SCENE PREMIERE
ÎMÉDÉE, LE CHOEUR.
(citoyennes de Corinthe, je sors du palais pom: prévenir vos reproches; Je n'ignore point qu'entré les mortels plusieurs sont devenus respeètables^ en se cachant aux regards, dVutres en se montrant au dehors; mais plusieurs aussi, en cherchant à mener une vie tranquille et retirée, n'ont obtenu que le mépris qui suit la lâcheté * ; car la justice ne s'offre point aux yeux des humains > lorsqu' abandonnant le soin d'étudier le cœur, ik se livrent à la haine au premier aspect et sans aVoir reçu d'injure. îl faut aussi sans doute qu'une étrangère ait des égards pour ceux qui l'ont accueillie, et je suis même éloignée d'applaudir ^u citoyen qui, se montrant toujours inflexible, se i*end par sa faute odieux à ses concitoyens. Mai» le coup imprévu qui m'accable a brisé mon courage. C'en est fait,, j'abandonne le soin de ma vie,
' Nank multi suam rem bene gèssêre et poplic^m patria procûl^, Multi qui domi aetatem ageîeat, propterea sunt improbati.
ËKNIUS.
Aères amm, j«¥eHS motirir. Men époux, ée tpui j'avais droit d'attendre tous les biens, est devenu le plus perfide des hommes. Ah! de toutes les créatures qui sentent et <pii respirent , les femmes sont les plu$ malheureuses ; elles achètent un époux au prix de leurs richesses » ; elles payent celui qui les réduit en esclavage, et s'exposent au risque affreux de tomber dans les mains d'un tyftan ; car Thonneur interdit aux femmes le divorce , et le droit de répudier leur mari leur est été. Certes, celle qui s'engage dans cette carrière mconnue et qui subit ces lois nouvelles , doit posséder l'art des devins , pour prévoir son sort dont rien n'a pu l'instruire encore, et pour connaître le cœur de l'homme auquel elle doit unir sa destinée. Si la fortuné a secondé nos vœux, et qu'un époux fidèle porte le joug sans impatience, notre henheur est digne d'envie ; sinon , il faut mourir. Un homme qui, dans sa famille, éprouve des sujets d'ennui, du moins peut en sortir; il peut dissiper le chagrin, dont son âme est dévorée, par
' Aux temps héroïques , il paraît que les ép6ux faisaient à leuri épouses un don nuptial, et que Tusage de la dot apportée par la femme à son mari est postérieur. Ainsi Euripide fait allusion aux usages de son temps. Il en est de même du divorce qui était à Athènes au nombre de ces choses que les lois permettent, et que les bonnes mœurs interdisent. Les formes établies par le législateur y mettaient des entraves , et le nom même par lequel on !« désignait > 4l9prJ4iiait uae sorte 4'igiu»miAle aux lémmes qui le sollicitaient.
TRAGÉDIE d'bURIMDE. 37 Î
le commerce de ses amis et de$ personnes de son âge. Mais nous^, nous ne pouvons tourner nos pensées que sur notre propre cœur. Ils di/»ent que , retirées au sein de nos maisons » nous y menons une vie tranquille et exempte de dan^rs, tandis que , dans les combats , ils affrontent le fer et la mort. Frivole erreur ! trois fois serrant mon bouclier, je voudrais braver le trépas, plutôt qu'enfanter une seule. Mais ce qui convient à mon triste sort ne peut convenir au vôtre. Vous avez une patrie, une maison paternelle, une vie assurée > de chères et tendres amies ; et moi , abandonnée , proscrite , je suis outragée par l'homme qui m'a arrachée à une terre étrangère , n'ayant ni mère , ni frère , ni parent qui me ramène au port, battuie par la tempête de l'adversité. Je n'attends de vous qu'une grâce : s'il s^oflFre à mon esprit quelque moyen, quelque artifice pour rendre à mon époux tous les maux qu'il m'a faits , et pour punir à la fois celui qui lui livre sa fille et son odieuse amante elle-même, gardez le silence. En toute autre occasion , une femme est faible et sans courage , elle redoute les affreux combats , et ne peut soutenir la vue du fer; mais, lorsqu'un époux lui fait ou«trage , il n'est point d'âme plus avide de sang.