‹ Le théatre des grecsChapitre 98 sur 126 · LES DEUX ENFANS , LA NOURRICE · texte numérisé non relu

LES DEUX ENFANS , LA NOURRICE

LE GOUVERNEUR

Ancienne et fidèle esclave de ma maîtresse^

' M. Brunck efface ce vers , lequel n'est , selon lui , qu'une Tépétition inutile du vers 382.

36o ISJÈOÉEf

pourquoi yîenS-lu dans ces lieux solitaires t*entretenir de sombres pensées ? Comment Médë^ a-t-elle consenti d'être privée de ta présence ? LA Noxniiiicï.

vieillard ! gardien des enfans de Jason , les funestes catastrophes qui font tomber les maîtres , déchirent le cœur des serviteurs fidèles. Dans l'excès de la douleur qui m'oppresse , j'ai cédé au désir de venir ici raconter » au ciel et à la terre les infortunes de Médée.

Ll GOUYEKKEIJB..

Hélas ! elle n'a point encore séché ses larmes.

LA NOURRICE

O vieillard ! j'envie ta sécurité : la douleur à peine a commencé sa course funeste ; non , croismoi , elle n*est pas encore au milieu de cette carrière de larmes et de gémissemens,

LE GOUVERNEUR

Pauvre 'insensée ! s'il est permis de parler ainsi de ses maîtres ; hélas ! elle ne voit pas les nouveaux malheurs qu'on lui prépare.

LA NOURRICE

Quels sont-ils? ô vieillard ! ne refuse pas de me les faire connaître.

' Coutume antique.

TRAGÉDIE b'eURIPIDE. 36|

XE GOIFYEIiNEUR«

Je ne puis : j'ai regret aux paroles qui sont sorties de ma bouche*

LA NOURRICE

Au nom de tes cheveux blancs ', ne ferme point ton cœur à ta compagne d'esclavage. J'observerai, s'il le faut, un profond silence sur ce mystère.

LE GOUVERNEUR

Je m'étais approché du lieu où l'on joue aux dés 2 et où les vieillards se rassemblent près de la fontaine sacrée de Pirène. Là, j'ai entendu quelqu'un qui disait, sans savoir que je pouvais l'ouïr, que Créon, le roi de cette contrée, allait chasser de ses Etats ces deux enfans avec leur mère. J'ignore si ce discours est véritable , et plût à dieu qu'on m'en fît voir la fausseté I

LA NOURRICE

Eh quoi ! Jason soufFrira-t-il que l'on traite ses fils de la sorte ^ quels que soient aujourd'hui ses sentimens pour leur mère ?

' Littëralement : par ton menlpn , c'est-à-dire , par ta harbe , formule encore usitée dans l'orient.

^ Les Corinthiens passaient pour aimer le jeu. Chilon le Lacëdémonien, ayant été envoyé pour former avec eux une alliance > trouva les principaux de la. ville , les sénateurs et les vieillards , qui jouaient à des jeux de hasard. l\ s'en alla sanà rien conclure, disant qu'il ne voulait pas que Sparte souillât sa gloire eu s'unis-. wnt à des joueurs..

362 uÉoÉn,

LE GOUTEaNSUR*

Une ancienne union cède à de nouvelles amours. Il ne faut plus que cette maison compte sur l'affection d'un père.

LA VOUKAICE.

Hélas ! nous sommes perdus si ce nouveau malheur est ajouté à ceux qui nous accablent , avant même que nous en ayons épuisé les rigueurs.

LE G0I7yERNSaA.

Il n'est pas temps d'en instruire notre maîtresse; garde le silence et reste tranquille.

XA NOURRICE

O mes enfans! vous voyez quelle est à votre égard la conduite de votre père : il est mon maître , je ne dirai pas qu'il périsse ; mais il trahit ceux qu'il devrait aimer.

XE 60UVERNEITR.

Ëh! quel est le mortel qui ne porte point un cœur infidèle? Ignorais-tu jusqu'à ce jour que tous s'aiment eux-mêmes , avant ceux qui leur sont le plus

étroitement unis ? Q aelquefois , il est vrai ,

ce sentiment n'a rien d'injuste; mais tï'op souvent

il est dicté par un vil intérêt Et fallait-il

pour t'en convaincre voir un père cesser de chérir

ses enfans et passer dans les bras d'une nouvelle

épouse.^?

LA NOURRICE

Rentrez, jeunes enfans, soyez tranquilles. {Au Gouverneur, ) Toi , aie soin qu'ils restent seuls et qu'ils évitent de s'offrir aux regards d'une mère irritée. J'ai vu son œil , tel que celui d'un taureau furieux , se fixer sur eux , comme si elle nourrissait quelque secret dessein ;..... son courroux, je le sais , ne s'apaisera qu'en frappant de la foudre quelque mortel infortuné 2. Puissent ses seuls ennemis en être les victimes!

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