‹ Le théâtre édifiant: Cervantes - Tirso de Molina - CalderonChapitre 154 sur 181 · I..\ DKVOTKjN a I.A ( H(JIX :U(j · texte numérisé non relu

I..\ DKVOTKjN a I.A ( H(JIX :U(j

ElSEBro

.iiili.i. mocli're-toi.

Il II A

Que vt'ux-tu. apparition trompeuse, modelée sur mes idées et qui n'existe que pour les yeux ? \'iens-tu réveiller mes peines? Es tu la voix de mon imagination, l'enfant de mes caprices, le reflet de mes illusions? Serais-tu un fantôme errant dans la nuit froide?

EUSEIUO

Ecoute-moi, Julia. Je suis Eusebio. Je vis et je suis à tes pieds. Si j 'étais un être immatériel, si j'étais la pensée, je me fus toujours, je me fus partout attaché à tes pas.

.IULIA

Ta voix dissipe mon erreur, je suis désabusée, mais je sens que ma pudeur offensée aimerait mieux se trouver en face d'un fantôme à ta ressemblance que devant Eusebio vivant et agissant. Pourquoi violer cette retraite où je meurs dans les larmes, où je vis dans la douleur? Que souhaites-tu? Je suis toute tremblante! Que cherches-tu? Jeme sens défaillir! Que projettes-tu? Je suis glacée de crainte! Que prétends-tu? Je ne sais si je dois te croire ? Comment estu venu jusqu'ici ?

EUSEBIO

L'amour ne connaît pas de frein; ma souffrance et tes rigueurs ont, aujourd'hui, triomphé de ma volonté. Jusqu'au moment où je t'ai vue entrer en religion, l'espoir a tempéré la douleur, mais quand j'ai su que ta beauté était perdue sans retour, j'ai foulé aux pieds le respect dû à un asile sacré et les lois de la clôture. La faute mérite-telle le pardon, existe-t-elle seulement? En tout cas, elle nous est commune et je sens en moi deux tyrans qui l'excusent : la violence et le désir. D'ailleurs, ma prétention ne saurait déplaire au ciel.

Avant de prendre le voile, tu m'avais engagé ta foi et je ne sache pas qu'une même personne puisse être épouse et religieuse.

JULIA

Je ne nie pas le lien d'amour qui unit deux volontés dans le bonheur et je conviens de l'attrait invincible auquel je succombai. Je confesse aussi queje t'appelai mon époux bien-aimé. Tout est vrai; mais ici, en prononçant mes vœux, j'ai promis au Christ d'être sienne et je lui ai donné ma main et ma parole. Désormais, je lui appartiens. Que me veux-tu? Va-t'en, poursuis ton effroyable carrière, retourne dans ces lieux maudits où tu assassines les hommes et déshonores les femmes. Va-t'en, Ensebio, et n'espère aucun fruit de ton fol amour. Pour qu'il te fasse horreur, il suffira de te souvenir que je suis consacrée au Seigneur.

EUSEBIO

Plus ta défense est opiniâtre et plus grand est mon désir. J'ai escaladé les murailles du couvent, je t'ai vue ; l'amour ne vit plus seul en moi, une passion plus secrète s'y est associée. Cède à mon désir ou je dirai que tu m'as appelé toi-même, que tu m'as tenu longtemps enfermé dans ta cellule et, puisque le malheur m'a réduit au désespoir, je crierai : sachez tous. .

JULIA

Tais-toi! Songe, Ensebio... Le malheur est sur moi, j'entends des pas de ce côté!... On traverse le chœur. Cieux ! Je ne sais quel parti prendre ! Entre dans cette cellule et restes-y caché. Une peur piétine sur l'autre.

EUSEBIO

Que mon amour est fort !

Que mon étoile est cruelle !

{Ils sortent.)

QUATRIÈME TABLEAU

"Vue extérieure du couvent.

Page 1