‹ Le théâtre édifiant: Cervantes - Tirso de Molina - CalderonChapitre 70 sur 181 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

PAULO, en costume d'ermite.

O bienheureuse et fortunée demeure ! Solitude paisible et délicieuse, forêt profonde qui me donnez asile par la chaleur et par le froid, et dont l'herbe verte et le pâle genêt sont les hôtes coutumiers ! Quand l'aube sème de cristaux l'émeraude des feuilles et fête le soleil dont le char s'élance au-dessus deshalliers et dont les mains pleines de pure lumière soulèvent les voiles sombres de la nuit obscure, je sors chaque jour de cette grotte. La nature sauvage qui l'a construite au milieu des escarpements et de ces pyramides rocheuses appelle les nuages errants et, soumis à ses lois, ils lui composent, la nuit comme le jour. Tunique escorte qu'elle peut espérer en ces lieux. Je sors pour contempler le ciel, tapis d'azur sous les pieds du Tout- Puissant. O voile céleste, tissus de lumière qui pourrait un peu vous déchirer et apercevoir...? Hélas, je deviens fou! Mais si je sais la vanité de ce désir, je suis assuré. Seigneur, que vous me voyez du trône inaccessible, du trône étincelant où vous êtes assis servi par des anges beaux, plus beaux que les rayons du soleil. Je veux vous rendre mille grâces pour les faveurs que vous m'octroyez sans que je puisse rien vous rendre. Quand ai-je mérité que vous m'éloigniez

de la pompe du siècle qui est le seuil des portes de l'enfer? Quand, Seigneur divin, mon indignité pourrat-elle vous témoigner sa reconnaissance de m'avoir mis sur le chemin qui, si je ne l'abandonne pas, me conduira sûrement devant vous et, après cette victoire, à la renommée dans ces forêts? Ici, par les joncs et par les thj^ms, en redisant leurs amoureuses chansons, les petits oiseaux ne font souvenir de vous et à mon tour je m'écrie : e Si la terre peut donner une pareille gloire, quelle gloire ne donnera pas le ciel? » Ici, les ruisseaux, tourbillons de cristal sur un champ de verdure, chassent les soucis et leurs accents sonores remplissent l'âme d'une allégresse si vive qu'eux aussi me font souvenir de vous ! Ici, les fleurs sauvages embaument le vent et parent de leurs riches couleurs cette humble vallée. Leur beauté me confond ; humiliez-vous devant elles, carpettes et tapis barbaresques. Sois béni mille fois, Dieu très grand pour ces dons, pour ces faveurs, pour ces joies, pour les biens innombrables dont tu me combles. Ici, je promets de te servir, a3'ant renoncé aux biens périssables dans l'intérêt de mon salut. Ici, je m'engage à suivre ta voie sans m'en laisser détourner par aucune joie humaine et pour si grande que le monde ouvre la porte à la tromperie. Seigneur divin, c'est prosterné en toute humilité devant vous, c'est à genoux que pieusement je vous supplie, de me laisser toujours dans ce chemin. Pensez que l'homme fut fait d'une terre vile, d'une terre cassante et bien fragile.

(// entre da)is l'une des grottes.)

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