‹ Le théâtre des marionnettesChapitre 56 sur 135 · HANZ · texte numérisé non relu

HANZ

Eh bien, 11 faut lui r^pondre... oui!

ANSELME, so jetant an con de Hans.

Ah! maitre Hans!...

Bideau.

Impromptu en un acte, Jou6 ponr la premiere fois, k Nohakt,

le 5 noyfembre i%iu

PERSONNAGES

BALANDARD

ARTHUR, jeune peintre.

PURPURIN, aubergiste.

Un Gendarme.

MADAIME PALMER.

MISS KATE, sa fiUe.

La sc^ne se passe d. Cannes, en 1871.

A gauche, un casino. Sur la porte est 6crit u6tel Purpurino« Jardins avec escalierset palmiers. La mer au fond.

SCfiNE PREMlfiRE PIJRPURIN, Un Gendarme.

LE GENDARME

Eh bien, monsieur Purpurin, avez-vous de nouveaux clients cette semaine a votre hdtel?

PURPURIN.

Mon casino est bonde. J'al d'abord madame Palmer, une Am^ricaine, et sa fille, miss Kate, Americaine aussi, avec des yeux langoureux et dix-huit priniemps. La mere a encore du cheveu et un certain galbe, archimiUionnaire en sus, ce qui me botte, car elle ne regarde pas a la d6pense. Par exempiC; c'est une toquee. Elle fait tourner des tables et tout ce qui lui tombe sous la main.

LE GENDARME, surpris.

Je connais des femmes qui font tourner Icurs marls en bourriques; mais des tables, c*est ^patantl

PURPURIN.

Oh! quant a son mari, celle-la est veuve depuis longtemps.

LE GENDARME

C'est peut-^tre un bonheur pour le d6funt! Et vous avez d'autres voyageurs, sans doute ?

PURPURIN.

Ah! je crois bien ! M. Balandard, un homme tres bien, tres gai, et puis son neveu, Arthur Dupinceau, un jeune rapin, un croAtard !

LE GENDARME

Un croMard?

PURPURIN.

Qui, un ^tudiant en peinture, avec un poll dans la main. II ne fait pas de grosses d^penses, et encore c'est-il I'oncle qui paye.

LE GENDARME

Subs6quemment, un oncle est toujours fait pour ^a.

PURPURIN.

Tenez, le voila la-bas avec son chevalet et sa boite a couleurs. Au lieu de salir tant de bonne toile a faire des chemises, ne vaudrait-il pas raieux d'etre photographe? Au moins^ c*est un 6tat propre. (on entend qasiqaes coups de cloche.) Mals^ excuscz, gendarme, je m'amuse a bavarder avec vous et le premier coup du dejeuner me reclame.

lis sortent.

SC6NE TROISlfeME. 141

SCfiNE II

ARTHUR, sa palette i la main, un ch/^uls et un cberalet qu'il place

au premier plan.

Cest la qu'elle a passe hier et qu'elle repassera aujourd'hui. Quelle adorable jeiine fille que miss Kate, des yeux d'un outremer profond, des Ifevres du plus pur carmin et une forfit de cheveux terre de Sienne brtll^e. (ii loupire.) Mais travaillons le fond du paysage. Le travail, c'est la prifere. Oh ! la voici qui se dirige de ce c6Ui I

SCfiNE III

MISS KATE, ARTHUR, allant a elle.

ARTHUR

Miss Kate, voire serviteur!

MISS KATE

Bonjour, monsieur; mais nevous d^rangez pas. Yotre paysage avBnce-t-il ?

ARTHUR

Pas vile!

MISS KATE

Pourquoi ?

ARTHUR

II y a de Tembu.

MISS KATE

De Tembu ? Qu'est-ce que c'esl ?

ARTHUR

C'est-i-dire que la peinlure seche raal.

MISS KATE, d'aa air dis'rait.

II fait bien beau ce matin.

iM LES ESPRITS FRAPFEURS.

ARTHUR

Sans doute, il ne fait pas mauvais. Quel cllinat delicieux !

MISS KATE

Le climat de ritalle*

ARTHUR

Et quel ciel I quel ciel en bleu de cobalt !

MISS KATE

Le ciel de lltalie aussi. C'cst du paysage que vous faites ?

ARTHUR

Parfaitement !

MISS KATE

Mais ceci, on dirait une robe jauns ?

ARTHUR

En effet, c'est une robe avec une femme, un ange dedans, qui promene ses rdveries sous les cytises en fleurs et les palmlers, tandls que moi J3 promene sur ma toile mes pinceaux enflamm^s. (a part.) Je crois que raa declaration est lanc6e.

MISS KATE

G'est ^tonnant comme cette femme ressemble & raa m^re, et pas flattie, qui plus est.

ARTHUR, a pari.

Pas de chance. Je suis retoqu^.

MISS KATE

Pardonnez-moi si je me suis trompee ; naais je ne me connais pas en peinture... Et M. Balandard? Je ne I'ai pas encore vu ce matin. C*est uij homme charmant.

ARTHUR

Je ne dis pas ; mais il est un peu vieux.

SCftNE QUATRliSME. - 143

i MISS KATE.

I Oh ! d son fige on n'est pas vieux, et vous avez tort

de ne pas lui eavoir gr6 de tons les sacrifices qu*il fait pour vous.

• ARTHUR

Ah ! en voila un qui se sacrifie pour les autres, un profond 6goTste !

MISS KATE

Vous 6tes injuste. Voulez-vous me permettre de vous donner un bon conseil?

ARTHUR

Parlez, miss Rate, tout ce qui me vient de vous me plait.

MISS KATE

£h bien, monsieur Arthur, vous feriez mieux, au lieu de d6biner votre parent et de fl&ner sous pr^texte de peinture, d'embrasser une carri^ro s^rieuse* Aux £tats-Unis, tons les homme travaillent.

EUe s'^loigne et sort. ARTHUR, haussant les ^paules.

Elle ne comprend rien a la peinture. (Regardaat son tableau.) Le fait est que qa ressemble a sa m^re. Attends ! je vas lui allonger le ncz, augmenter les tire-bouchons, pocher les yeux et lui coller une table en sautoir. (n peint.) Qa marche, ^a devlent frappant* Je pourrai placer ma toile aupr^s de la vieille toqu^e avec une devise tenue par des colombes : Souvenir de Cannes, deux cents francs, prix d'ami.

SCfiNE IV BALANDARD, ARTHUR.

BALANDARD

. Ah! tu es la, toi? D^jd au travail, c'est bien, Qa; mais viens-tu dejeuner, il signer Purpurino nous promet des huitrcs el du homard.

ARTHUR

Ah ! j'ai bien autre chose a faire, miss Kate vient de me couper Tapp^tit.

BALANDARD

Et k propos de quoi ?

ARTHUR

EUe m'a blesse dans mon amour-propre; je travaille depuis des jours a ce tableau dont elle tlent le premier plan, je retrace ses traits avec mon coeur plein de ses charmes, je le lui montre, et elle me dit que c'est le portrait de sa mere.

BALANDARD, se ropprochant de la toile.

En effet, c'cst frappant!

Maintcnaut que j'y ai fait quelques retouches, sans doute ; mais avant, c'dtait miss Kate. Ah ! elle n'entend rien k Tart. C'est une bourgeoise ! Tout est perdu ! que faire ? Si je me pergais de mes pinceaux? Si je me passais ma palette au travers du corps? Si j'avalais mes vessies. Si je crevais ma toile ? (n donne un coup de pied

Aans l6 cheralet, un coup de poing dans sa toile, jette sa palette et pidline

sor tout.) ^a m'a un pen soulage.

BALANDARD

Quelle fureur t'agite! Voyons, calme-toi, Qu*est-ceque je peux faire pour toi ? Est-ce un billet de cinq cents francs qull te faut ?

ARTHUR

Loin de moi, la cupidity.

BALANDARD

Belle parole I Veux-tu autre chose ? Veux-tu des bayaderes? Veux-tu Salammb6? Veux-tu Flaubert luim^me?

SCfiNE QUATRlfiME. 145

ARTHUR

Jc veux miss Kate !

BALANDARD

Je ne dispose pas d'elle. Demande sa main h sa m6re.

ARTHUR

Demandez-Ia-lui pour moi. Je suisjeuno, jesuis beau, plein d'avenir, tandis quo vous n avez pas» jo le suppose, la pretention de me supplanler aupres de cette jeune Am^ricaine. Vous Stes, passez-moi le mot, assez laid, vous n'etes pas jeune et vous parlez du nez.

BALANDARD

J'ai un physique qui plait aux fepimes. Je suis vieux parce que j'ai trente-cinq ans? Si lu viens me faire de ces complimenls-la, tu peux to taire. Sur quoi as-tu march^ ? tu ne sais pas ce que tu dis.

ARTHUR

Vous voyez bien que je souffre, aidez-moi au lieu de m'envoyer promener.

BALANDARD

raider d quoi?

ARTHUR

A obtenir la main de Kate.

BALANDARD

Eh bien, je n'y tiens pas, moi, d Kate! Elle est trop riche pour toi et pour moi aussi. Ecoute, si tu veux un conseil. Laisse ta peinturo de cdte, fais une pacolille de colliers de verre, de petits miroirs, de vieux fusils et surtout de bariis d*eau-de-vie ; pars pour les Etats-Unis, echange tes bibelots pour des fourrures et de la poudre d'or, fais fortune et va demander ensuite la main de miss Kale.

ARTHUR

Ce sera long, ct ellc sera bien vieille.

Alors autre chose. Crois-lu aux spiriles, aux tables tour nan tes ?

ARTHUR

Pa^ du tout,

BALANDARD

Eh bien, il faut y croire, plaire k madame Palmer, abonder dans son sens, dire comme elle et faire ta demande.

ARTHUR

Bien, j'abonderai.

BALANDARD

Allons, viens dejeuner ; Qa te remonlera. D'ailleurs, j*ai invito madame Palmer et sa fille pour le breakfast^ comme disent ces dames. — Viens done, nous chercherons quelque bon true pour toucher le coeur de la femme aux tables tournantes.

lis sortent et entrent aa casino.

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