‹ Le théâtre des pòetes, 1850-1910Chapitre 12 sur 39 · LECONTE UE LISLE S · texte numérisé non relu

LECONTE UE LISLE S

t^inale (\\m Eschyle et d'un Euripide... El toutes ces expressions qui prclendenl demeurer grecques en français ont le tort d'être trop ^reccjues et de n'être pas assez françaises, et même elles ne sont pas suffisamment grecques pour qu'on les excuse d'être si peu fran- (jaises. Elles ne sont que de vains ornements, des oripeaux de pacotille...

Heureusement, Lcconle de Liste, grâce à son génie, a réalise par ailleurs, en dépit de ces projets de reconstitution préhistorique, le poncif de la beauté grecque des âges classiques... il a donné à celte beauté plus de raideur -cprelle n'en comporte. Elle est plus souple, i! l'a faite plus empesée. Mais une langue ferme <'t sûre, des vers pleins et d'une grave sonorité, des expressions nobles <4 magnifiques qui ne sont point accumulées, entassées, mais au contraire se préparent et s'appellent, l'austère et simple harmonie de la ligne, une éclatante netteté, une s])len<leur pour ainsi dire sculpturale. Il se conqilait tellement dans red'ort de créer cette beauté régulière et pure en son ampleur, que malgré lui il développe le diame d'Eschyle au moment même où la rapidité haletante du dialogue est d'autant plus utile qu'elle est plus tragique. Quand Oreste est sur le point de tuer sa mère, il lui fait adresser des imprécations véhémentes et saccadées. Et ('lytemnestre réplique en peu de mots que l'angoisse croissante fait se heurter... On 'est tout secoué par ce dialogue pathétique où Eschyle s'affirme dramaturge autant que poète. Leconle de Liste adapte Eschyle; mais il est à peine dramaturge, et il est poète on ne peut plus, il est poète magniiiquement. Alors, Oreste et Clytemnestre, avant que sous la contrainte de la fatalité celle-ci ne soit égorgée par celui-là, échan gent des discours. Ils parlent longuement et leurs pro-

pos se déroulent en périodes el ces périodes ont du nombre... Ainsi Leconle de Lisle oublie la vérité des mœurs préhistoriques : il oublie la vérité humaine: le dramaturge cède. Le poète se dépense tout entier pour réaliser Teurythmie majestueuse que, artiste imperturbable, il a rêvée constamment.

... Et n'attribuons pas aux Erinnyes^ à VApollonide une importance excessive dans l'œuvre du poète qui écrivit les Poèmes barbares, les Poèmes antiques, les Poèmes tragiques. Leconte de Lisle n'a pas écrit une œuvre dramatique originale; mais il a exercé une influence incontestable sur tous les écrivains qui s'inspirent plus ou moins docilement, plus ou moins librement des tragiques grecs. Il mérite d'être nommé président honoraire de l'Association amicale des Adaptateurs.

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