‹ Le théâtre édifiant: Cervantes - Tirso de Molina - CalderonChapitre 71 sur 181 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

PEDRISCO, portant une botte dherbes fraîches.

Comme un âne, j'arrive chargé de ces herbes dont la montagne est prodigue. Si je les mange, quelle digestion pénible je me prépare! Dire que je suis con-

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traint de brouter des herbes! Oui, moi, et que j'en suis réduit à me rég'aler de la nourriture que le ciel destina aux bêtes et aux animaux! Cieux, dans mon malheur, accordez-moi du moins la patience. Quand ma mère me mit au monde, elle dit : t Pedrisco de mon âme, quemes yeux te voient un jour sur la route de la sainteté. » Si tels sont les vœux d'une mère, quels doivent être ceux d'une belle-mère ou d'une tante ? Bien que pour l'homme ce soit un grand avantage d'être saint, l'abus de la diète est fâcheux. Pardonnezmoi cette folie, mon Dieu, et excusez cette pensée. Maintenant que vous connaissez mon caractère, ne m'en veuillez pas si je vous prie d'apaiser ma faim, dussé-je ne pas être saint de la vie. Et puisque votre immense amour, Seigneur, dompte l'impossible, faites, si les extrêmes peuvent s'accorder, faites à la fois que je sois saint et que je mange mieux que mieux.

Il y aura dix ans que Paulo m'a tiré démon village et m'a confiné dans ces montagnes. Nous habitons, lui cette grotte, et moi la grotte voisine. Ici, nous faisons pénitence et pour tout régal n'avons que des herbes, nous rappelant parfois tout ce que nous avons laissé pour le peu que nous avons. Ici, aux sonores roulements d'une cascade dont le cristal se précipite du haut d'un rocher, je dis à ces sombres ormeaux : c Où êtes-vous amis, où êtes-vous, mes chers jambons, pour ne pas prendre mes maux en pitié? Quand je parcourais la ville et non pas la montagne — je pleure à ce souvenir — vous aviez coutume de prendre grand pitié de mes plus petits appétits. Vous étiez des jambons loyaux, je puis bien vous nommer ainsi en souvenir de votre passé, bien que vous n'ayez plus aucun souci de la faim des mortels. » Mais maintenant tout est perdu ; je mangerai des herbes dans l'affliction et j'en viens à penser qu'après avoir digéré tant de fleurs, je donnerai le jour à quelque joli mois de mai. Mais, Paulo sort de sa grotte obscure ; c'est le moment d'entrer

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dans mon antre ténébreux et de me repaître de verdures.

{li entre dans la grotte.)

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