‹ Le théatre des grecsChapitre 72 sur 126 · ACTE ir · texte numérisé non relu

ACTE ir

Médée revient déterminée à épargner Jason.

Créon la presse de partir , et lui accor.de un délai. Tout cela est encore de Sénèque.- Mais l'épisode • d'Egée qu'on va voir est purement de Corneille.,

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Il blâme Euripide * d'avoir introduit ce per^ sonnage comme un passant nécessaire seulement à tirer Mëdëe d'intrigue. Il a raison : aussi la scène d'Egée est-elle assez courte dans Euripide. Mais les deux choses que P. Corneille trouve de plus à redirç dans le poëte grec , ne paraissent pas fon-s dées. La première est qu'Egée étant dans la cour de Créon , ne parle point de le voir. Il en parle indirectement, et assez pour laisser penser que ce roi d'Athènes a déjà vu le roi de Corinthe en arrivant ; et que , comme étranger , il vient ensuite faire civilité à Médée qu'il sait être à Corinjhe, sans savoir encore sa dernière aventure. Ce qui le montre évidemment, c'est un endroit auquel Corneille sem}>le n'avoir pas fait attenûon. Le voici : Egée proteste à Médée qu'elle sera bien reçue à Athènes ; mais il ajoute qu'il ne croit pas devoir l'emmener lui-mcme> de peur de donner quelque ombrage à ses hôtes. Ce mot hôtes indi^ que nettement Créon. Egée l'a donc vu ou le va voir. Il n'en fallait pas davantage pour le laisser deviner.

Quant au second reproche de Corneille , c'est une pure subtilité. « Bien que le roi d'Athènes y » dit-il, promette à Médée de la recevoir et pro- » téger à Athènes , il lui témoigne toutefois qu'au » sortir de Corinthe, il va trouver Pitthœus àTré*

' P. GornetUe, Examen de Médée,

TRAGEDIE 0B P. €OnNEILLE. 2C)§

» telle , pour consulter avec lui sur le sens de l'o- )) racle qu'on venait de lui rendre à Delphes. Ainsâ » Mëdée serait demeurée en assez mauvaise pos* » ture dans Athènes en l'attendant , puisqu'il tarda }) manifestement quelque temps chez Pitthœus^ où }) il fit l'amour à sa fille yEthra, qu'il laissa grosse )) de Thésée , et n'en partit point que sa grossesse )) ne fut constante. »

Je réponds que le dessein d'aller à Trézène chercher le sens de l'oracle^ ptécède la promesse faite à Médée. Cette princesse même apprMve ce voyage ; elle se contente d'obtenir un asile chez Égée^ sans exiger sa présence. Or, une ahsenpe qui devait être si courte, à en juger par le seul projet, n'aurait pas laissé Médée en mau^vaise posture à Athènes. Il est vrai que, par l'événement, Egée demeura quelque temps à Trézèile, puisqu'il y accomplit, sans y penser, l'oracle de Delphes , qui lui défendait en termes obscurs et fort indécens pour un oradie, le commerce qui donna lieu à Iki nais^nce dé Thésée. Mais ce défaut ne doit pas être imputé à Euripide. Il prend Egée tel qu'il est dans le moment présent, c'est-à-dire, déter'miné à retourner incessamment à Athènes, et flatté de l'espérance que hii donne Médée de faire réussir le désir qui l'avait conduit à Delphes. Cela suffisait à Euripide, sans qu'il dftt s-embarrasser beaucoup, si en effet Egée tarderait ou non à ter*^

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miner son voyage , qui lut , après tout, assez court. Faute ou non , c'est une bagatelle qui ne mérite pas qu'on s'y arrête i Corneille ne s'y est arrêté que pour faire valoir son épisode d'Egée, qu*il ne rend pas en effet plus intéressant qu'Euripide. Au contraire , il rend ce vieux roi ridicule , en le faisant rival de Jason et amant de Creuse. Puis il lé fait emprisonner , autre chose fort étrange : le tout pour donner occasion à Médée de le tirer des fers, afin que cette obligation engage le roi d'Athènes à donngl une retraite à sa bienfaitrice, et même à l'épouser. Parlons plus juste : tout cet épisode n'est amené que pour remplir les actes vides. Aussi n'a-»t-il d'autre effet que de faire languir l'action principale, en reculant les scènes véritablement capables d'intéresser le spectateur. Mais la tragédie de Sénèque était trop courte , il fallait l'allonger. Egée est donc ici ce qu'est l'infante dans le Cid ; un allongenient , un personnage plus ennuyeux qu'utile. Il ne m'appartient pas de faire le ptocès à Corneille. Il faut respecter jusqu'aux défauts des grands hommes '; Je ne blânie que la fà-

'Cette maK.inie exige quelques restrictions. Sans doute on doit respecter les grands hommes, malgré leurs défauts ; mais ces déliants mêmes doivent d'autant moins être respectés^ qu'ils peuvent égarer l'inexpérience par l'autorité d'un nom illustre. Les défauts

de Corneille sont plus dangereux que ceux de Pradon ; voilà -pourquoi le commentaire de Voltaire, est ,. quoiqu'on en puisse

dire , un véritable service rendu au goût, à la poétique et à U langue. R.-fi.

ÎRAGE0ÎE DE p. CORNEÎLlE. 3oÎ

ckeuse nécessité qu'on s'est imposée d'épisoder presque toutes les tragédies. On veut faire cinq actes dont la représentation puisse occuper deux ou trois heures. La matière manque , ou paraît manquer : on en cherche une étrangère qu'on lie , comme on peut, au véritable sujet. On convient bien que cet alliage gâte souvent l'or pur; mais c'est, dit-on, un mal nécessaire. Comment donc ont fait les Grecs pour l'éviter ' ? .

Retournons à Egée. On a supposé qu'il aimait Creuse ; mais la princesse, d'accord avec son père, se détermine à congédier cet amant suranné. Creuse le fait civilement, dit>^lle, mais en effet asàez lestement , 'de façon qu'Egée, qui se voit joué, projette d'enlever Creuse.

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