ACTE III
.Les deux premières scènes du troisième acte , à savoir, de Nérine seule, et de Jason avec elle , disent peu de 'chose, et sont faites pour nxénager l'entrevue de Jason et de Médée. C'est la scène qu*on a déjà vue dans Sénèqiie. L'une et l'autre sont belles, mais l'une et l'autre ont un défaut
' C'est qu'ils avaient un système dramatique di£fôrent,du n^tre» et que le chœur occupait chez eux une place que nous . aiwons mieux, voir rempliepar le développement d'une intrigue plus for- (emeat aouée. A quoi bon le rediro «ans cesse ? ■" ' R.-R^
3o2 UÉDÉE,
considérable ; cW que Mëdée y passe sans inter» valle des reproches amers et de la rage la plus violente ^ h un amour ^eînt doht Jason est la dupe. Si Jason paraît un peu trop crédule chez Euripide , où pourtant la feinte de Médée est si artificieusement préparée par un second tête à tête , combien plus doit-il le paraître ici y puisque le passage de la violence à la douceur y est si subit ? Jason y d'ailleurs^ ayant perdu son ancienne tendresse pour Médée , on ne peut pas dire pour le justifier :
.... L'on est aisément dopé par ce qu on aime ^ Et ramour-propre engage à se tromper soinoiéme. Molière. Tartuffe , slcXg JY , se. UI.
La scène suivante qui finit l'acte , est un entretien de Médéç ^vec sa confidente, fondée sur une vraie enfance de Creuse. Corneille n*a pas voulu donner à Médée le dessein d'envoyer ellemême des présens à la nouvelle épouse , en reconnaissance de ce qu'elle a obtenu la grâce des enfiansde Ja^n. Il a feint que Creuse meurt d'envie d'avoir la robe de Médée , envie de jeune femme , et qu'elle prie Jason^de la lui procurer à quelque prix que oe puisse être. Ce trait assurément n'est pas digne du grand Corneille. C'est pourtant sur cela que roule une partie du dénoûment. Ainsi Virgilç a-t-il manqué le sien par ^éq^ivoque
tRÀIÎEDtË Ï>Ë i^. CORNEILLE. 3o3
mible des tables cjue doivent manger les Troyens, suivant l'oracle d'une Harpie. L'envie puëi^ile de Creuse 9 et le désir qu'a son amant de la satisfaire, occupent deux ou trois scènes un peu comiques , soit dans cet acte , soit dans les prëcedens.