ACTE V
La prêtresse ouvre le cinquième acte avec toute les marques de l'horreur et d.e l'épouvante. Médée s'est échappée des bras dp ses femmes, a fui dans^ le temple; elle y a trouvé ses fils, s'est saisi du couteau sacré, et, dans son délire , elle a immolé ces innocentes victimes. On voit paraître sur la ^'cène cette mère déplorable , les mains teintes de sang ; d'abord égarée , ensuite rendue à la raison , et reconnaissant son parricide. Jason la trouve en cet état : au premier instant j il se félicite de voir * qu'elle n'est plus dans le délire; mais elle lui montre ses mains homicides.
vions nous attacher qu'au fond de l'intriçue , à ce qui la di^tii^- Çue des autres Médées*
348 MÉDÉE
De quel sang sont-elles souillées?
MÉDÉB.
Du sang de tes enfans.
JAsàw.
barbare Créon !
JVIédée le détrompe , et lui dévoile ce mystère d*horreur. Ces deux époux infortunés exprinrent leur douleur de la manière la plus touchante et la plus pathétique. Médée saisit un poignard. Une voix sort du temple^ et lui ordonne de vivre et de se retirer à Tautel. Elle cède avec peine» Aussitôt on entend Créon commander l'attaque du temple. L'infortuné Jason, couché sur la terre, écoute sans émotion les cris des guerriers y il n'attend que 4'étre instruit du sort de Médée, pour se donner la mort. Les Corinthiens , irrités de l'org^eil et de l'impiété de leur roi , s'arment contre lui et l'immolent. Un char emporte Médée dans les airs , elle adresse à son époux de touchans adieux, et disparaît pour toujours. Jason veut se tuer. Théano l'en empêche , et l'engage à supporter une vie qu'il doit à son père et à ses sujets.
Ce dénoûment , où le merveilleux n'entre^ que comme un accessoire , est imparfait à un autre égard : c'est qu'il laisse dans l'incertitude sur le
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sort dç tous les acteurs pour lesquels on s'intéresse. Personne ne peut demander^ après avoir lu la Médée d'Euripide, que devient Afëdee ? Car la réponse est manifeste : elle jouit de sa vengeance ; mais cette Médée innocente ,et parricide^ cette épouse si tendre qui a perdu l'esprit en perdant Jason^ quel sera désormais son sort? Quel sera lie sort de Jason lui-même qui, malgré sa faiblesse , nous intéresse vivement^ et qui demeure près d^ fion père, près de Creuse , à jamais séparé de Médée? Enfin j quelle action ce dénoûment terminet-il ? Est-H^e la vengeance de Médée? Mais Créon > qui en est l'unique objet, victime de sa propra fureur, bien plus que des artifices de Médée ^ est un personnage odieux , sur qpi ne porte point l'inr térêt : on ne -s'aperçoit de sa mort que parce qu'elle produit une sorte de repos. Le sujet n'est pas ici , comme dans les autres tragiques , lavengeîincede Médée ; c'est son amour , c'est l'hymen de Créûs^^ la douleur d'une époUse délaissée. Il est difficile de voir dans ce plan l'unité de dessein qu'on remarque dans la pièce ^ecque ; mai> elle offre des beautés de situation , de sentiment et de poésie qui la font justement applaudir. Le défaut du moyen employé pour sauver le parricide , est de produire un effet brusque et violent, plutôt qu'unp impression forte et durable : l'émotion qu'il cause n'est pas constante et soutenue; ce n'est pas un
350 HÉOÉË DE OLOVËn.
sentiment profond qui se développe et s^âccràksé par degrés; et c'est-là néanmoins ce qui est indis^* pensable au théâtre, pour exciter un grand intérêt. Le parricide n'est ici qu'tin épisode , et on doit l'imputer aux dieux bien plus qu'à' la passion de Médée. La pièce offre d'ailleurs quelques invraisemblances. On a peine à comprendre > pai* exemple, l'obstination de Créon à forcer Jason d'épouser sa fille, à user d'artifice et de violence même pour l'y résoudre. Mais le rôle de Médée est grand et tragique , rempli de traits hardis et vigoureux, assortis sur- tout au goût des spectateur» à qui la pièce est destinée, dignes d'être admirés de tous , et qu'ion transporterait avec succès sur d'antres théâtres * .
M. deFramery a fait sur un plan à peu près semblable, un opéra qui n'est connu encore que par lé suffrage de ses juges ^. L'avant-scène ne diffère de celle de la pièce anglaise , qu'en ce que Jason ne peut se résoudre à rompre les nœuds qui l'unissent à Médée, et qu'on est convenu de consulter les dieux pour vaincre ses scrupules.
' Voyez une Lettre de M. Framery sur la Médée de Ghuer , in-* aérée au Mcmiteur de 1807 , n». 112. R.-R.
^ Cet ouvrage a été présenté au concours de 1786, et a obtenu une mention favorable. Ls^cchini devait en faire la musique 9 mais il n'a point été représenté* R.-R.
NOTICES D^AUTlaEd MÉDEES. 35 f
Là pièce s'ouvre par cette cérémonie religieuse:' le sacrifice , offert k Janon , est accompagné d'augures funestes ; la flamme s'éteint ^ la fumée s'abaisse , le tonneire gronde à droite , etc. ; le peuple est dans l'épouvante* Jason persiste plus qtie jamais dans ses refus : Créon lui rappelle les crimes de Médée. Jason répond :
Elle a trahi son père , et la trahi pour moi.
Eson détrôné paraît ici avant Médée, qui est accueillie par la prêtresse. Voici comme elle trace eUe-méme son caractère :
Mon cœur est faible y ardent y mais il n est point penrers^
Des filles du soleil les âmes trop sensibles
N'ont point de sentimens paisibles ; A Jason , à lamour j ai tout sacrifié.
La prétresse ne lui fait point connaître sur le champ le malheur auquel elle doit s'attendre , ce qui donne lieu à une situation intéreèssante. Au moment où Médée revoit Jason et vole dans ses bras, on entend des chants d'hymen, elle n'en conçoit aucune inquiétude :
VÉDÉE.
Ces plaisirs que Ton chante , et que mon cœur partage , De nos jours de bonheur me retracent Timage,
Mais on vieat avertir Jason qu'il est attendu à l'an-