SCÈNE VIII
CURCIO
A qui n'est-il pas arrivé, succombant sous le poids des chagrins, de rechercher le repos dans la solitude afin de n'avoir aucun témoin de sa douleur? Moi, que
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tant de pensées af 11 ¡géantes assaillent, moi, dont les soupirs et les larmes font concurrence aux vents et à la mer, je veux, sans autre compag-non que moi-même dans ces muettes solitudes, je veux endormir ma souffrance en me souvenant des temps plus heureux. Ni les sources, ni les oiseaux n'écouteront mes plaintes car les sources murmurent et les oiseaux gazouillent; les saules rustiques seront mes seuls confidents, écoutant sans comprendre, ils ne parleront pas. Cette forêt fut le théâtre de la tragédie la plus extraordinaire que l'antiquité ait jamais enregistrée dans les annales de la jalousie et le témoin du prodige le plus étrange où se soient manifestées l'innocence et la vérité. Mais comment ne pas soupçonner l'innocence et ne pas se méfier de la vérité quand elles revêtent l'apparence du mensonge? La jalousie meurtrière de l'amour ne pardonne à personne. Ni Ihuniilité de la condition, ni la sévérité de la vie, ni la gravité des mœurs ne trouvent grâce devant elle. Ici donc, dans ce lieu même où retentit ma voix, Rosmira et moi... Faut-il s'étonner qu'à ce souvenir mon âme frissonne, faut-il s'étonner que la voix me manque, que chaque Heur me trouble, que chaque feuille mépouvante, que chaque pierre m'émeuve, que chaque tronc d'arbre m'effraie, que chaque rocher m'oppresse, que chaque montagne me soit une menace ! Tous ne furent-ils pas témoins de mon exploit infâme ? Je tirai enfin mon épée, mais elle, sans manifester d'émotion ni de crainte parce que l'innocence affronte calme et courageuse les périlleux orages de l'amour : « Cher époux, me dit-elle, modêre-toi. Si tu désires ma mort, je ne te demande pas de m'épargner, comment te disputerais-je une vie qui est tienne, je voudrais seulement savoir pourquoi tu me tues et je souhaiterais que tu me laisses fembrasser. > Je lui répondis : » Comme la vipère, tu portes dans ton sein celui qui doit te donner la mort. Je ne veux d'autre preuve de ton crime que la délivrance honteuse que tu attends. Mais tu ne