ACTE IL
Médée sent sa fureur se ranimer par leis apprêts de l'hymen de Jason. Elle fait ici une, déclamation comme dans l'acte précédent. Mais son amour se réveille en même temps que son courroux, et trouve des raisons pour justifier un ingrat aimé. Véritablement ces raisons ont quelque solidité. Car Sénèque suppose ingénieusement que Jason ne peut éviter la mort, s'il refuse la main de Creuse: c'est qu'Acaste, fils de Pélias, menace de ravager Corinthè, si Créon ne lui livre Jason et Médée. Jason a le bonheur de trouver grâce aux yeux de Créon,. à condition d'épouser Creuse ; de sorte que l'on trouve moyen d'apaiser Acaste , et de 'ménager la paix en lui livrant seulement Médée. Médée est donc la seule victime d'Etat qu'on sacrifie dans Sénèque. Cet heureux artifice a été imité par Corneille : et c'est le pivot sur le-
TRAGÉDIE DE S^NEQUE. l'JJ
quel roulent l'une et l'autre tragédie , la latine et la française. Ainsi, dans le second acte de Sénèque, Médée pardonne en secret à Jason, et se contente de prendre le parti d'in^imoler Creuse, parce qu'elle est sa rivale, et Créon parce qu'il manque au de-* voir de l'hospitalité par politique. La confidente de Médée exhorte sa maîtresse à cacher du moins sa fureur. C'esl-là qu'on voit cette belle pensée que Corneille a rendue avec ses défauts :