SCENE SEPTIEME
vous prenez la, il est tout neuf. (la se fait dans les auberges, je connais^a! Mais... tiens?... Est-cecejour blafard qui me trompe?
CORISANDE, qui prend sa robe prds du lit od est Balandard.
Moi qui comptais sur vous ! c'est un joli tour que V0U3 me jouez la, madame Friturin !
BALANDARD, h part.
II s'habille eu femme ? dr61e d'ld6e. Mais... le mastodonte... pas si mastodonte que Qa. 11 parait qu'il appartient au beau sexe !
CORISANDE
Qu*est-ce que vous diles du beau sexe? Yous n'en 6tes pas, vous? Dieul que vous 6tes chang^e depuis bier soir... Vous n'fites pas madame Friturin?
BALANDARD
Moi? jamais! Je suis Balandard, directeur de tbe^tre et artiste moi-mtoe, pour vous servir.
CORISANi)E.
Un bomme! j'ai pass^ la nuit t^te a tete avec un bomme ! j*ai mfime combattu avec lui, je suis perdue de reputation si ga s'6bruite! monsieur! j'en appelle a votre honneur! Pas un mot de ce qui s'est passe entro nous cette nuit!
BALANDARD
J'en jure par le Styx I 11 n'y aurait pas de quoi me vanter, je vous prenais pour un commis voyageur.
CORISANDE
Gomme j'ai Tair d'un commis voyageur!
Mais non, mais non... au jour.
CORISANDE
En attendant^ voila la diligence partie ! que vais-je devenir? Ma ni^ce, monsieur, ma ni^ce ne pent pas se
iJ3« L'NE NUIT A CHATEAUROUX.
inarier saus moi. Aidez-moi a sortir d'embarras. J'avais pourtant dit qu on m'^veill&l a Irois heures.
BALANDARD
On est venu me r^veiller k voire place, j'ai tout envoy^ promener.
CORISANDE
Alors, reparez le mal que vous avez fait.
DALANDARD.
£t comment ?
GORISANDE.
Trouvez-moi un moyon d'aller a La Ghdtre.
BALANDARD
Attendez que le chemin de fer soit fait.
CORISANDE
Gc serait trop long, j'aurais le temps d'etre grand'tante. N'avcz-vous pas une voiture?
Oui, une chaise de poste.
CORISANDE
En ce cas, menez-moi a La Gh^tre^ je vous invite a la uoce de ma niece.
BALANDARD, d part*
Une noce !
CORISANDE
Eh bien ?
HALANDARD.
tst-elle aussi bien que vous, votre ni^e ?
CORISANDE
t'iatteur ! elle est mieux.
BALANDARD
Oh ! en ce cas...
CORISANDE
Vous acceptez? Vous Stes un homme charmant!
SCENK SEPTfKME. "39
baLandard.
Je... ^tes-vous marine ?
CORISANDE
Je suis veuve et veux rester librc.
BALANDARD
Qu'cst-ce que vous vendez?
CORISANDE
Etes-vous fou ? Je ne vends rien.
BALANDARD
Et VOUS VOUS appelez... car enfin il faut bien que je sache avec qui je pars.
CORISANDE
Corisande des Andouillers, veuve Graboyos.
BALANDARD
Des Andouillers ? Seriez-vous parente de mon vieux camarade de chasse, le comte des Andouillers, uq vieux farceur, tres aimable, tr^s jeune pour son kge ?
CORISANDE
C'est mon p6re !
BALANDARD
Ah I par excmple ; comme on se retrouve sans s*etre jamais rencontr6 1
CORISANDE
AUons, faites atleler. Vous ne vous ennuierez pas avec moi, je suis toujours gaie. Et puis on mange bien & La Chdtre, et vous y verrez de bons types, je vous en r^ponds, je vous laisse vous lever.
BALANDARD
Suis-je assez faible avec le sexe! Mais, dites done, a quelle heure le mariage ?
CORISANDE
A onze heures.
Et combien de lieues d'ici a La Ch^tre ?
240 UNE NLIT A CHATEAUROUX.
CORISANDE
Neuf.
BALANOARD.
Eh bien, avec la poste, c*est Tafifaire de deux heures et demie. En partant d'ici d huit heures, vous aurez encore plus d'une heure d'avance pour faire votre toilette a La Chd.tre.
CORISANDE
Vous avez affaire ici ?
BALANDARD
J'ai affaire certainement, Tafifaire de dormir deux heures. Je ne suis pas comme vous, moi ! je n'ai pas ferm6 Toeil de la nuit.
CORISANDE
G'est juste, vous Stes si gentil pour moi que je ne peux pas vous refuser. Je m*en vas faire un tour dans la ville, aussitdt que les boutiques seront ouvertes, jc feral encore quelques petites emplettes. Ah ! mon parapluie, le temps est a I'orage et mes petits poulets, jc vas les faire boire. Allons, dormez tranquille, je vous ferai reveiller a huit heures moins un quart, et je commanderai les chevaux. Vrai, vous ^tes un charmant horn me I
BALANDARD
Et vous une charmante femme,
Elle sort.