SCENE XV BALANDARD, COQENBOiS, GRELOT, IDA
ELOA, sor la porte de l'h6lel, LeS Pr£c£deNTS. LE MAIRE, avec Amotion {k Balandard.)
Grand citoyen ! Nous sommcs heureux, (ii tousse*) hum! hum! et honoris... qire vous voulicz accepter, hum!... dans un repas fratcrnel au milieu desautorit^, comme 11 convient dans cette circonstance, hum!...
T0US« crianu
Vive notre d^put^ !
BALANDARD, k part.
Moi, d^put6? Quelle mauvaise plaisanterie !
GRELOT
Oh ! elle est bien bonne I il fallait ga pour me dessOuler.
SCfiNE QUlNZlfeME 175
TOUS
Un discours, un di scours !
BALANDARD, (a part.)
S'il ne faut que ^a pour les amuser ! (hsui.) Monsieur le maire, messieurs les conseillers, 61ecleurs, citoyens, gendarmes, pompiers, musiciens et habitants de Tr^pagny-les-M^hes, habitu6 depuis longlemps d parler en public, je puis vous satisfaire. Yous me demandcz un discours, soit ! mais sur quoi ?
LE MAIRE
Qa ne fait rien... parlez !
BALANDARD
Bien ! Permettez-moi d'abord de vous remercier des marques d*amili^ que vous me donnez. Je n'en suis pas indigne, croyez-le bien... mais avant de m'accorder vos suffrages, 6tes-vous bien stirs de ne pas vous tromper?
PIQUENDAIRE.
Non, non !
BALANDARD
Soit ! j'admets que vous ne vous trompiez pas. Qu ai-je fait pour vous jusqu'k ce jour?
LE MAIRE
Vous ferez.
TOUS
11 fera ! il fera ! vive Manandar !
BALANDARD
Je me nomme Balandard et non Manandar...
TOUS
Bravo !... Bravo! Vive notre d6put6 !
BALANDARD, (k part.)
Pas moyen de les detromper... (Haul.) Puisque vous le voulez, je ferai done pour vous tout ce qui
d^pendra de moi. Mon influence n'est pas grande. Pourtant, dans la limite de mes moyens, je vous promels de vous tenir en liesse le plus possible. Car dans les circonstances ou nous sommes, dans les crises plus ou moins politiques que nous traversons, quoi de mieux que les plaisirs honn^tes, la gaiele? le rire, messieurs, le bon, le franc rire qui de^arme les plus maussades? la bonne comedie qui moralise ea amusant? Cest pourquoi, braves gens, je vous engage d venir m'entendre ce soir, je feral tons mcs elTorts pour vous tenir le coeur jojeux et Tesprit libre. Permeltez, chers concitoyens, il y a erreur. Yous vous Irompez.
LE MAIRE
Le peuple ne se trompe jamais.
TOUS
Vive le peuple!
BALANDARD
C*est possible ; mais vous pouvez 6lre devoyes d propos de votre candidat. (eas, & coqucnbois.) Je te repasse la candidature, (naui.) Electeurs ! voire candidat esteneffet parmi nous. 11 se cache sous la modeste d^froque d'un lutteur de premiere force, C'est monsieur, Tilluslre, le celebre Coqenbois.
LE MAIRE, k Piquendaire.
Alors, pourquoi appelez-vous notre candidat Manandar quand son vrai nom est Coqenbois ?
BALANDARD
C'est un pseudoDyme ! Monsieur Piquendaire a mal lu; c'est un quiproquo.
LE MAIRE
Tr^s juste! tout s'explique. Citoyens, portons nos suffrages sur Tillustre Coqenbois.
PIQUENDAIRE.
Vive Coqenbois !
SCfiNE SEIZlfiME. 177
SCfiNE XVI TRINGLET, Les PriScedents.
TKINGLET, percant la foule.
Faut pas me la faire; c'est un saltimbanque un hercule en bcurre! a (^haillotl
Dis done, toi, la-bas, je suis un vieux soldat d'Afrique. deux blessures et la m^daillc militaire. Qu'est-ce que tu as fait pour ton pays, toi, calechier?
LE MAIRE, i la foule.
Citoyens, la modestie qui caract^rise noire candidate mililc en sa faveur; cctte main de fer dans un gant de velours dont je vous parlais tout a Theure, je Tai reconnue dans le coeur de bronze du cdlebro Coqenbois, c'est Thomme qu'il nous faut. Votons tous comme un seul 61ecteur pour lui.
TOUS
Vive Coqenbois ! d Thdtel de ville !
TRINGLET, furieux.
Alors, nous sommes en pleine melonniere, mais faut pas croire qu'on balanccra les ouvdriers comme des borgeois ! je vous dis zut a tous !
COQENBOIS.
Je te trouve commun dans ta maniere de t'exprimer.
TRINGLET*
Assez cause. J'crains personne, pas m6me les liercules d'acad^mie ! T'enlcveras pas les suffrages a nez tendu comme les melons de la ville. J'suis candidal aussi, j'm'appelle Tringlet ct j* suis le plus fort homme de Tr6pagny-les-Meches.
COQENBOIS.
Alors, je vais te soigner, tu m'inl^resses.
TRINGLET.
Combien que tu p^ses?
COQENBOIS.
Si tu veux le savoir, arrive !
LE MAIRE
Messieurs^ restez-en la.
TRINGLET*
Cest une affaire d'amour-propre. Je lui joue sa candidature contre la mienne, avec raulorisation de M. le maire.
LE MAIRE
Allcz I j'autorise !
COQENBOIS.
gava!
PIQUENDAIRE.
Jouez plutdt (a au billard,
CHALUMEAU
Les paris sont ouverts, je fais cinq francs pour rhercule.
LE COLLEUR D'AFFICHESr
Je les liens pour Tringlet.
TRINGLET.
Alors, c'est le grand jeu I Saltimbanque, es-tu assure contre la casse ?
COQENBOIS.
As-tu jamais saut6 par-dessus une porte coch^re ?
TRINGLET, haussant les Spaules.
Tu me fais rire I
II met la main sur rSpaule de Coqenbois, celui-ci en fait autant.
SCfeNE SEIZlfiME. 179
COQENBOIS.
As-lu regl6 tes affaires de famille ?
TRINGLET.
Je ne connais ni la famille, ni la proprl6t^«
COQENBOIS.
En ce caSy tu ne seras pas uiie perte pour la soci^t^.
Lutte. — Tring!et est ealerS en Pair et jet6 par-d.ssus le mur qui ferme la oour BUT la place du fond. Tous courent an dehors.
CHALUMEAU
Ah I il est mal rctomb^. II a les reins cassis •
LE MAIRE
A rh6pital !
TOUS
Vive Coqenbois! Vive notre candidal! A Thdtel de ville ! En avant la musique I
L'orpheon joae la Marseillaise, — Lcs spectateurs portent Coqenbois sur leurs
^paoles.
Monsieur Balandard, je vous confie Eioa, si je suecombe dans la lulle! Chers concitoyens, ^lecteurs, quand il vous fera plaisir, je suis a vous !
lis sortent.
BALANDARD
Yoila comment on fait un d^pul6! Oufl je Tai ^chappe belle!
Rideau.
Com^die ea un acte, jou^e pour la premiere fois a NoHiin,
le 31 d6cembre 1874.
PERSONNAGES
BALANDARD
PARASOL
BAPTISTE, valet de cham-
bre.
SAUTELACOUPKOFF.
MACROPHYLLOS.
LE NOTAIRE