ACTE PREMIER
JLja scène est à Corinthe, dans le palais de Créons lieu vague et mal défini y. où les acteurs arrivent sans qu'on voie pourquoi ils se trouvent sans cesse réunis dans cet appartement particulier du palais. L'exposition est lente et laborieuse. Jason explique à un confident toutes les raisons qui s'offrent à son esprit pour justifier l'amour qui l'enflamme pour Creuse; il fait connaître dans cet entretien ' les circonstances de sa retraite à Corinthe, et les pour-^ suites du fils de Pélias. Le confident lui retrace les droits et la puissance de Médée ; mais Creuse * paraît , et Jason ne songe qu'à son amour. Créon vient interrompre un si doux entretien ; il a de justes sujets d'alarmes. Acaste redemande Médée; il exige du moins qu'on la proscrive, ce n'est qu'à cette condition qu'il épargnera Corinthe. En vain Jason intercède pour l'épouse qu'il est prêt à quitter. Le roi lui déclare que l'exil de Médée est nécessaire; qu'il le doit à ses sujets et à
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lui-même^ et que Jason doit à sa gloire de séparer son sort de celui d'une femme criminelle:
Jnstifîez ainsi Tappai que je yens donne.
Possédez à ce prix ma fflle et ma couronne.
Jason se rend, et se borne à demander pour Médëe des égards et des secours que le roi n'hësite pas de lui promettre.
La vengeance de Médée est , sans contredit , lesujet que Fauteur s'est proposé de traiter. Mais jusqu'ici il nen est point question : le caractère de la reine de G>lchos n'a pmnt encore été annoncé par ces traits vigoureux et fortement prononcés , qu'on remarque dans la tragédie«>d^£uripkte» Le confident de Jason a exagéré 1a puissance râmatu-^ relie de Médée. Créon a rappelé ses anciens forfaits. Mais cette Médée altière et implacable, qui doit occuper dès cet instant toute Tattenlion des spectateurs, leur est encore étrangère. Elle parait, et dès les premiers mots qu'elle prwionoe, on peut aisément la connaître :
Où suis-je , malheureuse ? où porté-je mes pas ? Qu ai-je vu ? qu al-je ouï 7 je ne me connais pas*. Furieuse , je cours ^ et doute si je veille.
TRAGÉDIE DE LONGEPIERRÉ. ^î'^
Elle vient d'apprendre qu'elle est trahie :
...» Dieux justes , dieux vengeurs !
De la foi conjugale augustes protecteurs ^ Garants de ses sermens , témoins de ses parjures. Punissez son forfait ^ et vengée nos injures.
Toi, sur-tottty 6 soleil ! '^
Retourne sur tes pSiS^ et dans robsCurité
Plonge tout ToiSivers
Ou plutôt donne-moi tes chevaux à conduire ; £n poudre dans ces lieux je saurai tout réduire ; Je tomberai sur Tisthme avec ton char brûlant j J'abtmerai Corinthé et son peuple insolbinl J'écraserai ses rois ^ et ma furetir barbare Unira les deux mers que Corinthé sépare.
Enfin elle se résout à recourir à son art , c'est-àdire, à la magie et aux poisons. Tandis qu'elle explique ses projets à sa confidente , Créon rient lui prononcer son arrêt: elle^ l'écoute avec un mépris insultant; et, pour en montrer l'injustice, ellerap* f>elle les services ëclatans qu'elle a rendus à la Grèce : qu'eût été saàs dile ce Jason si fameux? Qu'auraient fait avec lai tou^ les guerriers qui l'accompagnèrent dans la Colchide ?
J'ai sauvé ces héros que vous vantez sans cesse , Le plus pur sang des dieux et la fteur de la Grèce.
J'empêchai leur trépas, je les couvris de gloire 5 Je leur sacrifiai remords , crainte , pudeur , Mon père , mon pays > nu gloire , moit bonheur*
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Je n ai Toulu qa an d'eux pour toute rëcompciiséA
Pour les avoir sauvés je ne demande rieù ;
Je TOUS les laisse tous ^ mais laiâsez-moi nàjon bted.
Ces vets , que nous rapprochons , sont coupés par une description brillante , mais un peu déplacée , des monstres qui gardaient la toison d'or*
Créon joue un fort grand rôle dans cette scène> et finit par déclarer à Médée que le soleil qui va suivre, be doit pas la retrouver à Corinthe. Il lui accorde sPiât, de lui-même et sans songer à quoi il s'expose, cette journée, que dans les autres MedéeSy l'épouse de Jason n'obtient qu'avec peine, et après l'avoir long- temps sollicitée. Médée, reistée seule , se résout à quitter Corinthe ; mais > dit-elle s
Je lancerai la foudre avant que de partir^ Jason s'avance, et vient, on ne sait pourquoi, s'of^ frir aux justes reproches de Médée. Elle lui peint avec force ses torts envers une épouse innocente,, et l'abandon où il l'a livrée ;
-Reverrai-je Colchos ? irai-^'e en Thessalie Implorer les bontés des filles de Pélie ? ^
Irai-je sur le Phasç , où mon père irrité Réserve un juste prix à mon impiété ?
Hélas ! du monde entier pour Jason ^eul bannie , Ai-je encor quélqu'asile en Europe, eii Asie 7
Jason , sans s'arrêter à lui donner des raisons de sa perfidie, lui dit, en un mot, que
TRAGéDIS DE LONGEPtEkRË. Sig
Les bontés de Creuse et les bienÊiks du roi
l'empêchent de se refuser à leur alliance. Mëdée, bien justement outrée de ce langage , lui demande ce qu'il ont fait pour lui , qui puisse balancer ses droits :
Ta vie est un tîssti des bienfaits de Médeé.
Elle change cependant de langage , et prend le ton le plus tendre pour engager son époux à lui rester fidèle; elle le conjure, au nom de ses enfans, de ne point trahir leur mère ; elle lui peint les maux auxquels son exil va les exposer. Ici Jason Tarrête ; il lui déclare qu'il ne veut pas se séparer de ses fils. A ces mots, Médée furieuse s*écrie :
Ta m'ôtes mes enfans ! ta me rayîs, barbare , Le seul bien qui pourait adoucir mon malheur. Ab ! je t'en punirai , j'en jure ma douleur : Tremble , ingrat , c'en est fait , ma haine inexorable Te Ta rendre jaloux de mon sort déplorable.
Mais Jason n'est point intimidé de ses menaces, et se flatte que Médée lui rendra justice, en le connaissant mieux. C'est avoir bien de la confiance. Il savait quel était le pouvoir , l'amour , la fureur de Médée ; et il ne pouvait point se dissimuler 9e$ propres torts envers elle. Devait-il espérer le pardon, ou nxépriser la vengeance? L'auteur répondrait apparemment que Jason ne pensait qu'à Creuse, et que l'amour est aveugle. ♦ ^