‹ Le théâtre des pòetes, 1850-1910Chapitre 3 sur 39 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

librement ses imagiualions de poète draniatique. Le romantisme prolonge assurément son inlluence sur le théâtre des poètes. Et Victor Hugo reste un dieu. Mais ce dieu n'est plus omnipotent : on sent déjà qu'il ne sera plus éternel. Il n'est pas de poète maintenant qui ne soit dieu au moins pour luimême, qui ne soit dieu dans une certaine mesure. Celte période de l'histoire du théâtre des poètes est celle où s'épanouissent les individualités indépendantes. Des siècles privilégiés en connurent de plus fortes, de plus originales, et qui furent profondément et universellement dominatrices. Je n'ai point de Shakespeare dans ma collection. Aucun Corneille et nul Racine à révéler. Mais les poètes dramatiques qui, pendant la seconde moitié du dix-neuvième siècle se sont partagés l'empire, sont mieux que les lieutenants d'Alexandre, et plus que la monnaie de Hugo. Ce qu'il fallait démontrer. Le moindre d'entre eux vit avec intensité d'une vie ingénieuse et spirituelle qui lui est propre. Et le plus grand, traduisant en son onivre éblouissante '3s métamorphoses de l'âme française, a la personnalité la plus vive et la plus souple, et la France elle-même a pensé se retrouver en lui. Rapprochés, ces poètes, merveilleusement disparates, parce que prodigieusement libres, forment une troupe digne d'admiration dont l'harmonieuse variété est plaisante extrêmement.

Xll PRÉFACE

Historien d'une époque littéraire intéressante précisément parla diversité et par l'indépendance des personnalités qui affrontent la gloire, je me suis voué à caractériser chacune d'elles. Si j'ai dégagé l'évolution des doctrines dans la confusion des genres, je l'ai dégagée accessoirement car cette évolution est, en effet, depuis i85o, accessoire. J'ai dessiné des portraits. Analysant des poèmes dramatiques, j'ai voulu peindre des êtres. Puisse l'histoire du théâtre des poètes y gagner en animation, et la vie de ses héros circuler en elle ! Toutefois je tiens pour certain que l'emploi de cette méthode s'imposait en un tel ouvrage, et que l'œuvre y gagne en exactitude et en vérité.

Et maintenant suivez, s'il vous plaît, le sublime ou gracieux combat des poètes qui se pressent au théâtre depuis soixante ans. Leurs œuvres se heurtent et se contredisent ; mais en elles triomphe incessamment la noblesse de l'esprit et du cœur. Par elles la tradition nationale se prolonge en se renouvelant. Elles rendent des sons différents : toutes rendent un son français.

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