‹ Le théâtre des pòetes, 1850-1910Chapitre 16 sur 39 · FRANÇOIS COPPÉE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS COPPÉE

Le poète François Coppée occupa les dernières années de sa vie facile, agréable, bonne, par d'estimables manifestations politiques de vieux petit employé retraité, inoffensif et braillard. On lui fut indulgent, car on l'aimait. Les spectacteurs malicieux de ces innocentes agitations le comparaient seulement, comme fit d'abord avec nonchalance et avec esprit tel observateur indolent et narquois des mœurs contemporaines (i), à un moineau parisien qui aurait fait son nid dans un bonnet à poils. Peut-être sa ferveur politique était-elle entretenue simplement par l'énergie de ses sentiments honorables et rudimentaires. Peut-être, François Coppée, toujours un peu glorieux en véritable enfant de Paris, était-il à son insu poussé aux réunions publiques et aux groupements populaires parce que les succès qu'y rem,porle un poète de foi sont aussi bruyants — aussi éphémères et aussi vains — que les succès remportés au théâtre par un consciencieux ouvrier dramatique habile à maçonner des vers éloquents.

(1) Cf. Francis Chevassu, Visages.

H<A.\(;OIS COPPEK IIH

Le poète des Humbles avait toujours triomphé avecbruit et le théAtre lui fut favorable — comme la vie. C'était en 1869. L'univers n'attendait rien du tout. Mm jeune homme inconnu lui apporta quelque chose : le Passant. Le lendemain on ne connaissait plus que lui. Et ce passant était invité à rester. Il resta — dans la gloire qui fut pour lui pleine de sollicitude. La gloire le chérit si tendrement ! Kt la douce chanson de Zanetlo retentit obstinément. Tant d'années écoulées, elle n'a pas cessé tout à fait de retentir encore! L'avènement de François Coppée parmi les sourires et la beauté des Heurs, des femmes et de la poésie, demeure un incident exceptionnel et prodigieux dans l'histoire de notre littérature. Le poète était allé à la foule et, du premier jour, la foule était venue à lui. Triomphe heureux et maléfique ! Depuis lors, u le petit acte » pullule... Mais Franc^^ois Coppée, ayant écrit le Prt.ssrt/2/, eut l'esprit de ne point le recommencer. Il ne prit plus le chemin discret des cœurs. Il fabriqua des })ièces patriotiques, pieuses, vertueuses et nobles et sensibles, oh ! sensibles ! comme Deux Douleurs, Fais ce que dois y r Abandonnée et puis de gros drames, de très gros drames à cette fin d'émouvoir puissamment. Il avait bien les dons requis et ses coups portèrent. Severo Torelli fut accueilli par les exclamations de spectateurs qui s'écriaient d'enthousiasme. Et les journaux du temps nous ont transmis le témoignage de ces fièvres, de ces ravissements, de ces extases. Lorsque Pour la Couronne fut représenté, les mêmes frissons secouèrent les mêmes foules. Il ne suffit plus au peuple surexcité d'applaudir sans fin les ténébreux héros de ce sombre drame. Coppée triomphateur fut traîné sur la scène, fêté par des ovations délirantes mal d'accord avec la modération française, et

le poète, un soi]-, se sentit devenir dieu. Emile Faguel, historien profond et luxuriant des grandes intelligences littéraires, pensa se trouver en face d'un événement inoubliable et il constata chaleureusement : « On peut, j'en suis sûr, reprendre Pour la Couronne sans aucune <irainte ou hésitation, tant qu'il y aura un théâtre en France. Le public vibrera toujours. M. Coppée a dit avec une jolie modestie : « Béranger? On dira de lui « ce qu'on voudra; mais si j'avais fait les Souvenirs du « Peuple je serais tranquille du côté de la postérité. » Coppée peut se dire : « Je suis tranquille du côté de la « postérité : j'ai fait le Reliquaire, le Passant, Severo « Torelli, mais surtout mes Souvenirs du Peuple; j'ai « mon troisième acte de Pour la Couronne. » On dit ces choses, et presque autant en emporte le vent. Et les plus retentissantes victoires de théâtre ne déterminent pas toujours des conquêtes solides.

La plupart d'entre elles sont fugitives parce qu'elles sont occasionnelles. Succès dramatiques de l^rançois (Coppée, succès de circonstances ! Donc, le jeune Coppée s'était présenté au monde joyeux du second Empire déclinant, pour lui raconter sa petite histoire de grâce et de sentimentalité. Silvia, courtisane de Venise, s'ennuie en déshabillé blanc, accoudée sur la rampe de la terrasse d'une maison de plaisance et contemple rêveuse le paysage lunaire, et le ciel plein d'étoiles. Elle aspire à l'amour, à « la belle amour, la vraie amour... »

Je souffre. Vivre ainsi sans amour, est-ce vivre '! Je n'ai rien, ni la fleur qui sèche dans un livre, Ni les cheveux gardés, ni le mot si touchant Auquel, tous les minuits, on pense en se couchant. Ma vie est sans plaisir comme elle est sans alarmes. Ilélas ! et j'ai perdu jusqu'au secret des larmes !

FRANÇOIS coppii: nn

Or, voici Zaïiello ol Tavril, et le >oU'il (|ui re\ ieiil d'exil et voici de l'azur, et des tleurs, des roses, des clématites, des lilas, et voici du printemps, des papillons, des tourterelles, des gazelles, des hirondelles, des roi telets, des abeilles, des passereaux, des oiseaux de mille sortes enfin et toute cette exquise ménagerie poéti(iue qui obtient tani de succès sur le mail dans ses tournées à travers les pays bouri^eois. Et voici des mousses et des lianes, et des lacs. Et voici des luths et des guitares et des mandolines. En avant la musique ! C/est Zanetto lui-môme qui chante son petit air. Voici ramoui', « la belle amour, la vraie amour » ! Il va dormir la nuit, sur un banc, dans ce parc de rencontre [et (le féerie. Silvia s'éveille. Oue fait Zanetto? Il voyage, bohème souriant et joli parleur. Il ne fait point de halte, (d n'a point de maison calme, pas d'amoui* au cœur.

Si j'aimais, je perdrais cette marche légère Et tant que je pourrai, je n'aurai pour fardeaux Que ma plume au bonnet et ma guitare au dos; lu amour daus le cœur, c'est un si lourd l);iLrni*e!

Siivia l'aime tléjà. Elle ratteudait. Zaucilu resterait

bien chez cette femme belle, bonne, si belle, si bonne.

11 serait son page. Il garderait sa mandoline. En avant

la musique I Silvia l'aime déjà ! Hélas ! son amour est

mauvais. C'est un amour de « froide et uu'^chante sou-

•'laine » Silvia ferait souflVir Zanetto, Zanetto, un

ufant! Elle s attendrit, écarte Zanetto de la Silvie,

i'elle-mème :

Je connais la Silvie et j'épronve pour elle De la pilié, sachant qu'elle est, en vérité, Capable d'un moment de générosité Envers celui que son innocence protège.

Mais au cruel désir de marcher sur la neige Pourrait-elle longtemps résister ? C'est moins sûr, Car, au fond, elle hait le naïf et le pur.

Zanetlo devient mélancolique en dépit qu'il soit jeune, et, chemineau d'opéra-comique, « poétise » en vrai troubadour :

Je tremble De reprendre ma route éternelle. Il me semble Qu'il n'est plus par ici de sentier conduisant Au bonheur ; et j'ai peur de choisir à présent. Choisissez donc pour moi. Soyez d'intelligence Dans cette occasion avec ma bonne chance ; Je pars, mais je prendrai pour me mettre en chemin Le côté vers lequel vous étendez les mains. Choisissez.

Silvie s'oriente, et, courageuse jusqu'au bout : Allez donc du côté de l'aurore.

Zanetto, désespéré, mais toujours jeune, s'en va.

Fantaisie lyrique, avait dit le jeune poète. Son lyrisme n'était point très puissant, sa fantaisie n'était point très vigoureuse. Mais la fantaisie et le lyrisme avaient tant de grâce en leur faiblesse! Et Silvia et Zanetto partaient uniquement d'amour, chantaient seulement un long duo d'amour. Le duo était long, mais la musique en était si sincère et si pure ! Etrange composition dramatique que cette lente dissertation aux contours sinueux ! Ce n'était point du théâtre, pas plus que la Nuit d'octobre de Musset que, à cette époque, on massacrait sur la scène. Et Silvia et Zanetto sont mieux faits pour être entendus dans l'intimité des cœurs. Néanmoins la grâce du poète fut la plus forte... Et on

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se prit à goûter passionnément cette charmante simplicité sentimentale parmi les honnêtes séductions de la belle nature, les oiseaux jaseurs et les ruisseaux murmurants... Car il y en avait des ruisseaux et des oiseaux ! Et ils murmuraient et ils jasaient I Ils jasent et ils murmurent encore aujourd'hui. Ils sont infatigables et un peu monotones. Mais ils sont gentils ! Alors, ils n'étaient pas que g^entils ! Coppée, en écrivant sa bluette scrupuleuse, avait, sans y prendre garde, écrit une g^rande œuvre symbolicjue ; les véritables œuvres symboliques sont celles qu'on écrit sans y prendre garde. Coppée, en modulant son petit chant mélodieux, ramenait au bercail les brebis égarées. La vieille garde déposait les armes, et les jeunes fêtards pleuraient d'attendrissement. Au son des marches folles d'Ofl'enbach, on commençait à méditer gravement sur la vie. François Coppée apprenait aux cocodettes cascadeuses et bambocheuses la franchise et le sérieux dans Tamour. Il ne les contraignait point à une dure pénitence, mais il les engageait à une douce retraite — où elles pourraient, rêvant encore des plaisirs passés, apprendre à estimer des plaisirs nouveaux, plus profonds et plus calmes, sous le ciel souriant. Trop de fleurs, disait précisément Calchas ! Mais que ces fleurs sentaient bon ! Une société, fatiguée d'amusements, se plut à en respirer le parfum loyal et Ionique... Voilà comment François Coppée, à vingtquatre ans, commis d'écritures dans un ministère, était, sans le savoir, moraliste. On est tant de choses quand on est vraiment poète !

Mais où sont les fêtes et les repentirs d'antan ! Où sont les circonstances qui, d'un poème, dialogué posément, et où s'étalait avec élégance une si délicieuse

ingénuité, firent une date dans l'histoire, je veux dire dans les .historiettes du Second Empire ?... Maintenant raimablepifferaro des prés outrageusement fleuris qu'arrose la Seine et des vallons qui la bordent, est devenu un terrible homme de meurtres et de sang. Il a fréquenté chez le Luthier de Crémone et, sans bonheur, chez Mme de Mainlenon. Il écrit Sei^ero Torelli. Il écrit Potzr la Couronne. Il raconte d'effroyables aventures qui sont arrivées, dans des époques où l'on n'avait pas froid aux yeux, à des gens très nobles ou très criminels î... Eh bien!... en attendant la suite au prochain numéro, on trouve dans ses ouvrages des beautés sublimes que le poète n'y a peut-être pas mises... On leur prête un sens que le poète ne leur a certainement pas donné. Ils deviennent symboliques à leur manière. Et on acclame surtout ce vieux Brancomir parce que dans les drames de claires complications et d'intrigues embrouillées avec ordre, dont les héros sont Bulgares et Serbes, les décors apparaissent comme la revanche de l'esprit français ou môme latin contre l'esprit Scandinave ou même germanique ou simplement septentrional. Les Goppée détrôment les Ibsen. Vive l'armée î Vive la* France ! Goppée est un auteur que l'on doit aimer pour la patrie si on ne l'aime pas pour la littérature.

Il a vaincu la septentriomanie... Goppée a vaincu la septentriomanie, et il ne se doutait même pas qu'il l'avait combattue... Qu'importe I On s'empare d'une œuvre, on l'interprète selon ses désirs, on lui assure un triomphe. Triomphe occasionnel. L'occasion s'enfuit ; et le souvenir même du triomphe se dissipe.

rHA.Ni.Ui.- i..Oi'i'l.l.

En vérité, François ('oppée élail un |)oéte sans malice qui racontait au théâtre des romans-feuilletons très noirs. Ces romans-feuilletons n'étaient môme jamais assez noirs; ('oppée « en ajoutait » toujours.

Et par exemple, Taventure de Severo Torelli n'est pas dans une musette ». Severo est désigné par « la voix publique », pour tuer Spinola, tyran de Pise, cruel, libidineux, énerij^ique et artiste comme tous les tyrans que vous comptez parmi vos amis et connaissances. 11 est désigné pour une raison peu banale. Son père a été gracié par Spinola à l'instant que la hache du bourreau allait lui trancher la tête. Alors, Batisla Torelli a quitté sa fâcheuse position, et orateur qui revient de loin a dit tout de go, à Rarnabo ahuri :

Barnabo Spinola, j'accepte ta clémence, Mai$ on ne dira pas qu'un Torelli t'ait dû Ce bienfait infamant sans te l'avoir rendu. Je te fais grâce aussi; contre toi, je désarme. De mon côté, sois donc désormais sans alarme ; Mais seul, par ce serment, je me lie aujourd'hui, Et s'il me naît un fils, tyran, prends garde à lui.

Et allez donc, c'est bien son lils ! Charles VIII, roi de France pour vous servir, est entré en Italie. Il va mettre la main ou le pied sur Florence. Les Pisans songent à se donner de l'air. Conspirez, jeunes gens ! Severo Torelli mène la bande. Sur l'hostie d'un moine peu loyaliste il jure avec trois compagnons d' « estourbir » le podestat Spinola. Le père de Severo est enchanté : il n'a donc pas prononcé des paroles vaines. Mais sa mère n'est pas

contente : on ne supposerait jamais quels secrets se cachaient à cette époque dans le cœur des femmes de Pise. Elle dit, sur le mode tragique, à Severo qui n'en peut mais : u Tu ne peux pas tuer le podestat ? Devine pourquoi tu ne peux pas tuer le podestat. Non tu ne devineras pas pourquoi tu ne peux pas tuer le podestat ! » Severo donne sa langue au chat, et sa mère Dona Pia, médiocrement triomphante d'ailleurs, indique sans retard la solution de ce petit rébus des familles :

Parce que tu n'es pas le fils de Torelli,

Et que... sans en mourir, faut-il que je le dise

Ton père est Spinola, le gouverneur de Pise !

Quelle affaire ! Severo Torelli est abasourdi. Puis il est très ennuyé. Et d abord il n'est pas poli pour sa mère. Ensuite il est bien en colère. Et, quand même, il tuera son papa, le podestat Spinola, na ! Il aime autant, somme toute, commettre un parricide — crime sans importance à Pise, — que manquer à la foi jurée, jurée sur rhostie d'un moine peu loyaliste... Et «1 va, et il va, le terrible jeune homme ! Spinola est entré dans une église, car il est pieux autant que libidineux. Severo se trouve là comme par hasard. Des conversations, évidemment ! Spinola, menacé, et assez embarrassé, — dame ! mettez-vous à sa place ! — provoque en se retirant :

Sur cet autel où Dieu sacrifia son fils

Si tu l'oses, toi, fils, viens égorger ton père I

Frappe au cœur, et mon spectre, enfant de l'adultère,

Te poursuivra partout dans son sanglant linceul.

Ils étaient très éloquents, ces Pisans ! Pourtant Sevei ne veut rien savoir, et marche comme un seul homm<

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le poignard en bataille. Mais Dona Pia, qu'est ce donc ([irelle faisait là, derrière raulel? na pas non plus son poignard dans sa poche. Rapide comme un zèbre, son poignard précède le poignard de son fils dans le cœur de cette canaille de Spinola, et cette terrible femme se lourne alors vers l'honorable assistance des conjurés :

. Pise est libre aujourd'hui.

Mon tils allait frapper ! Je l'ai fait avant lui. Ce desposte a péri de la main d'une femme, Car je ne voulais pas que l'enfant de mon àme, Qui sortit de mon être et qu'allaita mon sein Se souillât de ce meurtre et fut un assassin.

Ayant ainsi parlé, celte bonne mère se lue avec célérité et discrétion. Tiens, on dirait du sang!... Mais en voilà une histoire !

Et celle-ci! C4onnaissez-vous Michel Brancomir? Il est prince, comme tout le monde d'ailleurs, dans les Balkans. C'est un assez brave homme. Prenez garde à lui. L'esprit est prompt et la chair est faible. Précisément, l^rancomir est pourvue d'une jolie femme Bazilide, ambitieuse comme on sait l'être par là-bas... Elle propose donc à son vieux Brancomir de trahir sa patrie, essentiellement» balkanique, au profit des Turcs qui le feront, lui, roi, et qui la feront elle, reine. Mais le jeune Constantin, fils de Michel, patriote comme pas un et vertueux comme la vertu, a écoulé — le hasard est si grand dans les Balkans ! — la conversation de Michel Brancomir et de l'artificieuse Bazilide. 11 tue son père par amour pour sa patrie. Cependant, la trahison est un crime si infâme !

Vieux souvenirs de gloire et d'héroïsme, à l'aide I Promesses de jadis, exploits des temps passés.

ll>2 LE THEATRE DES POIITES

Et faites le rougir de sa trahison vile I

Dites-lui que demain, à son entrée en ville,

Ses étendards pendus aux portes du palais,

Au passage voudront lui donner des soufflets.

Dites, oh î dites donc au héros qui défaille

Que ses soldats, tombés sur les champs de bataille,

Savent qu'il a rêvé ce crime exorbitant,

Qu'ils eii parlent entre eux sous terre et qu'on entend

Quand on passe, le soir, vers leurs tombes guerrières,

Un murmure indigné courir dans les bruyères !

Il parie bien, lui aussi I Tout le monde parle bien ilans les Balkans ! Cependant Bazilide — ces bellesmères n'en font jamais d'autres — accuse Constantin de la trahison que Michel a commise. Elle accuse ; elle fait mieux : elle prouve ! Constantin n'ose pas avouer la monstrueuse ignominie de son père : il a, cette fois, bouche cousue. Il est donc condamné à passer le reste de ses jours dans un détestable farniente enchaîné aux pieds de la statue de Michel Brancomir que les peuples balkaniques, facilement dupes, considèrent comme un patriote de derrière les fagots. Il n'est pas gai. Alors la petite Militza, une esclave et courtisane qui lui était échue comme butin de guerre après un combat contre les Turcs, la petite Militza qu'il avait sauvée, ce qui était aimable de sa part, et qu'il avait respectée, était-ce donc si nécessaire ? vient l'embrasser pudiquement et le tuer par gentillesse d'un poignard bien aiguisé afin de le délivrer d'une rigoureuse et importune vie !... Et maintenant à qui le tour?

... Tels sont les terribles produits de la verve de François Coppée. II avait une sensibilité délicate, mais une sombre imagination. Il n'a pas voulu éci'ire de ro-

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!iiaiis-reiiill(;loiis : il :) voiiln prouver (|iril aurail pu 1 es écrire !

Cerlcs, les (i3uvres théâtrales do- François Coppée ont les qualités excellentes qui les font plus «lurables que (les romans-feuilletons — en les faisant aussi plus littéraires, ('.e Parnassien écrit correctement. La correction cpii est une (jualilé lilléraire appc^lle la nelleté el la feruieté (jui sont des qualités théAtrales. Trame» serrée. Style solide. Non seulement solide, mais sonore, hune pleine et ample sonorité. Un vers vigoureux couime de la prose. Kn outre, un vaillant lyrisme oratoire. François Coppée développe volontiers des lieux couimuns. 11 lein^ laisse toute leur grandeur et leur ij;énérosité. 11 ne s'a})plique point à les faire plus nouveaux qu'ils ne sont, et les exprime tels quels, franchement, hardiment. Au surplus, si les pensées sont nobles, elles le sont avec sincérité. Les nobles pensées viennent du cœur. Beaucoup sont venues depuis longtemps des cœurs héroùpies. Mais elles viennent aussi du «œur de ('oppée. Coppée pense à son tour ces pensées. Il n'a pas l'air de les découvrir. Du moins elles jaillissent avec une vigueur spontanée. Et elles surgissent opportunément, car si les héros de François Coppée sont enclins à parler magnifiquement, et ont tous le don de la parole, ils ne parlent qu'au bon moment et de la bonne manière. Us veillent à ne point ralentir faction par le discours. Leurs discours sont dans l'action. Leurs discours apparaissent comme l'exaltation de leurs énergies actives. Rhétoriciens? Non pas. Us ne sont pas rhétoriciens les orateurs que la passion anime. Ils sont

12\ LE THEATIIE DES injETES

orateurs : voilà tout. Lorsque Constantin a tué le coupable auteur de ses jours, il s'écrie sans avoir besoin (le faire eiîort sur lui-même :

Vous êtes les témoins, astres, regards de Dieu ! Mais devant ce cadavre et devant cette flamme, J'ose vous regarder et vous montrer mon âme, Mon père allait trahir sa pati'ie et sa foi Etoiles, j'ai tué mon père... jugez-moi !

A l'accoutumée, les parricides laissent les étoiles bien tranquilles. Mais Constantin est un parricide d'exception. C'est un parricide au grand cœur. Il peut donc brûler au feu des étoiles. Il brûle pour la bonne cause. Et son éloquence, qui convoque le* ciel et la terre, est pathétique parce qu'elle est naturelle.

Assurément, il n'y a pas, surtout au théâtre, d'éloquence sans formules et sans procédés. François Coppée les emploie tous et toutes: et particulièrement Tanlithèse. Ainsi,

Tu lui dois ton secret; elle serait jalouse Et pour le grand péril où tu vas t'exposer Ma bénédiction ne vaut pas son baiser.

On peut discuter : on peut même prétendre que dans certain cas la bénédiction du père est préférable au baiser de la mère... Mais il n'est pas indispensable que l'antithèse satisfasse entièrement l'esprit. Le tout est qu'elle frappe droit, qu'elle frappe dur. Les antithèses de Coppée ont presque toutes cette vigueur, ce relief, cette intensité. Elles ne se répandent pas, elles se ramassent en un vers — qui est un vers de théâtre, qui est le vers de théâtre. Et vous savez que le vers de | théâtre est un vers qui peut dire quelque chose, ou "

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