‹ Le théâtre édifiant: Cervantes - Tirso de Molina - CalderonChapitre 120 sur 181 · SCÈNE XXII · texte numérisé non relu

SCÈNE XXII

LE JUGE, LES PAYSANS, GAL\AN prisonnier, PE- DRISCO, PAULO mort et caché dans les branches.

LE JUGE

Si le capitaine nous a échappé, c'est faute de diligence.

UN \'ILLAGE0IS

Mais je l'ai vu tomber et rouler du haut de cette roche, le corps percé de mille flèches.

LE JUGE

Quel est cet homme ? Arrêtez-le.

PEDRISCO, á part.

Ah! malheureux Pedrisco, cette fois l'on va bien t'arranger.

UN SECOND VILLAGEOIS, montrant Galvan.

C'est le valet de Paulo et le complice de ses crimes.

GALVAN

Tu mens comme un villageois ; je ne fus jamais qu'au service d'Enrico.

PEDRISCO, has á Galvan.

Galvanito, petit frère, par l'amour de Dieu, ne me fais pas reconnaître.

LE JUGE, (i Gatean.

Si tu le sais, dis-moi où se cache le capitaine et je te rendrai la liberté. Parle.

PEDRISCO

Vous le chercheriez en vain ; il est mort.

LK JUGE

Comment mort ?

PEDRISCO

Je l'ai trouvé a^^onisant ici même, Seigneur, le corps percé de iléches et de dards.

LE JUGE

Où est-il?

Je l'ai mis sous ces branches. (Il va pour écarte?' les branches et le corps de Paulo apparaît environné de flammes.) Quel spectacle effrayant s'offre à ma vue !

Si vous êtes à la recherche de Paulo, contemplez à loisir son corps environné de llammes et entouré de couleuvres. Je n'impute à personne les fautes dont je subis le châtiment. Seul je m'accuse, puisque je fus l'unique auteur de mes disgrâces. Un jour, je demandai à Dieu de me révéler le sort qui m'était réservé quand j atteindrais le dernier jour de ma vie. Je l'offensai, c'est certain. Comme il sentit l'offense, il suscita contre moi l'ennemi des âmes et lui permit de me poursuivre et de me tromper. Le démon révêtit la forme d'un ange; et je le pris pour un envoyé de Dieu. Si j'avais été ferme dans ma foi, j'aurais déjoué l'artifice ; mais je manquai de confiance dans l'immense pitié du Seigneur, et, aujourd'hui, quand je me suis présenté à son tribunal, il m'a dit : t Mon Père t'a condamné, descends au fond des abimes obscurs où tu souffriras des tourments éternels en punition de

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tes péchés. » Mille fois maudits soient ceux qui m'ont eng-cndrc! Et moi aussi queje sois maudit pour avoir manqué de confiance !

(// s'enfonce dans le sol et le feu sort de terre.)

LE JUGE

Ce sont là des mystères où se révèle la puissance de Dieu.

GALVAN

Pauvre et infortuné Paulo!

Et bienheureux Enrico qui jouit de Dieu!

LE JUGE

Puisque cet avertissement salutaire vous a profité, je renonce à vous punir et je vous rends à tous deux la liberté.

PEDRISCO, au juge.

Vis une infinité d'années. (A Galvan.) Frère Galvan, maintenant que nous voici tirés de ce mauvais pas, que comptes-tu faille désormais?

GALVAN

Désormais... je compte me faire saint.

PEDRISCO

Plus je te regarde et moins je te vois accomplissant des miracles.

GALVAN

Je mets en Dieu mon espérance.

PEDRISCO

Ami, que celui dont la confiance en la pitié de Dieu viendrait à s'ébranlerait présent à la mémoire l'exemple de Paulo.

LE JUGE

Assez. Allons à Naples pour y conter ce mémorable événement.

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