‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 28 sur 135 · UN JARDIN · texte numérisé non relu

UN JARDIN

A droite, un pavilion avec perron et tendine au-dessus d*une fen^tre pratlcable.

A gauche, une charmille, chaises et table de jardin.

SCftNE PREMlfiRE

JEAN, un rAteau ill la main.

Si qsL ne fait pas piti6 de voir la villa, les jardias avec serres chaudes et froides do feu mon patron, M. Labouture, horticulteur de premiere classe, plusieurs fois m^daill^ aux expositions de Londres, de Paris et aulres cit6s non moins florissantes, 6tre devenus la propriety d'un cousin eloign^ du d^funt horticulteur, un Gratin qui a ^te mis un beau jour a la porte avec un coup de pied quelque part! U a tout, et je suis pourtant rest^ dans la maison et, comme le chien attach^ a la niche qui Ta vu naitre, moi, Jean Lafarcinade,

c'est mon nom, jc reste attach^ a la clialne des Gratins, non par amili^, mais par habitude... L'habitude, iitiB seconde nature. II y a un mois a peine, ces Gralins, mari, femme ot fillc^ veg6taient au fond d'une boutique de marchand de pruneaux ; aujourd'hui, faute de testament de mon maitre defunt, ils se targuent de la loi et h^rltent de quatre ou cinq cent mille francs. C'est une douce surprise pour de petits 6piciers de province qui vivolalent avec une douzaine de cent francs, de se r^veiller un matin avec vingt-cinq mille livres de rente, que la fortune aveugle leur verse sur le cn1ne. lis en tirent vanite tout autant que s'ils les avaient gagnes. feu Labouture ! du haut du ciel, ta demeure derniere, tu dois te dire : « G*6tait bien la peine de travailler toute ta vie ! de planter, semer, tailler, de s*6tre fait une reputation dans les oignons a fleurs pour voir un jour les collections potageres et horticoles tomber dans les mains indignes de ces cretins... Gratins, veux-je dire ! Ah ! c'est une fichue afifaire de mourir ! » Kt pourtant, quand j'y songe, je me dis qu'il a diji teter, c'est a dire tester en faveur de quelqu'un. On n'a rien retrouv6; mais c'est pasclair. Je m'etonne qu'il ne m'ait rien laisse... pas plus qu'a son filleul, Horace Ledru, qu'il aimait pourtant beaucoup... autant qu'un fils... et avec motif, dit-on. Ou est-il, le fusilier Ledru parti depuis cinq ans et cueillant les lauriers de la gloire en Afrique ou en Chine ? Je lui ai 6cni plusieurs foii, jamais de response. Peut-^tre que, militaire, il a v^cu ce que vivent les roses !...

SCftNE II

GRATIN, en robe de chambre ; JEAN.

GRATIN, sur le perron.

Eh bien, Jean I

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