SCÈNE IL
£S CHGEUa, seul*.
Funeste Ares! pourquoi le sang et la mort possèdent-ils ton cœur ! Les cris de ta voix dissonante sont étrangers aux fêtes de Bromius. Tu ne te mêles point aux danses brillantes des jeunes beautés. On ne te voit point les cheveux épars sur les épaules y accompagner du doux son ^e la flûte y des chansons pleines de grâce et de gaîté. Mais, suivi de guerriers couverts d'armes menaçantes , tu animes l'armée d'Argos contre le sang de Thébé ^ , et tu
' Ou peut-être : La peur, des déesses la plus utile. C'est le sens du scholiaste. rùXc^Sfcee, la prudence, la précaution , la pieté ^ la religion , la peur.
^ n semblerait que Créon reste en scène ; cependant on ne peiït te peindre aisément l'action muette de ce personnage pendant le chant de cetentr'acte : je pense donc qu'il se retire en même-temps qu'Étéocle , mais non par la même porte : car Étéocle va dans la yille y et Créon doit entrer dans le palais. •— Le poëte, dans ce chœur ,^ fait un usage heureux du vers héroïque pour s'adresser au dieu de la guerre.
3Thébé, fille d'Asopus et épouse de Zéthus , donna son nom à la TUledeThèbes.
l60 LES PHÉNICIENNES i
t'élances le premier pour former une daQse <}ui re^ pousse les sons de la flûte harmonieuse. Jamais on ne te vit inspiré par le dieu du thyrse et couvert de peaux tachetées, précipiter tes pas dans les transports d'un doux délire ; mais du haut de ton char attelé de quatre coursiers , tu presses leurs freins écumans , tu t'avances le long de l'Ismène , tu voles suivi d'une troupe impétueuse, tu enflammes les citoyens d'Argos contre les fils de la Terre ; chœur guerrier , revêtu de houcliers impénétrahles, armé pour le combat, brûlant de renverser ces murs construits d'un solide rocher. Quelle déesse plus redoutable que la Discorde, qui seule inventa les tourmens où sont livrés les rois de cet Etat, les descendans de Labdacus, chargés d'éternelles douleurs !
Foret dont Je^ divins ombrages sont peuple de farouches habitons , soçamets blfinchis du Ciihéron , œil sacré d'Artémis * ! Plût au ciel que jamais tu n'eusses soutenu Texisteiice du fds de Jocaste , d'un enfant malheureux rejeté de la maison paternelle , de cet Œdipe trop connu par les agrafes d'or qui furent l'instrument de son supplice ^. Plût
' C'est-à-dirç , (lélices de Diançt '
^ Un scboUaate observe que le chcnir , qui est composé d' ëtvaiigères , appelle agrafes d'or ce que Jocaste , dans le prologue , ft désigné comme un instrument de fer. Mais le chœur ne désigne-tr41 point les agrafes dont OEdipe se perça les yeux? Au reste ,
TRAGÉDIE d'eUKIPIDÈ. i6i
«LU ciel que jamais Thèbes n eût vu le Sphinx cïuel, vierge ailée, monstre sauvage, deuil de la terre; qu'elle n'eût point entendu ses chants détestés des Muses ! marchant sur quatre pieds , il s'avançait contre ces murs, il saisissait les enfans de Cadnius dans ses griffes meurtrières , et les portait tout à coup jusqu'à l'inaccessible lumière de de la voûte éthérée : fléau funeste > envoyé contre Thèbes pat l'inexorable roi des Ombres. Mainte^ nant un nouveau rejeton de discorde s'élève entré les fils d'OEdipe du sein de leur maison et de leur patrie. Car lé crime est toujours crime ; il corrompt les fruits d'un commerce impur , opprobre dé leur père ^ et de celle qui a souillé son lit par un inceste.
terre rendue fécondé par lés dents d'un dragon nourri de bétes farouches , armé d'une crèté menaçante ! ta gloire a pénétré jusque dans ma jpatrie. Les dieux honorèrent de lent présence les noces ï d'Harmonie. Les murs de Thèbes s'élevèrent au son de .la lyre; aux accords du luth d'Amphion , s'éleva la superbe tour qui domine sur leai
tes mots , à qui furent rinstrunient de isoh supplice » , ne sont pas dans le grec .
' Les dieux et les déesses , et en particulier les Muses et les Grâces , vinrent aux noces d'Hftrmonie et de Cadmus ( Voyei Theogn. Sent. , v. i5 )• Harmonie était fille de Mars et de Vénus. Âpollodore dit que tous lés dieux quittèrent le ciel pour venir à son mariage.
VI n
1^2 LES PHENICIENNES ,
Aenx fleuve*, au milieu des ehu% de Dirc^ dont s'abreuve la verte prairie qui s'ét^id au-devant de l'Ismène. Les rois descendans de Cadmus comptent lo parmi leurs ancêtres. Une longue suite de proq)érités a porté cette ville célèbre jusqu'au faîte glissant de la victoire.