SCÈNE IX
On A'oit paraître une dame nommée DOÑA ANA TRE- VLNO, UN MÉDECIN et DEUX DOMESTIQUES; Tous ces détails sont véridiques et historiques.
LE MÉDECIN
Que votre grâce sache bien que sa maladie met ses jours en danger; j'en parle en connaissance de cause
et mon devoir m'oblig^e à l'en prévenir, dût-elle souffrir ou non de cette nouvelle. D'un instant à l'autre la Parque prendra le couteau et, tout en parlant, votre grâce peut mourir. Je l'en préviens comme médecin et comme ami, et parce que je ne veux pas la tromper.
• ANA
Pourtant, il ne me semble pas que je sois si mal. Que voulez-vous dire ? Comment pouvcz-vous prévoir une fin aussi prochaine ?
LE MÉDECI.X
Le pouls, les yeux, le teint me l'annoncent et ils ne se trompent jamais.
ANA
L'amour a coutume de se regarder dans mes yeux.
LE MÉDECIN
Que votre grâce se confesse et qu'elle ne songe plus aux joies trompeuses de ce monde.
PREMIER DOMESTIQUE
Si tu parles sérieusement, voilà, Seigneur, un ordre bien dur et bien cruel.
LE MÉDECIN
Dajis les cas de cette nature, je nai pas l'habitude de plaisanter.
ANA
Il faudra que votre grâce me pardonne cette fois parce que je ne veux ni me confesser, ni suivre aucun de ses avis.
LE MÉDECIN
Mon devoir ne m'oblige plus qvi'à vous recommander à Dieu.
ANA
Il voudra bien me secourir. (Le médecin sort.)