E1>IPS
Quel opprobre pour une princesse d'accompagner un père aveugle et banni !
AUTIQONE.
Une princesse vaine peut avoir ces sentimens. Ce ne sont pas ceux d'une fille à l'égard d'un père ' .
ŒDIPE
Eh bien! conduisez-moi à votre mère. Disonslui les derniers adieux.
La voici. Touchez pour la dernière fois une si chère main^.
' Le P. Brumoy a suivi le texte des anciennes éditions , et non celui des nouvelles , dans la traduction de cette phrase. La différence n'est pas considérable ; mais le sens que présentent les première» ne parait pas être celui qui convient aju caractère 4*Autigone^
TRAGÉDIE d'eURIPIDS* %S
ŒDIPE
mère ! 6 épouse infortunée !
AKTIGOITE»
Tous les maux se sont rassemblés Sar elle. La mort y a mis le comble.
ŒDIPX.
Où sont mes fils?
ANTIGOKS.
Les voici étendus Tun auprès de Tautre.
ŒDIPI*
Conduisez ma main tremblante sur leurs visages*
Satisfaites votre tendresse pour des fils qui ne sont plus.
CESIPS.
restes trop chéris ! enfans malheureux du plus malheureux père qui fut jamais !
ANTIOONS.
Adieu, cher Polynice. Sois témoin de ma tendresse et de mon sacrifice pour toi.
CEDIPX.
L*oracle d'Apollon s'accomplit ,. ma fille
▲KTIGONE.
Quoi ! avez-^vous encore d'autres maux à m'a»-* aonçer Z
$6. us PHÉlSICIENNESy
CEDIPE,
Je mourrai exile à Athènes.
AI9TIGONE.
A Athènes ! et osera-t-elle recevoir Œdipe ?
CBBIPS.
La demeure sacrée de Neptune, Colone me recevra. Ce sera mon asile et mon tomheau. Partons, généreuse Antigone , puisque vous voulez être compagne de mon exil y et conduisez mes pas mal assurés.
Le reste est décrit avec cette naïveté grecque qui nous choquerait. OEdipe demande son hâton : Antigone le lui donne, et marque Tendroit où il doit poser chaque pas pour ne point broncher. L'un et l'autre , après quelques retours sur leur félicité passée et sur leur fortune présente qui augmentent la compassion des spectateurs, se retirentpour aller en exil , et finisent la tragédie.
Elle est fort chargée d'évènemens , mais qui tendent tous au même but. C'est proprement l'assemblage des infortunes d'OEdipe et de sa maison. Le poète a voulu les réunir pour donner plus de jeu aux grands sentimens de pitié et de terreur qu'il prétendait exciter. Le dernier acte paraîtrais çn partie postiche;, comme celui à'Jjax chez Sçk
TRAGÉDIE d'£URIPIDE» hj
phocle, 8i on ne faisait I^, réflexion quêtai si sou* Tcnt iosinuëe ; ^ savQJr ^e n*étre pas inhumé ^ c'était chez les anciens un^upplice plus redouté que le trépas. Ainsi la mort n'était pas pour leurs hé* ros de théâtre un dénoiunei^t suffisant. Il y fallait joindre les honneurs ou la privation du tombeau pour achever l'action. Et voilà sisins difficulté la clef des dénaûmens anciens , tant du poème épique , coiuine dans Homère » où il s'agit>des funérailles d'Hector et de Patroele> que de la tragédie, comme Jja^ , l0S Phéniciennes y et plusieurs autres dont le^ dénoûmens blesseront toujours , tant qu'on s'obstinera à ne pas entrer dans les princi* pes et dm$ les idées de l'antiquité.
Je ne dis rien des autres défauts que le lecteur peut trouver ou excuser , suivant son goût plus ou moins délicat , pour ou contre les manières an» ciennes. La pièce a été exposée assez fidèlement et assez ^u long pour donner Ueu de les remarquer. Quant aux mœurs, U y^ ^ P^i' rapport à nous, des choses bien difiSiciles à goûter. A la vérité , Étéocle est coupalde par son injustice et son ambition ; et Polynice , quoique d'ailleurs si aimable , n'est pas tout-it-Êiit innocent pour avoir porté les arines contre sa patrie. L'injustice évidente de son frère qui l'y contraint, ne le justifie pas; et voilà véritablement une de ces situations fines et délicates , si propres à intéresser au théâtre. D'ailleurs, ces deux
hS LES PHÉNICIENNES ,
frères , n*eussent-ils fait autre chose que de cacher Œdipe dans les ténèbres du palais , sont en cela même coupables , 'parce que le respect pour un père doit l'emporter sur toute autre considération 9 et même sur celle de s'épargner une grande confusion , chose unique qu'ils appréhendaient.
Mais que dire d'QEdipe , de Jocaste et d'An* tigone , qui ne sont coupables que de crimes in* volontaires , et qui sont réellement malheureux ? Que dire de Gréon qui , pour justifier son extrême rigueur et sa haine politique , se sert du prétexte d'un oracle de Tir^ias , et des dernières volontés d'un usurpateur , si ce n'est qu'il faut monter son esprit à ces^mœurs si étranges pour nous , et qu'ordinairement on n'en est pa$ capable , à cause de l'éloignement des temps et des idées? Car, comme dans les affaires de plaisir et de goût , la première impression est vive et se tourne d'abord en préjugé, il est naturel qu'on se révolte et qu'on s'obstine contre des idées qui paraissent singulières , et dont la singularité fait évanouir le charme qu'elles ont produit autrefois dans d'autres esprits. Au reste ^ ^ette pièce futcouronnéesur le théâtre d'Athènes' «
Pour connaître de plus en plus la différence du goût grec et de celui des autres siècles , il ne faut pas omettre ici la Thébàîde de Sénèque, quoique
! Yoye&la aote lor Icm troif derniers Ter& à^OreHe, t. Y» p. 56^
TRAGÉDIE d'BURIPIDE, '69
plus qu'à demi tronquée, ni celle de Racine, bien qu'elle soit une de ses plus faibles tragédies , ni même celle de Dolcë , quoique traduite du grec , et une partie de celle de Rotrou , dont on a déjà vu l'autre.
€ô • LA TBÉBAIDB.