‹ Le théatre des grecsChapitre 82 sur 126 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Le premier, et, si je ne me trompe, le plu»

beau , s'ouvre par une scène entre Médée et sa confidente, Médée y exprime ses regrets, comme la nourrice, dans le prologue d'Euripide :

Plût aux dieux que l'ingrat fatal à mon repos ^

N'eût jamais abordé les rives de Colchos !

Je n'aurais point trahi jna patrie et mon père ;

Je n aurais point rougi mes mi^ains du sang d'un frère ,

Et je ne verrais pas Vinûdèle aujourd'hui

Oublier que Médëe a tout perdu pour lui.

Les scènes 4e Ci:éon , de Médée et; de Jason rçsr

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semblent à celles de l'auteur grec. En s^attactant à ce modèle, J*auteur a ëvité plusieurs défauts de Corneille et de Longepierre. Jason n^allégue point le sort, et Tamour pour justifier son infidélité,, il allègue des raisons politiques , tirées de Fintérét de sa gloire; il offre , comme dans Euripide^ des. secours à son épouse abandonnée , qui les rejette avec courroux : elle passe de l'emportement aux plaintes ; elle peint ses fils suivant leur mère dans son exil. Ici , comme dans la tragédie de Longepierre, Jason la rassure, en insinuant qu'il a. dessein de garder ses enfans auprès de lui. Cette idée trouble le cœur de Médée ^ et lui arrache les plus effrayantes menaces.

Il est impossible que Jason joue un rôle intéressant dans cette situation. Un héros interdit , criminel et humilié , est peu propre à la tragédie. Ce reproche ne s'adresse pas à M. Clément „ mais plutôt au sujet , qui offre un obstacle peut-être insurmontable. C'est en vain qu'on a prétendu comparer Jason à Pyrrhus de VJndromaque de Racine. Pyrrhus p'a d'autre tort que l'inconstance. Les charmes et la douceur d'Andromaque , l'aigreur et la violence d'Herihione disposent le spectateur à l'indulgence. Ce qui caractérise la perfidie de Jason , c'est moins son inconstance que son ingratitude. La situation où il se trouve, ressemble à celle d'Enée ; et comme tout Fart d^

TRAGÉDIE DE M. CLÉMENT. 33l

Virgile ne peut excuser sou héros , tout le ta*lent des poètes tragiques n'a pu rendre Jason sup^ portable *. Son action , quoiqu'il dise , semble toujours odieuse, et la faiblesse de son caractère contraste d'une manière désagréable avec la force du caractère de Médée. On doit du moins savoir gré à M. Clément de lui avoir sauvé un ridicule , en n'en faisant pas un amant langoureux.

ACTjE IL

Jason sent quelques remords : Médée l'apprend , et se livre à l'espérance ; mais elle est bientâi désabusée. Jason est à l'autel. On se demande pourquoi ce mariage e^l si fort précipité t Pourquoi on n'épargne point à Médée un spectacle cruel, en le différant d'un seul jour? L'auteur a prévenu cette objection. Acaste l'exige. Peut-être cependant eût-il été plus naturel d*imiter en ceci Longepierre ou Euripide. Celui-ci n'indique point l'époque où doit se célébrer Thy-

* Une autre .«ituation sembUble , et pareillement dépourvue d'intérêt et de dignité tragique , est celle de Theeée dans V Ariane de Th. Corneille. Là , comme dans Msdêe, tout l'intérêt se porte sur une amante trahie , et Thésée est faible et a\ ili , comme Enée et comme Jason. R.-R.

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mené J Longepierre se contente de la faire envisager comme prochaine. • \^

Cela était d'autant plus facile, que Médée n'a 1 point attendu cet instaîit pour envoyer la rcAe em- | poisonnée. Elle n'en charge pas ses fils , mais sa confidente. On ne prépare point le spectateur à \* cet incident , comme dans les autres Médées ; la ^ rohe n'est poi^t décrite avec pompe ; Créùse ne Ta point désirée , ce n'est point un présent fait à la suite d'une réconciliation ; et il semhle que, sans un excès de défiance , Creuse pourrait hien dire V comme PoUux :

J*eu5 toujours pour suspects Ie$ doiïs des ennemis..

. Ce défaut de préparation se fait aussi sentir dans la manière dont Médée se détermine au parricide. ^ On est surpris lorsqu'on lui entend dire tout à . coup;

C'est au cœur de ses fils que je veux le frappei*.

Rien n'avait annoncé une si étrange résolution. Cependant elle est désormais inébranlable ; çt dès qu'on vient lui demander ses fils , elle sort poujr l'exécuter. Il est vrai qu'elle envisage comme un .^ artifice et comme un outrage tout à la fois , cette d^emande et le motif qu'on y joint. On veut , lut dit-on , conduire au temple ces jeunes «enfanjs ^ ^fin que Creuse ::

tKÀGÉDIE DE M. CLE^MENt. 335^

]^ar un ^rùietit sacré dans ce jour solennel ^ Les adopteet leur jure un amour matemeL

Elle se contient , et répond avec fierté :

Ajle» , dites , Arbas , à ce généreux père , Qu il recevra ses fils de la main de leur mère; Pour les rendre à lui seul j ai de justes raisons ; Il le yeut , il Tordonne y il les aura. . . . sortons.

On voit que le poète avait besoin de la conclusion du mariage, pour amener Fincident qui hâte le crime de Médée; mais on peut douter qu'il fallût sacrifier à ce besoin des convenances d'un autre genre.

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