‹ Le théatre des grecsChapitre 75 sur 126 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Un officier sort du palais pour avertir p^mptement Jason du funeste effet de la robe. Médée, d'un coup de baguette > l'arrête tout court. Puis, ayant su la cause de son voyage, elle lui rend par un autre coup la liberté de marcber. Voilà bien de la magie. Euripicfe n a-t-il pas mieux feit d'en prodiguer moins ? '

Médée ensuii/e se détermine au meurtre de ses deux fils , comme chez Sénéquie, et s'en va* Puis le vidé de ce dernier acte est rempli par Créon VI 20

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et Creuse qui paraissent sur la scène ,' dévorëi )^t un feu , invisible à la vérité, mais insupportable» Leur situation est plus aflfreuse que touchante^ Créon se frappe à la fin d'un poignard pour laisser le champ libre à Ja^n. C'est une adresse du poète» Il a senti qu'une situation bien tragique languit d'ordinaire quand il y a plus de deux interlocuteurs. C'est pour cela qu'il se sait gré d'a*voir écarté pour quelque temps Jason , cpli , par politesse, remenaitToUuxhorsdeCorinthe, parce qu'on n'avait plus affaire de ce dernier acteur.

Jason reparaît en0n , et sa scène est frappante par la situation où il se trouve entre un beau-père mort , et une épouse mourante , sans qu'il puisse la soulager. Les adieux mutuels sont bien touchés. Mais Creuse morte, la fureur qui saisit Jason n'est guères dans la nature. Non content de vouloir livrer Médée aux plus rudes supplices dans une tirade fougueuse, ( il était question d'agir, eX non pas de déclamer ) , il va jusqu'à délibérer s'il n'immolera pas ses propres enfans , parce qu'ils ont porté le don fatal , et parce qu'ils sont fils de Médée. C'est à Médée seule qu'il fallait réserver une pareille fureur , comme l'ont fait Euripide et Sénèque. Un père ne s'emporte point jusqu'à tuer ses enfans pour se venger de sa femmei II est vrai que Jason ne fait que délibérer, et cela dans l'excès de son désespoir Mais cette pensée fait hor-

reur dans un prince qu'on voudrait plaindre. De plus, il arrive au palais : il voit Médée sur le balcon , et de-là sur le char volant; il l'accable d'invectives. Elle a tué ses enfens, et se félicite d'avoir prévenu Jason. A cela Jason ne répond rien. Il semble qu'il ait oublié qu'il est père > pour se son^ venir seulement qu'il est amant. Il ne dit pas un mot de ses fils ; il ne songe qu'à Creuse ; et , dans l'impuissance où il se voit de la venger sur Mé^ dée, il la venge sur lui-même 6t se tue.

Je sais bien que Médée n'est pas la meilleure pièce de P. Coriieîlie. Il a bien senti lui-mémé que le stylé en était inégal ; et même il a remarqué ï que, depuis cette tragédie , il a acquis assez de force pour ne paraître pas fort au-dessous de l'enthousiasme de ceux qu'il a imités ; par exemple , dans Pompée> ùe qui est très^vrai > et la postérité lui rendra toujours cette justice. Il serait seulement à souhaiter qu'il n*eût pas quelquefois porté l'imitation de Sénèque et de Lucain> jusqu'à épouser leurs défauts. Après tout> cela ne diminue en rien la gloire d'un si grand génie , qui a toujours enchéri sur ses modèles. Aussi n'ai-je rapproché sa tragédie de celle d'Euripide, que parce que c'est une de Celles qu^on peut comparer aux anciennes par rapport au sujet. Si l'on avait égard

' P. Corneille 7 Éxamén de Médèi.

3o8 MÉDBS^ TRAGI^DIE DE P. COHNEILLË»

à tout , le grand Corneille pourrait soutenir une compai'aison plus étendue à l'avantage de notre siècle et au sien.

FIN DE liIED^B ^ TRAGEDIE DE P* CORNEILLE.

MEDEE

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