SCÈNE I
ENRICO, GALVAN
ENRICO
Que le jeu s'en aille au diable ! M'a-t-il assez maltraité !
GALVAN
Le malheur te poursuit.
ENRICO
Au feu les cartes, au feu? Seriez- vous excommuniées ?
GALVAN
Tu as eu tort de changer ta mise de place I
ENRICO
Quand j'ai ponté adroite, je n'ai jamais gagné, et, à g"auche, j'ai toujours perdu.
GALVAN
C'est là le jeu d'un fou.
ENRICO
Cette main droite m'a tué. J'ai perdu sur elle quatrevingt-dix-neuf écus.
GALVAN
Pourquoi t'en attrister; ils ne te coûtent rien.
ENRICO
Qu'ils durèrent peu dans ma bourse? Vis-tu jamais une aussi funeste série, une pareille succession de mauvaises chances ?
GALVAN
Ces chagrins te divertissent et tu ne songes à rien. Faut-il encore te rappeler que tu as promis de tuer Albano et que le frère de Laura t'a déjà remis la moitié de l'argent?
ENRICO
Je suis sans un blanc ; je tuerai Albano.
GALVAN
Et cette nuit, Enrico, ne te souviens-tu pas que Cherinos et Escalante...?
ENRICO
L'entreprise est aventureuse ; je les aiderai de mon mieux. Ne s'agit-il pas de dévaliser la maison d'Octavio le Genevois ?
GALVAN
J'aime cette réponse.
ENRICO
Je monterai le premier au balcon. En de pareilles occasions, je ne cède mes droits à personne. Va et disleur que je serai exact au rendez-vous.
GALVAN
Je vole les prévenir. Tu seras toujours la même vaillance.
{Il sort.)