‹ Le théatre des grecsChapitre 93 sur 126 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MÉDÉE, LE CHOEUR

LE CHŒUR

femme infortunée! hélas! à quelles douleurs yotrje cœur doit-il être en proie! Où adresserezvous vos pas? Quelle maison , quel ami , quelle terre hospitalière vous recevra dans votre exil ? Malheureuse Médée , abandonnée par les dieux à la fureur des. flots au milieu d'un océan sans rivage !

* •&! à peu de temps; j'ai ajouté ce« nakots.

MÉBÉX.

De taus côtés le sort me persécute , il est Trai; mais ne croyez pas que je supporte en lâche ses coups. Il est encore des combats réserves aux nou* veaux époux 9 des travaux à ceux qui les ont unis* Si Médée ne nourrissait en son cœur l'espoir de la vengeance, penses&^voua qu'elle se fût abaissée jusqu'à flatter son ennemi? pensez*vous qu'elle lui eût adressé* la parole, qu'elle l'eût touché d'une main suppliante? Monarque insensé! il pouvait prévenir mes desseins par l'exil, et il m^accorde un jour! Dans ce jour j'abattrai mes trois ennemis, le père, la fille,, et l'époux* Parmi les différons moyens qui s'offrent à ma vengeance, chère»

amies, lequel dois-je préférer? embrâserai-je le palais nuptial? me glisserai-je auprès du lit des deux époux? enfoncerai-je dans leur cœur un fer

acéré? Mais si j'étais surprise avant de les avoir

frappés, mes ennemis jouiraient de mon supplice. Le plus sûr est d'avoir recours aux arts dans lesquels je fus nourrie : lé poison servira mieux ma fureur. — C'en est fait; ils périssent. Je suis vengée.... Mais quelle ville voudra me recevoir? dans quelle terre, auprès de quel ami, de quel hôte, trouverai-je un asile sûr et inviolable? il n'en est point pour moi. Cherchons encore quelques instans s'il s'offre à moi quelque retraite assu-

TRAGÉDIB D'EURIPIDE. ZjC^

rée ^ j'userai d'artifice , et je frapj^erai le coup mortel en silence. Mais si Tinévitable destinée me poursuit^ j'arme ma main du fer, j'arrache là vie à mes ennemis, et je ne consulte plus que mon audace et ma fureur : oui, j'en jure par Hécate > ma souyeraine et ma compagne, qui préside à tous mes travaux, que je révère entre les immortelles , et qui habite l'intérieur de mes foyers; aucun de mes ennemis ne pourra se vanter d'avoir impunément dçchiré ce triste cœur. J'ensanglanterai la couche nuptiale, et je leur ferai goûtet^ l'amertume de mon exil.— -Courage, Médée, rassemble toutes les forces de ton art; invente de nouveaux artifices, fais éclater de nouvelles horreurs; ce jour est l'épreuve de ton courage. Supr porterais-tu tant d'outrages? Fille du soleil, seraistu le jouet de la race * de Sisyphe et de l'épouse de Jason ? Ta science te trahirait-elle? ton sexe faible et impuissant pour le bien manqua-t-il jamais de pernicieux artifices?

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