LE RÉPERTOIRE UE FERRAVILLA
El Sur Camola, un oncle de campagne qui se fait berner dans un atelier d’artistes.
Et combien d’autres ! imaginés par lui de toutes pièces dans une proportion, avec une mesure dont on ne saurait se faire une idée. Il est juste de dire que depuis vingt ans, ou plus, il va rééditant chaque soir deux ou trois de ces personnages, toujours les mêmes, auxquels il en ajoute parfois un nouveau. Mais il a su se bien garder de les caricaturer, défaut auquel sont si enclins les comiques quand ils jouent trop longtemps le même rôle.
Cette surveillance continuelle de Ferravilla sur lui-même suffirait à nous faire comprendre que nous sommes en présence d’un artiste comique, et non d’un grotesque. C’est dans ces conditions, du reste, qu’il releva le théâtre milanais expirant, et qu'il en fut le vrai terreneuve.
J’ai voulu assister, au théâtre Fossati, à Milan, à sa « soirée d’honneur », qui eut lieu le 30 mai 1899, et que l’on avait eu soin d’intituler aussi :
« Brillant spectacle de famille. » Car c’est encore là un des grands avantages de ce répertoire : il peut être écouté par tout le monde, et tout le monde rit de si bon cœur.
L’on avait affiché ce soir-là On spos per rid , un mari pour rire, comédie en deux actes d’E-
doardo Ferravilla; Scena a soggetto musicale , scène à sujet musical, et le fameux Mïnestron (mot à mot gros potage ou soupe de résistance) qui n'est autre que notre vieux vaudeville les Folies Dramatiques arrangé par Giraud et Ferravilla. La salle était comble jusqu’au cintre.
La « scène à sujet musical » est une des plus jolies créations de l’artiste milanais. C’est une espèce de monologue, car je ne tiens guère pour un rôle celui de la jeune fille qui donne la réplique. Mais quelle composition ! Un pauvre vieux bourgeois végète avec sa petite-fille ou sa petite-nièce. Il nesait comment passer ses soirées. Alors, il va s’asseoir à son piano, essaie quelques accords... Les souvenirs d’un passé lointain reviennent par lambeaux dans sa mémoire brouillée. Voici la polka qu’il dansait aux beaux jours de sa jeunesse, et cet air qu’il se plaît à jouer encore, il le fredonne aussi d’une voix cassée, tout en faisant glisser ses mains tremblantes sur le clavier. C’est admirable de vérité, admirable au point d’en être pénible. Puis voici une ariette de Pergolèse, ou de Paisiello.
Et il joue l’ariette à sa petite-fille qui entend cela pour la centième fois, s’interrompant de temps à autre pour moucher une chandelle placée sur le piano. Et le bon vieux va se coucher se promettant de prolonger le plus long-
Ferravilla dans le Vieux de la « Scène à sujet musical ». Dessiné par lui-même.