a l'obligation de la belle édition diJEuripide faite à Londres y Tan 1694 ' , où il a rassemblé à peu près tous les commentaires sur Euripide^ sans compter ses notes et ses correc* tions particulières j quelquefois assez heureuses , relève ici , comme ailleurs , les scholiastes et les critiques avec trop de hauteur , pour n'avoir pas tout-à-fait approuvé le discours de Jocaste , qu'ils disent être trop faible. Ces critiques peuvent avoir tort , sans que Barnes ait raison de les accuser d'ignorance*. Ils ont tort , sans doute , puisque ^ dans ia situation où se trouvait Jocaste , il serait difficile d'imaginer rien de plus sensé ni de mieux tourné dans sa simj^icité^ que son raisonnement sur les vrais intérêts d'Etéocle et de Polynice. Mais la raison dont se sert Barnes pour les relever , n'est pas supportable. Si le discours de la reine paraît faible ; dit-il , c'est qu'on n'a pas voulu voir qu'il n'est point achevé , et qu'Étéocle l'interrompt lorsqu'elle était sur le point de continuer. Il n'y a ,
pas l'ombre d'interruption dans le texte : c'est le
' Cettiî édition in-fol. devenue rare, a été réimprimée à Leipzîk en 1778 ,m"^^ y avec beaucoup de soin. L'édition de Masgrave » Oxford, 1778, quelque précieuse qu'elle soit, ne rend pas la première inutile. MM. Walkenaër, Markland, Brunck, ont pu< blié quelques pièces détachées qui font regretter qu'iU n'aieni pa^ entrepris une éilition complète de ce poëte.
dbyGoOgk
TRAOéDIE D^EÙRIPÎDE. ftj^'
chœur qui parle après la reine , et c'est à Etëocle i reprendre la parole ensuite. De plus^ Jocaste avait dit à ce prince ce qui lui convenait , avant que de parler à son autre fils '* Etéocle reprend donc ainsi après le chœur*
ÉTÉOCLÏ.
Madame , il n'est plus question de contester» Uu temps précieux se perd; et tous vos efforts sont inutiles. Je le redis; nul autre accord entre nous que celui dont j'ai parlé. Je suis possesseur du tfâne* Je prétends l'être toujours. Epargnez- moi de nouveaux conseils; et vous, Polynice, sortez de ces murs , ou vous y trouverez la mort.
POLTNICS.
Par quelle main> je vous prie? Et qui serait cet invulnérable qui oserait me frapper sans craindre un pareil destin ?
irèoCLté
Moi. Tremblez à Taspect de ce braâ*
ÏÔLYNICi.
Moi , trembler ! La prospérité répand dans cer-
'La critique que le P. Brumoy tait ici du scboliaste grec et du commentateur anglais est fort juste. J'ajouterai que Jocaste & a en vue que de préparer ses fils à une réconciliation dont ils devaient seuls régler les termes : on le voit asseï par le yœu que forme le chœur k la suite du di5court.de iocaste.
tains coeurs trop d'amour de la vie poor lesretiàs^ vûdûutoblea.
. J'entendis. (Test parce q|»e inaus me- ccwrtpfei pour peu dans un combair, ^e v«u9i*ettes> à meî^ à la tête d'vine nombreuse aunée.
toLiRsrrcB.
La prudence ëctairée remporte s^t Tstven^e impétuosité*
ÉTÉOC^B*
Rendes grâceàlafei publique. Sans cile, Polyilice m'aurait insulté pour ta dernière fois.
rOLTNICS.
Pour la dernière £>is , je redemande le sceptre qpà. m'est dû.
ÉTÉOCLE
Il est à moi. Je saurai le giarder.
POXTNICS.
Est-il à vous sans partage?
ETÉOCLE
Ne m'importunez plus : retirez-vous.
POLYNICB.
Sacrés autels de la maison paternelle* •'.•
É7É0CLE
Que vous vous préparez à renverser.
Daignez prêter Foreille à mes cris.
Ëcouteroa^ik un citoyen armé conlr*«iw-?
POLTNICI.
dieux protecteurs de Thèbes !
iiiioujE.
Ils vous détestent.
POIYNJCE.
On me chasse de ma teixe jiataJe»
àxtocix.
Et vous venez la désoler.
POLYNICE
C'est votre injustice qui m*j contraint. dieux î
ÉTÉOCLB.
Allez mwoqxiev les dieux à Mycènes. r
POLYNICE
Vous ne les craignez donc pas ?
JÉTÉOCLE. ' . -
Jenesuîs pas du moiios l'enaerni dcclaïédc nui
patrie.
POLYNICE
Et vous^al'eselu!e^ de xqoû kéritage!
ÉTEOCLE.
Je ferai plus, si vous m'y forcez.
POLYNICB.
mon père , vous entendez l'outrage qu'on me feit.
ÉTÉOCL».
Il entend aussi le bruit de vos armes.
POLTNICi:.
\ ' Et vous, ô ma mère!...
iTÉOCLZ.
Ne profanez point ce nom ; il vous est interdît^
ÏOLTNICB,
OThèbes!...
, ÉTÉOCIB.
Allez implorer Argos.
POLTNICE.
N'en doutez point; j'y cours. ma mère l ma Teçonnaissance pour vous est sans bornes,
ÉTÂOCLS.
Partez.
yOLYNICB.
Je pars ' . Mais souffrez auparavant que j aie la consolation de revoir un père.
iTÉOCL?.
Non.
^ Nous sommes redeyablçs de ce yers à ]M(. 'Bani^s, c|m l'a ré-^
TRAGÉ0I£ d'EURIPIDB. 7,'i
POLTKICB.
Que jVmbrasse au moins mes sœurs.
iTÉOOLX.
Vous ne les verrez plus.
rOLTNICX.
mes sœurs !
iTÉOCLI.
Eh ! n'étes-vous pas leur plus cruel ennemi ?
POITKICX.
Madame, puissiez^vous être toujours heureuse !
Adieu.
JOGASTl. '
Heureuse ! et je suis au comble du malheur , mon cher fils.
POLTIfICI.
Je ne suis plus votre fils.
J0GA8TX.
A quelle nouvelle infortune suid-je donc rë*
servée ?
POLYNICl*
L'affront dont il me couvre me rend indigne de
ce nom.
tabli d'abordpar conjecture, puis sur l'autoritë d'un manuscrif.
I)olce rayait apparemment vu avant lui , puisqu'il l'a traduit
ainsi :
« Non posse » Non obedirti à questa yolta : bene 9 Ti yo pregar cbe mi concéda^ cb* ia » yeg|;a mio padre. » ....
a^i lES PHÉMCIENNES f "
C'est nïtri seule qui suis outragée ».
POLYNICB , à Étéocle.
Quel sera votre poste ?
iTÉOCLE. -.
Pourquoi ?
: , ÎOLTNICE.
Vous m'y verrez.
ÉTÉOCtB. ' ' ^
C'est l'objet de mes désirs. , \
JOCASTE
Malheureuse mère! Et que prétendez-vous ;, mes fils? :
ÉTÉOCtE.
L'effet le fera voir..
JOCASTE
Youlez-vous accomplir les imprécations de votre père ?
yotTHICB.
Périsse la maison entière !
^' C'^t uiie erreur de nom qui en produit une atitre de* sens ; C*C8tÉtéocie, et non pas Jocaste, qui dit ce démi-vers:
Polynice se plaint à sa mère des outrages que lui fait Étéocle ; celui-ci répliqua : « Je ne iais que repousser l'injure. » ( Note de Vancien éditeur. )
•ÉTÉOCtI.
Oui, lorsque mon épée * cessera desélaigner dans le sâng. !
FOLTVICl.
pays natal! je te prends à témoin , aîn^^i cjntl les dieux, qu'on m*ôt6 le nom de fils de roî , et ^u'on m'exile comme un esclave. Si ce bras te ren- "iem, impute-le, mmkjaoi, jouas ai Jwqueau^
I leur de tes maux. JVIon exUrepr^se est aussi invo-
I Ion taire que mion exil est injuste. Et vous , Apollon, palais , amis , autels -, recevez mes adieux,
! C'est peut- être, pour ne plus vous, revoir que- je TOUS quitte. Mais non , les dresses de respérance, ûesoût pas endormies pour moi. Je me flatte^ avec leur secours et celui des dieux , de ravir la sceptre à l'usurpateur, dût-ce être au prix de tout^
I son sang.
I ÉTÉOCLB'.
Partez , encore une fois.
Les deux frères se séparent en effet avec l'air et les regards qu'on peut imaginer après l'entrelien qu'on vient de lire. Jocaste s*cn va accablée
' Au lieu de cette phrase înintdligible , il fallait traduire lit- ''^ndement :
'^- qnebicHiôt cette épée altérée de saag Uaaweri^c pUifir à '.s'en rassasier ! » Étéode rend à Polynice un« menace pour une ''"précation. ( Note de Vantïien éditeur. )
A6 les PHÉIf IGIBNN BS y
de douleur, et le chœur reste pour rinterméde, où il décrit, pour ainsi parler, la naissance de Thébes; chose qu'on pourrait nommer froide , si Ton ne faisais réflexion qu'elle entre naturellement dans le sujet, par contraste aux funérailles de cette ville^ qu'on affecte de faire craindre dans tout le cours de la pièce»