THEATRE VÉNITIEN ET FERRUCCIO BENINI 3G
tendre, pour une seconde fois, une comédie en 3 actes de Goldoni, que j’avais déjà vu jouer à Gênes par cette troupe, et dont j’avais gardé la meilleure impression. Certes, ce n'est ni une des plus connues ni même une des plus réputées du vieux Goldoni. Elle s'appelle sur l’affiche Chiasetti e Spasseti del Carnevale di Venezia (petits bruits et petits passe-temps du carnaval de Venise) dernière pièce donnée à Venise en 1761 par l’auteur, avant son départ définitif pour la France.
Dans ses Mémoires , Goldoni désigne cet ouvrage par un autre titre : Une des dernières soirées de carnaval, qu’il qualifie de plus « comédie de goût vénitien et allégorique ». Qui diable l’autre soir dans la salle de la Commenda eût jamais pu se douter qu’il s’agissait d’une allégorie ?
Zamaria, riche fabricant de soieries donne une fête à ses confrères, et y convie également un jeune homme, Anzoletto, réputé dessinateur sur étoffes. Rien déplus simple. Et cependant Goldoni veut bien nous apprendre — dans ses Mémoires toujours — que la réunion de ces honnêtes commerçants vénitiens ne signifiait pas autre chose pour le public du temps qui était dans le secret, que l’assemblée des comédiens, tandis que le dessinateur ne personnifiait rien moins que sa propre individualité. Une brodeuse française,
Mme Gâteau, femme sur le retour, vient à Venise pour ses affaires; elle devient amoureuse du jeune Anzoletlo, aimé déjà par la fille du fabricant, et veut l’emmener avec elle. Dans la comédie primitive il s’agissait d’un voyage à Paris; dans la version actuelle il n’est question que de la Russie.
Tous les fabricants vénitiens ne veulent pas se séparer de leur dessinateur et font tout leur possible pour le retenir. Anzoletto, qui n’est nullement amoureux de la vieille et ridicule Mme Gâteau n’a en vue que le brillant engagement qu’on lui promet, et jure en vain à ses compatriotes et à sa fiancée qu’il reviendra dans deux ans.
D’oii l'allusion évidente pour les habitués de la comédie qui, à la dernière représentation qui était celle de la clôture du carême de 1761, criaient à l’auteur ému jusqu’aux larmes : « Bon voyage ! Heureux retour ! Ne manquez pas de revenir ! »
Pauvre Goldoni ! qui ne se doutait guère qu’il quittait à jamais sa chcre Venise pour aller, après des phases diverses, mourir de vieillesse et de misère à Paris en 1793, soit après un séjour de trente-deux ans.
Racontée ainsi, cette comédie ne dit pas grand’ chose. Mise en scène avec un certain luxe, et jouée par des artistes habiles qui conservent
Monument élevé en l’honneur de Goldoni, à Venise Photographie Salviali.