‹ Le théatre des grecsChapitre 36 sur 126 · ÉTÉOCLE, CRÉON · texte numérisé non relu

ÉTÉOCLE, CRÉON

Ét£0CL£ , à nn ofEcier.

V A , et ramène avec toi le fils de Ménécée , Créon, frère de Jocaste à qui je dois le jour: dis:lui que je veux unir avec lui mes conseils pour mon propre intérêt ^ et pour celui de l'Etat, avant de marcher au combat , et de parcourir les rangs dé nos bataillons hérissés. — Mais lui-même t'é~ pargne une course inutile ; car je le vois qui s'a« vance vers mon palais.

C&iON*

J'ai visité en vain , seigneur^ les gardes' et les portes de la ville de Cadmus , dans Tespoir de vous rencontrer ; j'étais pressé du désir de vous voir.

ÉTÉOCII.

Votre présence ne m'est pas moins nécessaire , Ctéon , depuis qu'une vaine entrevue a fait évanouir toirt espoir de réconciliation entre moi et Polynice.

' Il est particulièrement occupé des inte'rêts de sa baine , et il en entretient Créon à la fin de la scène.

CRÈOK.

Oïl dit tJUe fier de l'alliaïice d^Adrast^ , il méprise Thèbes , et se repose sur son armée. Laissons aux dieux le soin des évènemens , il en est d'autres plus pressans dont je dois vous entretenir.

ÉTÉOCLE

Quels sont-ils? je les ignore.

caÉ0N# Un transfuge des Argiens a passé dans notre camp.

ÉTiOCL».

Que vous a-t-il appris sur leur situaticm ?

^ue Tannée d'Argos, préparée pour le çôm^bat, va bientôt se déployer aux pieds de nos tours , et envelopper la ville de Cadmus de tous les côtés à la fois.

ÉTÉOCLX. ^

Il faut donc qu'à son touï* la ville de Cadmus porte aii-d«ebor« «es armes menaçantes.

cr£on.

Où , Seigneur? votre jeune courage ne voit-il point ce qui doit frapper ses premiers regards?

ÉTJ^OGLE.

Hors de ces fossés qui nous arrêtent , afin de prévenir l'ennemi , et de lui livrer le combat sans déki.

CBiOK.

Nos troupes sont peu nombreuses : leur année est immense.

iTÉOCLE.

. Je sais qu'ils sont braves en paroles*

t CTlÈOJX.

Argos parmi les Grecs jouit de quelque renom.

ÉTÉOCLE

Soyez sans crainte. Dans peu j'abreuverai la terre de leur sang.

CRÉON

Plaise aux dieux ! mais l'entreprise est dangereuse et difficile.

ÉTÉOCLX.

Non , je ne retiendrai point nos guerriers dans ces murs.

CRÉON

Cependant, c'est à la seule prudence que la victoire est réservée.

Je dois donc , selon vous , avoir recours à quelqu'autre parti ?

CRÉON. '

A tout autre, plutôt que de courir un tel danger.

ÉTÉOCLE

Je pourrais fondre sur eux la nuit en sortant d'une retraite cachée*.

' Au commencemeiit de cç dialogue , Grëon apprend à É^ocde ^

T^RAGÉDIE D^EURIPIDE. l35

Si VOUS manquez votre coup , espérez-vous leur échapper ?

ÉTÉOCIB.

La nuit rend les forces égales , et c'est l'audace qui 1 emporte.

C&ÉON

Dans l'horreur des ténèhres la défaite est plus dangereuse.

ÉTÉOCtE.

£h bien^ je vais les attaquer au moment de leur repas.

C&ÉON

Vous pourrez les étonner; mais il faut vaincre.

ÉTÉOCLE

L'eau de Dircé est profonde, il est vrai, et peut nous couper le retour.

CRÉON

Tout doit céder au soin de la sûreté '.

sur le rapport d'un transfuge, que les Argietis yont bientôt investir Thébes. Étéocle propose ici de les attaquer de nuit pour piévenir leur dessein , et un moment après il dit qu'il va les attaquer à rheure du repas. Il me semble qu'on peut inférer de ces circonstances réunies , que cet entretien a lieu à l'entrée de la nuit , et le siège , le matin du jour qui suit cette-même nuit > employée de part et d'autre en préparatifs. Ce siège s'exécute pendant l'entr'acte qui précède l'acte V.

' Peut-être Créon dit-il que le meilleur parti est de se tenir 4ur la défensive. Ce sens serait également d'accord avec le texte.

l56 LES PHÉNICIENNES,

ÉTÉOCLE

Si nous tombions sur les Argiens avec notre cavalerie ?

CRÉON

Leur camp est retranché derrière une enceinte de chars.

ÉTÉOCLK.

Que faut-il faire ? dois-je donc ouvrir les portes à l'ennemi?

CRÉON

Non , sans doute ; il faut prendre conseil de votre prudence.

ÉTÉOCLE

Dites -moi vous-même quel est Tavis le plus sage?

CRÉON

On dit que les Argiens ont fait choix de sep* guerriers.

ÉTÉOCLE

Dans quel dessein ?.... sept guerriers sont peu redoutables.

CRÉOH.

Pour commander les bataillons qui doivent attaquer nos sept portes.

ÉTÉOCLE

Que ferons-nous donc ? car je ne veux pointâttendre pour agir que le danger soit plus pressant.

TRAGÉDIE d'eURIPIDK. tSj

CRiOK.

Opposez - leur sept vaillans guerriers places à chaque porte.

ÉTÉOCLE

A la tête de nos troupes, ou pour combattre seul à seul ?

CKÈOTSr.

Rangez l'armée sous leurs ordres : choisisse^les d'une valeur éprouvée.

ÉTÉOCLE

J'entends ; ils seront chargés de repousser l'ennemi , s'il veut escalader nos murailles.

CKÊON.

Et partageront avec vous le commandement de Farmée ; car uii seul homme ne peut tout voir ' .

ÉTÉOCLE

Qui doit fixer mon choix , l'audace ou la pru-

dence ?

CRÉON

L'une et l'autre : séparées , elles sont inutiles.

ÉTÉOCLE

C'est assez. Suivant vos avis , je vais choisir sept guerriers pour commander aux portes , et opposer à chacun des chefs des Argiens , un chef qui l'é-

' On traduit : Donnez-'leur des associes qui commandent avea eux } car, etc. Mais il n'est point «yaestion de ces associés dant U suite , et d'ailleurs le sens que f ai suiyi est le plus naturel.

l58 LES PeÉMCIBXXK,

gale en valeur. Vous les nommer ici, tandis que Fennemi est aux pieds de nos murs, serait perdre, sans doute, un temps précieux. J'y cours moimême signaler ma valeur: et puissé-je y rencontrer mon frère et le combattre de ma propre main ! Puisse-je percer de ma lance et livrer enfin à la mort cet ennemi qui ne vient en ces lieux que pour ravager ma patrie ! Si la fortune m'abandonne , c'est à vous que je remets le soin du mariage de ma sœur Antigone avec Hémon votre fils, et en ces derniers momens j*en ratifie toutes les conditions. Ma mère est votre sœur; qu'ai-je à &ire de la recommander à vos soins? Pour vous-même, comme pour moi , soutenez sa vieillesse dé£dllante. Pour mon père, que son, propre égarement a privé de la lumière , et qui veut encore nous perdre par ses malédictions, je ne puis parler de lui avec tendresse. Il ne me reste plus maintenant qu^à entendre le devin Tirésias. Créon , j'enverrai auprès de lui votre fils Ménécée ' , pour qu'il vous l'amène. Il vous parlera plus volontiers qu^à moi, de qui il a sujet de se plaindre, parce que j'ai autrefois méprisé son art. Retenez sur-tout cet ordre qui s'adresse à vous et à tous les citoyens. Si mes armes ,8ont victorieuses, qu'on n'enterre point Polynice dans la terre de Thèbes, et qu'on punisse de mort

' Grec : Qui porte le même nom que votre père.

TftAÔÉDIE D*EURIPIIJE, iS^

(JuiCottqùe oiserait l'entreprendre , sans que les re^ lations les plus chères puissent le dérober à la peine. Voilà , Créon , ce que j'avais à vous dire : vous ^ fidèles serviteurs , apportez^moi mes armes et mon habillement de guerre} que je courre au combat, où la justice et la victoire m'appellent. Et prions la Prudence » , des déesses la plus secourable , de sauver notre patrie.

Page 1