LECONTE DE LISLE 7S
aimable émotion. Elle est un beau conte pour les grands enfants. Leconle de Liste intervient, et plus rien ne reste de cotte ironie discrète et de cette fantaisie qui tantôt raille et tantôt s'attendrit. L'Apollontde c'est Ion desséché. Oli oui! vraiment, Leconte de Liste est plus pics du temps où les dieux apparaissaient aux hommes; mais (pi'Euripide est donc un poète plus agréable I
Aussi bien lorsqu'un adaptateur français se flatte de faire la loi aux tragiques grecs et de leur donner, quand il lui plait, de grandes et terribles lerons, on a le droit d'exiger qu'il ait des idées nettes et cohérentes.
r/est beaucoup exiger d'un poète. Leconte de Lislc, l'ti déi)it de sa volonté systématique de rétablir la vérité grecque déformée par Eschyle et par Euripide, hésite el se contredit. Il ne semble pas toujours que les mœurs de la Grèce des légendes lui soient très familières, et lui ([ui en remontre aux tragiques, il dénature M son tour la vérité grecque.
Lorsque Agamemnon revient vainqueur de Troie, i lytemnestre qui va l'assassiner l'abuse par ses compliments. Elle parle beaucoup et Agamemnon l'arrête :
(( Femme tu as mesuré la longueur de ton discours sur la longueur de mon absence. » Glytemneslre, cependant, suit son dessein, et, comme pour exciter la jalousie des dieux à qui les orgueilleuses prospérités des mortels sont importunes, elle fait étendre sous ses pas des tapis de pourpre. Agamemnon écarte d'abord ces impertinents hommages, puis il cède par condescendance. Leconte de Lisle reproduit la scène, mais il la rend méconnaissable et inexplicable. Clytemneslre accueille Agamemnon par un long discours. Elle ment avec une solennelle éloquence :
S(l U: THÉÂTRE DES POÈTES
Voici rhomme ! Voici l'active sentinelle
Du seuil, celui qui m'est plus doux et plus sacré
Qu'au, lointain voyageur ardemment altéré,
Le frais jaillissement de Teau qui le convie !
Viens donc, ô maître ! orgueil dHellas et de ma vie,
Et foule fièrement, d'un pied victorieux.
Cette pourpre qui mène aux palais des aïeux î
El les femmes de Glytemneslre étendent des lapis de pourpre devant Agamemnon. Mais celui-ci répond déjà avec une sorte de colère :
Pour toi, femme, ta bouche a parlé sans raison.
J'entrerai simplement dans la haute maison ;
Je veux être honoré, non comme un Dieu, non comme
Un roi barbare enflé d'orgueil, mais tel qu'un homine.
Sachant trop que l'envie aux regards irrités
Rôde dans lombre autour de nos félicités ;
Il convient d'être sage et maître de soi, femme !
Glytemneslre insiste parce qu'elle sait ce qu'elle veut :
Chère tête ! consens ! J'ai ce désir dans l'àme. Puisque les jours mauvais ne sont plus, il m'est doux D'honorer hautement et le maître et l'époux, Et le vengeur d'Hellas. Roi des hommes, sans doute, Cette pourpre t'est due et plaît aux dieux...
Alors Agamemnon réplique brutalement :
Écoute, Femme ! garde en ton cœur ma parole : obéis ! L'âpre terre, le sol bien-aimé du pays M'est un chemin plus sûr, plus somptueux, plus large. J'ai, sans ployer le dos, porté la lourde charge