ACTE IV
Médée saisit donc cette occasion pour se venger, et c'est à ce sujet que se Êiit la scène des en-^ chantemens, dont j'ai parlé ci-dessus. Comme cette scène, qui fait le quatrième acte de la tragédie latine, était trop courte pour remplir le même acte de la tragédie française , l'on y fait éclore l'effet des menaces d'Egée, et l'on vient raconter à Médée comment ce prince à pensé enlever Creuse. Nérine veut achever .son récit, et dire comment la princesse a été sauvée; mais Médée l'interrompt par ce vers si bien placé :
Je devine la fin ^ mon traître Fa sauvée.
Jasoû , en effet, à volé au secours de son amante avec PoUiix , et Ta tirée des mains d'Egée , qui s'est trouvé lui-même enveloppé. Corneille fait* obser-^ ver cette ingénieuse interruption de Médée. C'est 'un artifice véritablement délicat et dans les mœurs. Médée avait l'esprit trop agité pour entendre un
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détail inutile. Elle ordonne à Nérine de faire por- •ter sur le chiamp la robe empoisonnée à Creuse > par les jeunes princes, fils de Jason.
La seconde scène est un vain combat de com* plimens entre Créon et PoUux , pour montrer que ce dernier personnage n'a pas été tout-à-fait oisif, puisqu'il a colnbattu. Il donne même de justes défiances à Créon dans la scène suivante, au sujet du présent de Médée : .
J eus toujours pour suspects les dons des ennemis ^
dit-il, d'après Virgile i
Timeo Danaos et dona ferentes.
^neid. 1. II , v. 4sl-
Créon a de la peine k en prendre ombrage; ce qui est étonnant après les frayeur^ qu'il a marquées a la vue de Médée ;
Gardes, em^échez-là de s approcher de moi;
Il consent toutefois à faire un essai de la robe sur une femme condamnée à mort : épreuve inutile ; Médée y avait pourvu. Le poison , comme s'il eût eu l'art de discerner , était fait pour nuire à Créon et à Creuse , et pour épargner tout autre qu'eux. ^
On passe de ces deux scènes à la prison d'Egée , qui débite des stances beaucoup moins intéressantes que celles de Polyeucte , ou de Rodrigue*
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TRAGÉDIE DS P» CORNËiLl-Ê. 3o5
Cornaille a tâdbté en vain de justifier ces change^ ménsde lieu qui sont a«ses fré(|ueQs dans sa Médée. La prétendue place publique d'Euripide et da Senêque le blessait trop. Mais ces changemens de place cbôquentr-ils moins? Certainement le spectateur a moins de peine à oublier que le lieu ou on le fixe est trop expose à la vue des passans , qu'à faire tant d'allées et de venues pour suivre les acteurs ^ sans chan^r lui-même de lieu.
Médée vient enfin avec sa "baguette magique ^ bris^ la prison ; elle fait tomber les fers d'Egée; et celui-ci part sans bruit, après avoir offert son trône et sa main à sa libératrice.