‹ Le théâtre édifiant: Cervantes - Tirso de Molina - CalderonChapitre 137 sur 181 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

GIL. MENGA. TIRSO, BRAS et TORIBIO qui portent le corps de LISARDO sur une civière, CURCiO, JULIA, ARMINDA, EUSEBIO, caché.

Oui donc a osé assouvir sa colère et la rougir dans sa poitrine? Quelles mains homicides, irritées de son innocence, se sont baignées dans mon sang? Hélas!

AKMINÜA

Songe, madame...

BRAS, Ú Curcio.

Ne le regarde pas.

Arrière !

Calme-toi, seigneur.

TIRSO

Amis, mon àme ne peut souffrir de contrainte. Laissez-moi voir ce froid cadavre, triste enveloppe de veines glacées, ruine du temps, œuvre du sort impitoyable, théâtre funeste de mes peines. Hélas, mon fils, quel tyran cruel a élevé un monument tragique sur le sable afin que de mes cheveux blancs je tisse ton linceul dans les plaintes et dans la douleur? Ah! mes amis, dites-moi le nom du meurtrier, qui a tué ce fils de l'existence de qui j'existais?

MENGA

Gil VOUS le dira, parce qu'il était caché dans les arbres et a vu porter la blessure.

CURCIO

Ami, apprends-moi qui ma ûté cette vie.

GIL

Je ne sais rien, si ce n'est que l'adversaire de votre fils s'appelait Eusebio.

CURCIO

Honte des hontes! Eusebio m'a ravi l'honneur et l'existence! {A Julia.) Excuse, maintenant, son amour ambitieux et cruel, vante la chasteté de ses désirs quand, à défaut de papier, il lui suffit de ton sang pour t'initier à ses desseins coupables !

JULIA

Seigneur...

CURCIO

Ne me réponds pas selon ta coutume, mais apprêtetoi à entrer aujourd'hui au couvent et prépare ta beauté à recevoir la sépulture avec Lisardo. Ma douleur altière se propose de vous ensevelir l'un et l'autre en ce jour : lui mort au monde, vivant dans mon souvenir ; toi vivante au monde, morte dans mon souvenir. Pendant que l'on dispose vos funérailles, cette porte demeurera fermée pour t'empêcher de fuir, et tu resteras en face de ton frère afin que sa mort t'apprenne à mourir.

(// sort.)

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