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LE CHOEUR, CRÉON, ANTIGONE

accompagnant les corps d'Étéocle , de Polynice et de Jocaste. XE CHŒUR. ^ V

De tragiques récits ne frapf^nt plus nos oreilles; nous voyons tout de nos propres yeux : voilà devant le palais les corps de ces trois infortunés^ précipités à la fois dans la sombre demeure.

J'abandonne le soin d'une décente et modeste parure; je ne crains plus d'offrir aux yeux mon visage découvert et mes cheveux épars^ ce front que la jeunesse et la pudeur colorent d'une rougeur virginale; je me livre à tous les transports d'une bacchante dévouée au service des morts. Ces vains ornemens ne doivent plus charger ma tête; il est temps de quitter cette robe couleur d'or qui fut témoin de mes innocens plaisirs'^ pour conduire la pompe funèbre avec de longs gémissemens.

Hélas ! ô Polynice ! ô nom de mauvais augure !..• Thèbes!.,. Querelle fatale!... Mais que dis-je? meurtre produit par le meurtre ! ô rviine de la maison d'OEdipe! sang funeste! sang déplorable! qui fera retentir ces. lieux de chants lugubres ! Pa* lais de mes aïeux! quel homme inspiré par les

' De quitter cette robe y ou peutrétre de défaire cette robe , de la déchirer , comme faisaient les femmes dans le deuil > afin de se^ frapper la poitrinje.

muses y joindra ses plaintes touchantes à mes larmes? Je porte au tombeau trois corps sanglans et chers, une mère et ses fils, triomphe d'Erinnys; elle renversa la maison d'OEdipe, dès le jour où ' ce roi , par une pénétration funeste, expliqua Ténigme obscure du sphinx, chantre sauvage, qu'il précipita dans le Tartare.

mon père! quel Grec, quel barbare^ quel homme illustre par sa naissance^ et toutefois sorti d'un sang mortel , fut comme vous en proie à Tinfortune et aux cruelles douleurs ? O mère infortunée ! recevez l'hommage de mes pleur§. Que l'oiseau gémissant , retiré dans le feuillage touffu dc5 ioiéts, mêle ses chants plaintifs à mes cris lamentables, et aux accens douloureux que soupire mon triste cœur. Seule et délaisée, je passerai ma vie dans la tristesse et dans les larmes. Auquel de ces corps chéris dois-je offrir les prémices de ma chevelure arrachée? Sera-ce sur ce sein qui m'a nourri , sera-ce sur ces funestes et honteuses blessures?. . douleurs ! — vieillard aveugle et infortuné! mon père! sortez du palais ; OEdipe ! exposez à tous les yeux votre vieillesse défaillante : Vous qui , après vous être condamné à d'éternelles ténèbres, traînez ici depuis long-temps une vie languissante! entendez ma voix, ô infortuné! soit que vous erriez dans le palais , ou que vos meixx^ bres affaissés goûtent quelque repos.

TRAGÉDIE d'eURIPIOB. 201

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