‹ Le théâtre des pòetes, 1850-1910Chapitre 35 sur 39 · MAURICE BOUCHOR B · texte numérisé non relu

MAURICE BOUCHOR B

Dans notre immense eiïort commun vers la justice? Accepte ici l'obscur et complet sacrilice, ^)ue notre douleur pèse un instant sur tes bras ; Donne ta vie à tous, en tous tu revivras 1

Plus loin, car la fantaisie de Maurice Bouchor est diverse et sa bonté est inépuisable, le poète cherche et trouve des légendes dont la signilication morale peut s'adapter à la vie contemporaine. 11 prend un des contes populaires allemands recueillis par les frères Grimm : Monsieur Pointu. 11 s'agit d'un patron cordonnier fort déplaisant,[qui sait tout mieux que tout le monde et ne cesse de reprendre les uns et les autres aigrement. Transporté au paradis, où il continue d'exercer son humeur critique, il en est assez rudement congédié... Maurice Bouchor intervient et M. Pointu est un mauvais patron qui pressure ses pauvres ouvriers Crépinet et Tige-de-Botte et leur refuse... le bénéfice de la loi sur le repos hebdomadaire. Heureusement saint Pierre le convertit au progrès social. M. Pointu otî're à ses ouvriers des loisirs et du vin muscat, et tous avec saint Pierre et les anges Ithuriel et Azilulh, chantent de concert la joie du repos après le travail...

Ainsi, Maurice Bouchor combine les légendes avec la vie et mêle des personnages qui n'ont point l'habitude dé se rencontrer. Ici, les anges et les saints conversent avec les ouvriers cordonniers. Là, les fées discutent avec les rois et le peuple. Ailleurs, Papillon et Papillonne, Limaçon, Grillon, Vert-Luisant, Abeille, Fourmi,. Cigale causent avec Bose, Marguerite, Violette, et l'Apparition leur tient des discours inattendus, mais intéressants. Ailleurs, le paysan Barthomieu, son fils Myrtil, le vieux berger Farrigoul et la jeune bergère

Marjolaine s'entretiennent avec saint Joseph, l'archange Gabriel, les Rois mages, l'Ane, le Bœuf et l'Étoile. Ils sont sans aucune gêne, parce qu'ils sont simples et francs. L'ange Gabriel dit très délibérément :

Amis, je viens à vous, confiant et joyeux. J'ai quitté pour vous seuls le royaume des cieux ; J'en arrive à l'instant. Vous le voyez, mes ailes Témoignent que je viens des splendeurs éternelles.

Puis, il indique très raisonnablement l'esprit dans lequel il faut entendre le Mystère de la Nativité et même l'œuvre entière de Maurice Bouchor :

Écoutez donc, vous tous, comme de vrais enfants ; Soyez humbles de cœur, fussiez-vous très savants. Tâchez, tout en riant aux plus joyeux passages, D'être jusqu'à la fin recueillis et bien sages.

Au surplus, ces personnages de tous les mondes et de toutes les origines peuvent se mêler sans inconvénient, puisqu'ils servent à l'expression symbolique des idées. Les plus gracieux caprices poétiques de Bouchor traduisent de beaux et profonds symboles, et les conclusions morales n'arrivent à nous qu'enveloppées de symboles et recouvertes de poésie. Les personnages aussi sont des symboles. Et si TAne et le Bœuf parlent dans Noël, c'est qu'ils ont pour mission de prouver que la religion du Christ étant la religion de la bonté, cette bonté doit s'étendre à toutes les créatures, aux animaux comme aux hommes. Et si des paysans qui ont bien l'air d'être de chez nous se groupent auprès de la crèche de Bethléem, c'est qu'ils ont pour mission de prouver que le Sauveur a entrepris le rachat des humbles comme le

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