SCÈNE V
ALBANO, puis ENRICO et GALVAN
ALBANO, traversant la scène.
Comme ma vie, le jour décline ; ma femme doit être inquiète.
(// sort.)
ENRICO, qui est resté immobile tout en regardant
sortir Albano.
Contiens-toi mon bras.
GALVAN
Enrico, qu'attends-tu donc?
ENRICO
Je reg"arde un homme qui est le portrait et Timage vivante de celui que je m'efforcerai d'honorer toujours. Réponds-moi; si, à cette heure, je me montre sanguinaire, ne serais-je pas ingrat envers mon père? Ta vieillesse, Albano, désarme mes mains cruelles et appelle le respect qui t'environne; tes cheveux blancs, quoique muets, ont intercédé pour toi et réveillé au
fond de mon cœur des sentiments de pitié. Va-t'en heureux et dispos. D'accord avec mes sentiments, l'honneur exig^erait que je te tue, mais je lui imposerai silence parce que si je versais ton sang", je croirais verser le sang de mon père. Cheveux blancs, ceux qui redoutent votre approche cesseront aujourd'hui de vous maudire et apprendront même à vous aimer, car vous vous retirerez sans dommage alors que vous étiez entourés d'ennemis.
GALVAN
Vive Dieu, je ne te comprends plus.
ENRICO
Je ne souffrirai guère dans ma réputation.
GALVAN
Tu aurais dû lui donner la mort.
ENRICO
Ce n'est pas mon sentiment. Je n'ai peur de personne, j'ai commis des crimes de tout genre, j'ai tué sans pitié ni regret et il n'est pas d'atrocité qui ne trouve un bon accueil dans mon cœur, mais à la vue des cheveux blancs d'Albano, de ces cheveux que j'ai appris à honorer depuis qu'ils couronnent la tête de mon père, j'ai réprimé ma fureur homicide et fait effort pour les respecter. Et si j'avais su qu'Albano était d'un âge avancé, je n'aurais jamais promis au frère de Laura de commettre un acte aussi sauvage.
GALVAN
Ton respect est ridicule et vain. L'ai'gent que tu as reçu, tu es forcé de le rendre, maintenant qu'Albano n'est pas mort.
ENRICO
Peut-être.
GALVAN
Comment, peut-être ?
Peut-être... si je veux.
GALVAN
Voici Octavio.